‹ L’évolution de la moraleChapitre 56 sur 372 · s/, univ. des Voy. (Voy. vol. XLIII, p · texte numérisé non relu

s/, univ. des Voy. (Voy. vol. XLIII, p

LA MORALIi BESTIALE.

pour acquérir de la notoriété, pour sortir du commun ^ L’amour de la gloire, si habituellement et si emphaliquement vanté en Europe par les panégyristes des héros, est, dit Pritchard, fort développé chez les Vi tiens, et c’est aux g rands meurtriers, aux grands cannibales, que s’attache la renommée. Nulle part ailleurs, la déviation de ce que nous nommons « sens moral » ou plutôt l’absence complète des idées morales, innées et nécessaires selon nos métaphysiciens, ne sont aussi frappantes.

Mais il importe de remarquer qu’il ne s’agit pas ici d’une race stupide et engourdie. Les Vitiens ne le cédaient pas en intelligence aux Polynésiens, avec lesquels d’ailleurs ils s’étaient largement croisés. Or, chez eux, une extrême déconsidération s’attachait à quiconque n’avait jamais tué et mangé d’ennemi. On encourait même alors une punition dégradante; on était condamné à battre la boue avec le cassetête déshonoré, dont on n’avait pas su se servir ^ Mais tout n’était pas fini pour cela. Après la justice humaine venait la justice divine. Dans la vie future des Vitiens, des dieux jaloux, grands amateurs de sang, attendaient les ombres des mortels et leur demandaient sévèrement combien d’hommes elles avaient massacrés et dévorés durant leur passage sur la terre.

Or, à Yiti, comme à la Nouvelle-Zélande, où nous allons tout à l’heure l’étudier, et où d’ailleurs les Mélanésiens semblent bien avoir précédé les Polynésiens, le cannibalisme était absolument animal. C’était sur le champ de bataille même, à la manière des fauves, que l’on dépeçait et dévorait l’ennemi blessé ou prisonnier.

Ceux des vaincus, qui n’étaient pas consommés sur-le-

1. W.-T. Pritcliard, Polijnesian réminiscences, clc., p. 371.

Page 1