‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 104 sur 253 · COULER · texte numérisé non relu

COULER

— Coriu'ilit' (lit aussi : colcheu de, pour signifier parlei' avec emphase de :

J'aurai mille beaux mois tous les jouis à te dire,

Je coucherai de feux, de sanglots, de martyre,

Je le dirai : Je meurs, je suis dans les abois,

Je brûle.... [Suite du Ment., i, 2.)

Un a dit dans un sens analogue :

Vous qui couchez toujours de l'ancienneté, comme si c'estoit votre advanlage. (D'AuBiG., Mérn., IGOl. — Lequel , pour toute réponse, me coucha d'un Plutarque, qui semble faire le semblable. (Pasij.. Leit., viii, 12.)

COULER, verbe act., au lig., l'aire pénétrer, faire glisser, insinuer :

Tu sais adroitement couler la flatterie. [Suite du Ment , ii, 0.)

Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace

El coule dans ma joie une secrète glace. ;Jiodo>j., i, 9.)

De tant de questions les dangereux mystères

Produiroient moins de trouble et de renversement,

Et ne couleroient pis dans les règles austères

Des plus saints monastères

Tant de relâchement. [Imii., i, 3.)

On trouve d'une manière analogue :

11 est impossible , par le devoir de Dieu, (ju'ua homme cachant sa mauvaise doctrine, et n'en faisant paraître qu'une bonne, e* se disant conforme à Dieu et à l'Eglise, fasse des miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile. (Pasc, Pensées, édit. Louandre.c. 2"}, m.)

— COLLER (se), au Hg., dans le sens de se glisser, s'introduire :

Comme les imprimeurs ont eu de la peine à s'y accoutumer, ils n'auront pas suivi ce nouvel ordre si ponctuellement, qu'il ne s'y soit coulé quelques fautes, auxquelles il sera aisé de suppléer. [Fréf. de : Le Théùt. de P. Curn., éd. de 1682.) — Beaucoup de bonnes âmes sont assez simples pour ne s'apercevoir pas des imperfections de celte version, que d'autres mieux éclairées y rencontrent du premier coup d'ieil. et qui ne s'y couleroient pas en si grand nombre si Dieu m avoit donné plus d'esprit, [Imit., pref., 1G53.)

Vois quel excès de crainte en mon ime se coule,

Vois-la gémir et s'affliger. Jbid.' m, 23.;

11 n'y a personne qui ne croie faire honneur a un malheureux quand il le sert. 11 y a très-peu d'honnèics gens à celle épreuve, parce que celte disposition, ou plutôt celle indisposition se coule si inipercepiiblemenl dans les esprits de ceux qu'elle domine, i[u'ils ne la senicnl pas eux-mêmes, et elle est de la nature de l'ingratitude. (Ultz, Mém.) — Encore que ces s>nlimenls n'eussent p.inl pissé par décret public en dogme de la sj nagogue, ils se couloieui insensiblement parmi le peuple. (Boss., Uisi. univ., 2' p., c. 18.)

De même, avec ellipse du pron. pers. :

Vous voyez qu'il y a beaucoup de gens dans les compagnies qui cvimniencent

1 i8 COULEUR.

â ne plus payer leurs taxes, et beaucoup d'autres qui aiïecteiit de laisser couler le désordre dans la police. (Retz, Mém., 1. II, 1619.)

De môme encore, avec le pronom persoiniel dans le sens passif:

Toutes sorles d'erreurs se couloieni in.sensiblcnient dans l'Angleterre. (Bos.s., Vur., vu.)

Corneille enii»luie aussi sccovlrr, pour )>arler tluii l>riiit (|ui se répand sourdeniciit :

Et pour comble d'effroi, Un faux bruit «'y coula touchant la mort du roi. {Rodoij., i, 1.,

— LAISSER couLEH, laisser se perdre, laisser échapper :

Et ce nouvel amant déjà trop vous néglige.

Laissant ainsi couler la belle occasion

De vous conter l'excès de son affection. [Mél., ii, 2.)

— coL'LEU, neutr., au sens inor., s'insinuer, pénétrer :

Mille agitations que mes troubles produisent

iJans mon cœur ébranlé tour à tour se détruisent;

Aucun espoir n'y coule où j'ose persister. (/'o/., m, I.)

— SE COULER, se glisser, au sens mater. :

Quitte-moi, je te prie, el coule-iui sans bruit. {Lu PI. liuij., m, H.)

COULEUR, prétexte, raison spécieuse :

J'aurois cru qu'Aristie ici réfugiée,

Que forcé par ce maître il a répudiée ,

Par un reste d'amour l'attirât en ces lieux

Sous une autre couleur lui faire ses adieux. ^ {Sert., i, 2.)

Mon extrême indulgence a donné par malheur

A \ os rébellions quelque faible couleur. [La Suiv., v, 7.)

Pour fuir en sûreté je lui prête main forte,

Ou plutôt je lui donne une fidèle escorte.

Qui sous celte couleur de lui servir d'appui,

Le met hors du royaume, et me répond de lui. [l'erili., v, 1.)

— CHERCHER DES coL'LELRS A (uii infinitif) :

La représentation de cette tragédie n'a pas eu grand éclat, et sans chercher des couleurs à la justifier, je veux bien ne m'en prendre qu'à ses défauts , et la croire mal faite, puisqu'elle a été mal suivie. [Exavi. de Théod.)

— COLLEUR, api)arence de raison ;

Et moi non sans couleur, encor qu'injustement,

Je fus conduit par eux en cet appartement. [Suite du Meut., i, 1.)

— COULEUR, aspect général sous le(piel on peut envisager une <hosc :

L'action la plus belle a dl\ erses touleurs. [Af/és., m, 1.)

COUP. 1i*.»

— PORTER ij:s coll. El rs i/iNi: CHOSK, poui' signifier en avoir les apparences.

Corneille conserve dans la tradndion de V Imitation ses habitudes de style imagé. L'exemple suivant est un de ceux qui peuvent le mieux en taire juger :

Le mal n"a point d'excuse; il n'est espoir, surprise, Intérêt, amitié, faveur, crainte, malheurs,

Dont le pouvoir nous autorise A rien faire ou penser qui pone ses roulturs. {ImU., i, 15.)

COUP. EN VENIR AUX EOLPS, emplovt^ dans le style tragique :

D'Albe avec mon amour j'accordois la querelle,

Je soupirois pour vous en combattant pour elle;

Et s'il falloit cncor que l'on en vînt aux coups,

Je combatlrois pour elle en soupirant pour vous. (//or., i, ô.j

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