‹ L’évolution de la moraleChapitre 66 sur 372 · E. Chevé, Les Océans, p · texte numérisé non relu

E. Chevé, Les Océans, p

LA MORALE BESTIALE

Et s’en allait dormir à l’ombre d’un buisson.

Il me fallut partir pour une île prochaine;

C’était pour secourir un vaisseau naufragé;

De retour dans la baie au bout d’une semaine,

Je cberchai mon tayo ; le roi l’avait mangé.

Le grand prêtre avait dit au roi : <i Si la vieillesse Et si le mal rongeur courbent ton noble front, llepais-toi d’un guerrier; sa vigueur, sa souplesse.

Et son âme vaillante en ton corps passeront. »

Et pour s’incorporer sa jeunesse et sa force.

Pour rafraicbir son sang par la lympbe épaissi.

Le roi l’avait mangé sur un grand plat d’écorce.

Pimenté bien à point, de patates farci.

Étant donnés, d’une part, riiabitude invétérée de l’anthropophayie, de l’autre, le pouvoir sans limites des roitelets dans les tribus sauvages, ce fait n’a rien d’extraordinaire. 11 s’accorde d’ailleurs parfaitement avec l’opinion répandue dans toute la Polynésie et suivant laquelle, en mangeant tout ou partie d’un bomme, on s’assimilait les qualités de cet bomme, ses mânes*.

Mais en temps de paix manger un bomme, un noble, pour se rajeunir, ce ne pouvait être qu’un jeu de prince. Pour la classe inférieure, il n’y avait pas de cannibalisme en temps de paix. En temps de guerre, c’était autre chose, et alors les gens du peuple, \esKikmos, imitaient les classes dirigeantes®. La distribution des morceaux était méthodique : le corps était découpé avec un roseau tranchant; les fesses, considérées comme morceaux de choix, étaient la part des prêtres; les ‘ pieds, les mains, les côtes revenaient aux chefs®.

Mêmes mœurs dans la plupart des archipels polynésiens. Au temps de Cook, les Ilavaïens, qui plus tard adoptèrent j avec un empressement si funeste pour eux les mœurs euroj péennes, étaient encore de déterminés cannibales. Interrogé

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