‹ L’évolution de la moraleChapitre 42 sur 372 · Id., Ibid., p · texte numérisé non relu

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qu’elle, lorsqu’elle sera isolée, à vingt mètres de son nid. » Les mêmes fluctuations individuelles de la moralité s’observent aussi chez les abeilles. Il y a là sûrement quelque chose de très analogue à ce qui se passe dans le cerveau humain.

En général l’abeille domestique est aussi sobre que laborieuse; jamais les ouvrières ne touchent au.x. magasins d’hiver; aux alvéoles closes; bien plus, même dans les alvéoles ouvertes pour l’alimentation courante, chaque abeille ne puise que strictement la ration nécessaire à ses besoins. Mais il y a des abeilles immorales, des voleuses, qui s’introduisent furtivement dans les ruches pour satisfaire leur gloutonnerie. Enfin, hors de la communauté, quand elles pillent nos confiseries, par exemple, la plupart des abeilles s’abandonnent à une grossière intempérance. On peut même à volonté dépraver une abeille en l’alimentant avec du miel mélangé d’eau-de-vie. Bien vite alors, elle s’abandonne à l’ivrognerie et devient du même coup paresseuse et voleuse. Mais c’est exactement ainsi que l’alcoolisme dégrade l’homme.

Si mon but était de faire une histoire complète de la moralité animale, je devrais accumuler les faits de ce genre et rien ne serait plus aisé. Mais j’ai à m’occuper de l’homme et de révolution de sa morale. Les exemples typiques, que je ■viens de citer, suffisent largement à établir que les sentiments élevés, le penchant à se sacrifier pour sa famille, pour ses semblables, pour ses concitoyens, ne constituent pas un privilège humain. Or, on n’a jamais prétendu que ces mobiles moraux, si relevés, aient été semés par un pouvoirsurnaturel, divin, dans les centres nerveux des animaux. Chez les animaux et chez l’homme, cette moralité a certainement même origine. Elle naît des nécessités de la vie sociale elle-même, quand les hémisphères cérébraux ou les

L’ORIGINE DES PENCHANTS MORAUX

ganglions nerveux ont acquis un suffisant degré de perfection.

Récapitulons maintenant les données générales précédemment exposées.

La cellule nerveuse est un appareil d’imprégnation; elle garde la trace des actes accomplis dans son sein; que ces actes soient des incitations motrices, des sensations, des impressions ou des perceptions d’idées. De cette faculté . d'imprégnation il résulte qu’une suffisante répétition des actes nerveux intra-cellulaires provoque la formation de tendances spontanées, instinctives, pouvant devenir héréditaires.

Ainsi se sont formés les instincts des animaux et même les enchaînements d’actes automatiques, nécessaires, chez l’homme, au jeu des fonctions nutritives. La concaténation de ces actes enregistrés dans la mémoire des centres nerveux est souvent inconsciente, car une suffisante réitération d’actes d’abord conscients, tend toujours à les rendre plus ou moins inconscients.

C’est par un mécanisme exactement semblable que sont nées certaines aptitudes toutes spéciales, inculquées par l’homme aux animaux domestiques. Or, ces aptitudes acquises peuvent être aussi rigoureusement héréditaires que les tendances naturelles, dites instinctives.

La genèse des premières éclaire donc celle des secondes.

Par induction, on peut rapporter à une éducation spontanée, dictée par les nécessités de la lutte pour vivre, les actes de dévouement, d’abnégation héroïque, même de morale sociale, incontestables et facilement observables, chez nombre d’animaux.

Mais l’homme n’est sûrement que le premier des animaux terrestres. Sans doute son développement moral a été plus complet; il a dû cependant s’elfectuer nécessairement par des procédés analogues.

Letourneau. — L’évolution de la morale. 5

Essayons de vérifier celle proposilion en examinanl commenl les notions morales se forment et s’implantent dans le cerveau humain.

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