MORALE MÉTAPHYSIQUE DA.VS L’ANTIQUITÉ
Afin de me borner, je mentionnerai seulement la morale de Socrate et de Platon, celle d’Aristote et enfin la morale stoïcienne.
Dans l’antiquité, comme dans les temps modernes, les moralistes métaphysiciens sont partis d’un fait d’observation : l’existence indéniable dans le cerveau de l’homme développé de penchants moraux.
Pour nous, qui avons vu comment se forment les instincts moraux ; pour nous, qui savons que ces sentiments innés résultent tout simplement d’un long dressage et sont des habitudes devenues héréditaires, leur existence n’a rien que de fort naturel ; elle nous enseigne même comment une morale plus relevée pourra peu à peu se substituer à la morale imparfaite de nos jours. Pour les métaphysiciens, qui jamais n’ont songé à remonter à l’origine des choses, pour qui la grande doctrine transformiste est un mystère, il en est tout autrement. Ils assignent aux penchants moraux, qu’ils transforment en idées innées, une origine divine; ils y voient meme, comme le faisait Platon, un reflet de la divinité ou d’idées archétypes existant quelque part dans les intermondes. C’est de ces conceptions vagues, que naissent les formules creuses, les entités.
LA morale Métaphysique.
Pour Platon, Dieu est le souverain bien ; la connaissance et l’imitation du souverain bien est la plus grande félicité de l’homme. C’est par l’ame seulement, que l’homme peut acquérir quelque similitude avec Dieu, ce qui est évidemment le but de la morale. De là devait sortir et sortit une éthique antihumaine, presque chrétienne.
Pour Socrate, la vie des philosophes n’était et ne devait être qu’une préparation à la mort. La morale de Platon exalte aussi l’ame ; elle est ascétique, veut qu’on aspire au châtiment, qu’on le procure à ceux qu’on aimeC méprise les sens, prêche le détachement de la terre et même de l’existence. A vrai dire, il n’y a de réel aux yeux de Platon que les absiractions, c’est-à-dire ce qui n’existe pas. Pour lui, la vertu n’est ni un fruit spontané, ni un résultat de l’éducation, mais bien une faveur divine : c’est déjà la doctrine catholique de la grâce.
Au total, cette morale était une morale sans substance, sans squelette et sans muscles; elle fermait les yeux pour ne pas voir la réalité et affirmait audacieusement des pseudovérités directement en contradiction avec l’expérience.
Le souverain bien et l’amour qu’on lui portait n’empêchaient pas d’autres amours, à nos yeux immondes, et que le divin Platon a pourtant glorifiés.
Avec le temps le platonisme porta ses fruits naturels et après lui, le néoplatonisme vint démontrer par l’absurde l’inanité de la doctrine.
-lamblique affirma gravement que le plus grand des maux, c’était le plaisir; car il nous faisait croire aux perfides suggestions du corps, et perdre ainsi le 5ens des choses divines. Pour le néoplatonisme, tout devint inspiration, grâce ; il proclama que l’homme n’avait pas besoin des sens pour ac-