Ch. Darwin, Descendance, p
Une fois fixés, organisés dans les centres nerveux, les instincts moraux se lèguent héréditairement, comme les instincts animaux et fonctionnels, mais naturellement ce n’est pas avec la même rigueur. Relativement à ces derniers, les instincts moraux sont récents, leur transmission est donc irrégulière, intermittente. Leur ténacité héritée est pourtant beaucoup plus grande que celle des aptitudes intellectuelles, qui sont les plus fugaces, étant les dernières venues, et auxquelles on n’accorde au plus qu’une transmissibilité de quelques générations i.
C’est à fixer plus solidement encore les penchants dits moraux, tà les revivifier, quand leur empreinte cérébrale tend à s’effacer, que servent les lois écrites, les enseignements, les livres, les préceptes, l’éducation.
Que les mœurs et par conséquent la règle des mœurs, la morale, résultent de l’état social, du degré de civilisation, c’est une vérité que prouvent à l’envi l’histoire et l’ethnographie. Une grande partie de ce cours sera consacrée à établir sur des faits cette proposition; mais je ferai précéder cet exposé de quelques considérations générales.
Rien de plus artificiel que le sentiment de la pudeur. Il est inconnu à tout le règne animal et à toutes les sociétés humaines primitives. Les Polynésiens n’y avaient jamais songé et les Japonais eux-mêmes n’y pensent guère. Pourtant ce sentiment, évidemment acquis, a, chez nombre de femmes européennes, la force et la spontané! té d’un instinct. Quand Euripide nous dit que, « même en mourant, Polyxène égorgée eut grand soin de tomber avec décence et de cacher ce qu’il convient de dérober aux regards des hommes® », il n’exagère en rien et pourtant telle jeune fille japonaise,