Ibid., p
cette inclination et faire alors avec répugnance ce que t’ordonne le devoir »
Si grisé d’abstraction que l’on soit, on ne peut cependant cesser absolument d’entrevoir un peu les faits dans le brouillard métaphysique. De l’aveu même de Kant, ce détachement absolu, qu’il nous prêche, n’est pas de ce monde et il en est tout contristé : « Dans le fait, dit-il, il est absolument impossible d’établir par l’expérience et avec une parfaite certitude un seul cas où la maxime d’une action, d’ailleurs conforme au devoir, n’ait eu d’autre base que des principes moraux et la représentation du devoir... On ne rencontre partout que le cher moi-même au lieu du précepte strict du devoir-. »
C’est l’oraison funèbre de la fameuse loi du devoir; car l’impératif catégorique s’évanouit, si personne ne l’écoute.
Partant de son principe que tout homme, grand ou petit, sot ou intelligent, même noir, jaune ou blanc, car il ne fait pas de distinction entre les races, porte dans sa conscience les tables d’une loi morale infaillible, Kant a cru formuler la régie morale par excellence en disant : « Agis comme si la maxime de ton action devait par ta volonté devenir une loi universelle de la nature^. » Si le genre humain, par un prodige tout à fait invraisemblable, devenait assez métaphysicien pour se conformer au grand prétexte de la morale kantienne, l’action, du moins l’action humaine, disparaîtrait du monde. Ce n’est pas un calcul facile que de déterminer si telle ou telle action que l’on a le désir d’accomplir peut servir de type, de modèle à tous les hommes caucasiques, altaïques ou
1. Schiller, Les Philosophes, cité par Schopenliauer dans Le fondement de la morale, p. 31.
’2. Kant, Métaphysique de la morale, p. 35, 36.