‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 113 sur 253 · DE · texte numérisé non relu

DE

— DE, ellipti({ue, dans le sens de d'après :

Quoi que vous m'ordonniez, j'obéirai sans peine; Mais de mon inclination Je mourrai fille ou vivrai reine. . {'io^"-) "• "•)

C'est-à-dire, en agissant, si je puis agir de, d'ap)'h mon inclination.

— DE, avec ellipse du mot celui :

Le saint martjT, sans autre baptesme que de son sang, s'en alla prendre possession de la gloire que Dieu a promise à ceux qui renonceroienl à eux-mesmes pour l'amour de luy. [PoL, Abr; du Mart. de S. Pol.)

— DE, devant un infin., au lieu de en suivi d'un part. prés. :

J'acbélerois trop cber la mort du suborneur,

Si, pour avoir sa vie, il m'en coùtoil l'honneur,

Et montrerois une âme et trop basse et trop noire.

De ménager mon sang aux dépens de ma gloire. [La Gai. du Put., v, 3.)

D'un juste désespoir l'effort est légitime,

Etde le détourner je croirois faire un crime. [L'ïllus., v. 1.)

Dis que de leur parti toi-même tu le rends,

De te remettre au foudre à punir les tyrans. ((.';«., m. 4.

C'est un excès d'honneur que vous me voulez rendre,

El je croirois faillir de m'en vouloir défendre. [Suiie du Ment., m, 1.)

Cette forme rapide n'a pas trouvé grâce devant Voltaire dans ce vers :

Que ferois-tu pour moi de me laisser la vie? [UéracL, m, -2.)

Il y voit « un solécisme; il faut, dit-il, en me laissant la vie. » Même jugement sur ces vers :

Je Irahirois, madame, et vous et vos Etats,

De voir un tel secours et ne l'accepter pas. [Sert., ii, 2.)

« Je trahirais de» est un solécisme. » En dépit de ces décisions, cet emploi est très-fréquent chez tous les auteurs du dix-septième siècle :

J'honore trop l'ingrat «/'avoir daigné m'en plaindre,

D'avoir tant de regret de son heureux refus. (Qum., Belleiopli., ii, -i.)

C'est-à-dire , en ayant daigné , de ce que j'ai daigné m'en plaindre.

Quelquefois si, avec le conditionnel, traduit mieux la i)ensée, comme dans l'exemple suivant :

Mélite seroil trop ingrate de rechercher une autre protection que la vôtre. (Mél., à M. de Liancour.)

DÉBATTRA. — DÉBOllDKMENT. 167

— DE, explétif:

C'est moi que tyrannise un superbe de frère. [Andiom., m, 5.)

Si vos tyrans d'appas retiennent ma franchise,

Je puis l'élre comme eux de qui me tyrannise. (Atiila, m, 2.)

DÉBATTRE, oinployr alisolmiiciit :

Amusez-le du moins ixdébiuire avec vous. {Nicom., v, 5.)

« Débattre, dit Voltaii'o, est un verbe rétléclii qui n'emporte point son action avec lui. Il en est ainsi de plaindre, souvenir; on dit: Se plaindre, se souvenir, se débattre; mais, quand di-baltre est actif, il faut un sujet, un objet, un régime. Nous avons débattu ce point; cette opinion fut débattue. »

Dans l'ancitMHie langue on avait \\\w liberté très-grande ettrèslieureusr d'employer les verbes neulralenienl ou absolument dans des cas où l'on se servirait aujourd'hui de l'actif on du rellt'-rlii. Plus loin nous éclaircirons à fond cette question.

DÉBILE, faible, au sens moral :

Un liéros arrêté n'a que deux bras u lui,

El souvent trop de gloire est un débile appui. (Sur., v, 1.^

Et mes ressentiments n'ont qu'un débile effort. [Lu Suiv., m, 3.)

Je brave, vain amour, ton débile pouvoir. La l'I. Roy., v, 10.)

