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Iléciibe

L’ORIGINE DES PENCHANTS MORAUX

tout aussi intelligente que Polyxène, mais appartenant à une autre race, se baigne nue, sans le moindre embarras, au milieu des hommes, qui, de leur côté, ne s’en émeuvent aucunement.

A vrai dire, dans les sociétés humaines, une éducation, un entraînement convenable, peuvent, à la condition de porter sur un nombre suffisant de générations, engendrer presque sûrement telle ou telle vertu, tel ou tel vice, tel ou tel penchant.

Dans l’âge héroïque des sociétés, quand, entre les petits groupes ethniques, la lutte à main armée est incessante, ce sont les qualités guerrières qui sont par-dessus tout estimées, recherchées, récompensées, et elles ne manquent jamais de fleurir, comme l’atteste hautement l’histoire de Sparte, de Rome, celle de toutes les sociétés sauvages ou barbares. Affronter intrépidement la mort pour la patrie devient alors un acte ordinaire, procédant de la plus commune des vertus.

Cette empreinte morale a été si solidement fixée durant les longues périodes préhistoriques ou historiques qu’aujourd’hui même, dans nos sociétés industrielles et mercantiles, où gagner de l’argent per fas et nefas est devenu le but suprême, l’antique instinct belliqueux se ranime encore, en temps de guerre, et qu’en temps de paix il nous impose la sotte coutume du duel, du jugement de Dieu, auquel se soumettent docilement les athées eux-mêmes.

C’est encore ce vieil instinct, qui ressuscite, au sein des nations modernes opprimées, et ranime, chez les descendants énervés, la verdeur morale des ancêtres. En sera-t-il toujours ainsi? Évidemment non. Pour entretenir les qualités acquises, la continuation de l’éducation, de l’entraînement est nécessaire. Sans doute, dans nos sociétés modernes, la masse des individus doit se soumettre à mille gênes, faire d’incessants efforts, braver même et fréquem-

ment, dans certaines professions, le danger et la mort. Que cet entraînement imposé par la lutte pour vivre doive développer la volonté, la faculté d’endurance, cela est incontestable; mais, ces qualités précieuses, il les développe dans une direction égoïste et en soulevant, dans la conscience des individus soumis à ces dures épreuves, de trop légitimes protestations. A moins d’une refonte sociale, on peut donc prédire que les sociétés civilisées à l’européenne périront de la moins glorieuse des morts, de la mort par l’argent. Mais j’aurai à revenir longuement sur ce point.

Reprenant une célèbre proposition de Quételet, Maudsley a dit avec raison : « Il est pourtant certain que fous et criminels sont des articles fabriqués tout aussi bien que les machines à vapeur ot les presses à indiennes R » Cela est incontestable, à la condition pourtant de faire entrer en ligne de compte la tenace intluence ancestrale, qui combat ou favorise l’action du milieu social, à la longue toute-puissante. C’est de cette action que dépendent, en somme, la morale et la moralité acquise ou héréditaire.

« Les hommes, dit justement d’Holbach, n’ont communément ni honte, ni remords, ni repentir des actions, qu’ils voient autorisées par l’exemple, tolérées ou permises par les lois, pratiquées par le grand nombre ■ ».

Ainsi, chez les sauvages, la morale rudimentaire, quelle qu’elle soit, n’est obligatoire que vis-à-vis des gens de la tribu. Contre l’étranger, toute violence est permise. Le mot latin hosiis veut dire à la fois ennemi et étranger.

En revanche, les vertus sociales sont d’ordinaire plus communes et plus fortes dans les petits groupes ethniques, ne formant en quelque sorte que de grandes familles armées

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