‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 106 sur 253 · COUP · texte numérisé non relu

COUP

Leii- prov., XVI.) — Non, les crimes ne sont jamais les coups d'essai du cœur : Davifl fut indiscret et oiseux avant que d'être adultère : Salomon se laissa amollir par les délices de la royauté, avant que de paraître sur les hauts lieux au milieu des femmes étrangères; Judas aima l'argent avant que de mettre à prix sou maître; Pierre présuma avant que de le renoncer.- Madeleine, sans doute, voulut plaire avant que d'être la pécheresse de Jérusalem.... (Mass., Car., Sur les fautes légères, ii.)

Corneille dit de iiirme : ni:.vi" coi'p d'essai :

Pour ne vous faire pas de réponse trop rude Sur ce beau coup d'eisai de votre ingratitude. Suivez votre caprice, olTensez vos amis. {Nicom., iv, 5.)

On trouve encore chez Corneille : gk.\nd coup d'f.ssai :

J'espère que vous m'honorerez non-seulement de ce que vous ajouterez à ce rjrrnid coup d'essai, mais aussi de cette paraphrase de Jérémic, dont vous vous douez inju>tement, puisque M. de Balzac est pour elle. {Lell. à M. d'Arqens., 16 mai 1646.)

— COUP DE MAITHE :

Ce sont des coups d'essai, mais si grands que peut-êtrt!

Le Capitole a lieu d'en craindre un coup de maUre,

Et qu'il ne puisse un jour.... [Pfii'om., m, ï2.)

— GRANDS COUPS DE MAiïKE, dit iroiii(iueinciit en pai'laiil de hardiesses au théâtre :

Comme je ne sais que les règles d'Aristote et d'Horace, et ne les sais pas même trop bien, je ne hasarde pas volontiers en dépit d'elles ces agréments surnaturels et miraculeux qui défigurent quelquefois nos personnages autant qu'ils les embellissent, et détruisent l'histoire au lieu de la corriger. Ces grands coups de maUrc passent ma portée. Je les laisse à ceux qui en savent plus que moi. {Exam. de Soph.)

— QUAND COUP, au tig., dans le sens d'action éclatante ;

Votre bras dans Pharsale a fait de plus grands coups,

Et je ne les demande à d'autres dieux qu'à vous, [Pomp., iv, .'3.)

— COUP, fig., atteinte :

G d'un injuste affront les coups les plus cruels!

Vous faites différence entre deux criminels! {Méd., ii, 2.)

— COUP DE TONNERRE, fli». :

Dût le ciel égaler le supplice à l'offense.

Trône, à l'abandonner je ne puis consentir.

Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir. [liodog., v, 1.)

— COUP DE FOUDRE, au fig., et avec un qualificatif:

Soutiens-moi, Fabiau; ce coup de foudre est grand,

Et frappe d'autant plus, que plus il me surprend. {l'oL, u, 1.)

COUPER. — COURAGE. loi

Qu'est-ce-cy, Fabian, quel nouveau rouji rie foudre

Tombe sur mon bonheur et le réduit en poudre? [PoL, iv, 6.)

Il n'en faudroit pas tant, seigneur, pour vous résoudre

A lancer sur ma tète un dernier coup de foudre. Tiie ei lier., v. 2.)

— COUP DE VENT, subliiiie emploi au fig.

Il m'ôte des périls que j'aurois pu courir,

Et, sans me laisser lieu de tourner en arriére.

Sa faveur me couronne entrant dans la carrière;

Du premier coup de veut il me conduit au port ,

Et, sortant du baptême, il m'envoie a la mort. l'ot., iv. :i.j

— COLP Di: MAi.iiEiii, fm])loy('' dans If style tragique comme dans le comique :

Cependant que vous lui rendez compte.

Je vais voir mes parents, que ce coup de vuUheur,

A mon occasion accable de douleur.... ('-" '''• l^oij-, v, -2.)

Apaise, ma Chiméne, apaise ta douleur.

Fais agir ta constance en ce coup de malheur {Le dd, ii, i.j

— E.NCORE UN COUP, eucore une fois. Locution employée plusieurs fois par Corneille, comme elle l'est souvent par Racine, par Rossuet :

Écoute, je suis bon, et malgré ma colère.

