‹ L’évolution de la moraleChapitre 359 sur 372 · La morale, p. !)G · texte numérisé non relu

La morale, p. !)G

Ajoutons que des deux côtés aussi, on est réputé d’autant plus vertueux que l’on a plus de peine à faire une bonne action. Étrange appréciation, suivant laquelle l’individu, moralement mal doué, se colletant sans cesse avec des tentations coupables, serait fort supérieur à l’homme vraiment et organiquement vertueux, qui n’est même pas tenté de faillir!

Je citerai quelques extraits, pris dans les écrits des morts, uniquement afin de ne pas faire rougir les vivants.

Tout d’abord, il faut admettre qu’il existe en nous, quelque part, un moi incorporel, trônant au-dessus des pauvres organes. Ces organes pourtant, force est bien de l’admettre, sont utiles au moi : « Le corps, dit-on, est l’instrument, sans lequel nous ne pourrions agir au dehors et l’organe sans lequel la 'plupart de nos facultés ne pourraient se développer L » Il eût été bien intéressant de savoir lesquelles de nos facultés pourraient se développer sans corps ; on a négligé de nous le dire.

Nous avons vu précédemment avec quelle lenteur, sous quelles influences se forment dans le cerveau humain certaines tendances réputées morales. Cette genèse morale n’a rien de mystérieux, mais les métaphysiciens n’en tiennent nul compte; il leur faut du mystère. Sans se soucier des origines, ils affirment simplement que « la distinction du bien et du mal est naturelle à l’homme; elle luit dans son intelligence par le développement d’une faculté supérieure, que Ton appelle raison... L’obligation morale est un fait primilif% »

« Le point de fait est inattaquable; l’cime distingue le bien et le mal, le juste et l’injuste, et elle se sent obligée de pratiquer le bien et d’éviter le malL »

1. Jouffroy, Distinction de la psychologie et de la physiologie, p. 19.

Gérusez, Cours de philosophie, p. 145.

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