Et que peut contre moi ta débile vaillance' {.Méd., v, 7.) Son coup (de la tentation est pmir les uns rude, ferme, pressant,

Pour les autres, débile, et mol, et languissant, tinii., i, 13.)

DÉBILITER, allaiblir. déiiilitku l.v t-ouci-: in: «ji ki.ol'i n :

Crois-tu qu'aimant Daphnis, le titre de son père

Débilite ma force, ou rompe ma colère? J.u Suiv.. iv,S.)

DEBITER, pour signifier exposer, exprimer:

Je vous demande pardon si je vous débite aL\ ce tant de franchise ma pensée sur les pnsinls que vous m'avez faits, vous me lavez ordonné et je vous obéis. (Leit. au P. lioulard, 12 a\r. JG.'j2.)

On trouve débiter, dans Ir st\ !<• stiinix. fiiiplnyc dauN ce inéinc sens et sans anciinc idiT ilrta\in al>li' :

Dans tous les sii-cles ils ont renouvelé les mêmes défenses, débité les mêmes maximes, prononcé les mêmes arrêts. (Uourd., Serm. pour h- 3" diin. a\>r. l'àq-, i.) — Ce ne sont pas mes pensées que je débite; je ne fais que rapporter les jugements d'aulrui. (.MABSoLiBn, Vie de S. Franc, de Sat., Avert.)

DÉBORDEMENT, fig. :

La prodigalité de sa divine main

Veut que tout homme ail part a ce bien souverain (la grâce)

168 DEBRIS. — DECËPTIF.

Au milieu de sa lassitude :

El du corps tout usé la traînante langueur. Dans le dcùordcmeiii de celte plénitude, Souvent trouve un trésor de nouvelle vigueur. (Imit., iv, 1.)

Ses fleuves teints de sang, et rendus plus rapides

Par le débordement de tant de parricides. [Pomp., 1,1.)

Ne sent-on pas un peu trop dans ces derniers vers le goûl et l'imitation de Lucain?

DEBRIS, au sing. et au propre, dans le sens de ruine, écroulement :

L'un, écrasé subitement

Sous le débris d'un bûlimenl,

A fini ses jours et ses vices. [Imil., i, 23.,.

DÉCEPTIF, trompeur, dont l'objet est de tromper :

Enfin, tu ne vois là, poudres, racines, eaux.

Dont le pouvoir mortel n'ouvrit mille tombeaux;

Ce présent décepiif a bu toute leur force,

El, bien mieux que mon bras, vengera mon divorce. {Méd., iv, 1.)

Ce mot est très-fréquemment employé par les poètes du quinzième siècle, du seizième, et du commencement du dix-septième :

Les abusant par decepiij langaige.

(Gringore, Les Folles enirepr., Bibliolli. elzév., p. 67.)

.lai essayé du froid, du cbault, Et sçai que cette vie mondaine Est fainte, déceptive et vaine, Faisant cent mille gens périr.

(Martial deParis, dit d'Auvergne, L'Amani rendacordelier à i obscrvanee d' amours.)

Qui t'a fait si savant A mettre mots décepiifs en avant? (11. Marot, Lèandre el IJéro.)

Pensez-vous nous rendre estonnez

Par une langue decepiive,

Comme si la nostre captive

Ne pouvoit respondre un seul mol. (Grevin, Les Esbaliis, v, 4.)

Nostre France est trop abbruvée

De vostre feinte controuvée

Eldeceplive intention. Od., ibid.]

Fortune m'a, par ses faiclz decepiis.

Tourné le dos, elnies sens abêtis.

Puis que tu n"as leu ne veu de l'acteui

Trois Ëpislres. (R. de Collerye, Rond., cix.)

C'est mal parlé, liomme non véritable,

Trop decepiij el trop insupportable.

De maintenir que m'avez satisfait. (fd., ibid., cxvm.)

Sommeil léger, image déceptive,

Qui m'es un gain el perte en un moment;

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