Je veux encor un coup montrer un cœur de père,

Je veux encor un coup pour toi me hasarder. {Le Menl., v, 3.)

Allez, encor un coup, allez en d'autres lieux

Épargner par pitié cette gène à mes yeux. {.Ujés., v, -2.)

■Vivez, encor un coup, c'est moi qui vous l'ordonne. [Œd., i, 4.)

Madame, encor un coup, souffrez que je vous aime. {Oth.. u, 2,j

Voltaire a critiqué cette expression chez Racine :

Encor «« coup, allons, il n'y faut plus penser. [Déren-, ii, 2.)

« Encore un coup, » dit-il, est une façon df parler trop tainilière et presque basse, dont Racine fait troj) souvent usage. »

COUPER. Corneille a changé un peu la locution usuelle : Couper la parole à quelqu'un .■

La honte de paroîlre en un tel équipage

Coupe ici ma parole, et l'étoufTo au passage. [Clii., iv, ô.j

COT'RAGE. Ce substantif s'emploie souvent pour aeur; mais généralement c'est pliilùt !'"////////.< lalin qnr le synonyme exact

du mot français onir. Coriirillc s'i'ii sert plusieurs fois dans e(^tti'

dernière signilieation :

Et l'amour, qui ne put entrer dans son rourarje.

Voulut obstinément \^l■:•'v <iir <nn visage. [Mél,, i, î

io2 COURAGE.

Ou tu te plains à faux, ou puissammenl épris

Ton courage demeure insensible aux mépris. {Clit., n, 4.)

Jamais le désespoir qui saisit son courage

N'en pul tirer un mol à mon désavantage. (/.« Gai. du Pal., m, 1.)

(Ju'il se mette à loisir s'il peut dans son courage ;

Un moment de ma vue en efface l'image. ' [La Suiv., J, 6.)

Hélas! c'est en effet bien ffalter mon courage,

D'accommoder son sens aux désirs de mon âge. [Ibid., ii, 6.)

11 aime ses enfants, ce courage inilexible. [Méd., m, 4.)

Uu'a pu faire de moindre un courage amoureux? {Ibid., v, 5.)

Si vous l'aimez, monsieur, croyez qu'en son courage

Elle vous aime assez pour vous laisser ce gage. ( Suite du Meni,, m, 3.)

Sans l'avoir jamais vu, je connois son courage,

fjii'importe après cela quel en soit le visage?

Tout le reste me plaît si le cœur en est haut.

Et si l'âme est parfaite, il n'a point de défaut. [Ibid., iv, -2.)

Je fais ici, monsieur, l'amour de bon courage-,

Au lieu de m'y troubler, allez en faire autant. [Ibid., v, 2.)

De tous deux Rodogune a charmé le courage. [Rodog., i, 5.)

Apaisez ce courage irrité, princesse. [Ibid., iv, 1.)

Que tu pénétres mal le fond de mon courage!

Si je verse des pleurs, ce sont des pleurs de rage. [Ibid., iv, 5.)

Le trouble qui souvent déchire mon courage N'y feroit pas ce grand ravage

Avec tant de facilité. [Imit., m, 23.)

0 Dieu tout bon, Dieu tout-puissant.

Défends-moi des soucis où cette vie engage, Qu'ils n'enveloppent mon courage

D'un amas trop embarrassant. [Ibid., m, 26.)

Combien dois-je encor attendre?

Jusques à quand tardes-tu, 0 Dieu tout bon, à descendre Dans mon courage abattu? [Ibid., m, 21.)

Ah I seigneur, c'est tout perdre et livrer à sa lage

Tout ce qui de plus prés touche votre courage. [Nicom., v, 5.)

J'aurois en ma faveur le courage bien bas,

Si je fnyois des maux que vous ne fuyez pas. [Œd., i, 1.)

C'est à l'heur du retour que leur courage aspire,

Et non pas à l'honneur de me faire un empire. [La Tois. d'or, i, 5.)

Mais dés qu'un père parle, il porte en mon courage

Toute l'impression qu'il faut pour obéir. i-^Oés., i, 3.)

On trouve, chez des écrivains de toute date, le mol courage dans le sens de cœur, ou dans le sens plus large de animiis, spécifié et déterminé en bien ou en mal par le contexte ou par une éj)ithète :

Li rois aperçoit bien l'amor Que ses fius a vers Blancellor :

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