‹ L’évolution de la moraleChapitre 45 sur 372 · Maudsley, Crime et folie, p · texte numérisé non relu

Maudsley, Crime et folie, p

3. G.-L. Ghesterton, Révélations de la vie de prison (cité par Maudsley dans Crime et folie), p. 24.

éducation ancestrale, d’une certaine trempe morale héritée.

Peu à peu, au hasard de leurs besoins sociaux et proportionnellement à leur degré d’intelligence et de prévoyance, les sociétés humaines ont, des siècles durant, prescrit ou proscrit certains actes. Comme nous le verrons plus tard, ces actes étaient d’abord peu nombreux, mais leur sanction pénale était rigoureuse, souvent féroce, et il en est résulté poulies sociétés primitives une éducation morale, bornée sans doute, mais impérieuse, et même une véritable sélection.

Tout d’abord on obéit aux ordres des chefs, des prêtres, en un mot des puissants, non parce que l’on approuvait ces ordres, mais parce qu’il était périlleux de désobéir, parce que les transgresseurs avaient à redouter la vengeance des hommes et même celle des dieux.

Mais, avec le temps, cette contrainte ne pouvait manquer de déterminer des empreintes mentales, des penchants moraux, héréditairement transmissibles, auxquels la plupart des hommes cédaient spontanément, automatiquement et avec plaisir, de même qu’ils ne leur pouvaient résister sans regret ou remords.

Alors une nouvelle et puissante influence entra en scène et contribua à fixer l’éthique, ce fut l’opinion publique. Nous avons vu que les fourmis sont fort sensibles à l’approbation de leurs concitoyennes; l’homme, être sociable comme elles, est aussi fort soucieux du blâme ou de l’éloge. Dès lors, dans le conflit des mobiles déterminant les actes, les instincts réputés moraux l’emportèrent souvent, même dans les cas où l’individu n’avait ni récompense à attendre, ni châtiment à encourir : la conscience était formée.

Il y eut alors ce que Platon appelle « des lois non écrites >. L’inceste, dit Platon, était condamné par une loi non écrite; et, en matière de religion, les Eumolpides rendaient leurs arrêts d’après des lois non écrites, que personne n'avait

L’ORIGINE DES PENCHANTS MORAUX

promulguées et que personne ne pouvait abroger ni combattre'-.

Cette idée de lois instinctives, non écrites, mais supérieures aux lois positives, était évidemment fort répandue en Grèce, puisqu’on la retrouve encore dans V Antigone de Sophocle.

Quand Créon reproche à Antigone d’avoir, au mépris des lois, donné la sépulture à son frère Polynice, Antigone répond hardiment : « Je ne pensais pas que les décrets d’un mortel, comme toi, eussent assez de force pour prévaloir sur les lois non écrites®, œuvre immuable des dieux. Celles-ci ne sont ni d’aujourd’hui ni d’hier; toujours vivantes, nul ne sait leur origine. Devais-je, les oubliant, par crainte des menaces d’un homme, encourir la vengeance des dieux? »

Enfin Aristote lui-même, qui pourtant vénère assez la loi écrite pour l’appeler « une intelligence sans passion® », ajoute cependant un peu plus loin : « Les lois qui résultent des mœurs et des habitudes ont encore plus d’autorité que les lois écrites *. »

Mais ces lois, écrites ou non, ne peuvent résulter que du genre de vie, de l’état social et des besoins corrélatifs à cet état.

Darwin a donc cent fois raison, quand il dit : « Si les hommes se reproduisaient comme les abeilles, nos femelles ouvrières considéreraient comme un devoir sacré de tuer leurs frères, et les mères cbercheraient à détruire leurs filles fécondes... L’abeille a acquis ces instincts parce qu’ils sont avantageux à la communauté L »

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