‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 120 sur 253 · DÉNATURÉ. — DÉNIER · texte numérisé non relu

DÉNATURÉ. — DÉNIER

Les emplois dans ce sens étaient fréquents et variés :

Invincible héros, dont la gloire infinie A des héros passés la mémoire ternie, Et d'un puissant effort les Titans abattus; Tutélaire démon que la France a fait naistre, Souffre encore une fois que ma muse champestre Consacre ses chansons à tes rares vertus.

(Adam Billaut, Ode à Mgr te canl. de Richel.) Que l'honneur de mon prince est cher aux destinées! Que le démon est grand qui lui sert de support!

(Malh., Sonn. à M. le Dauphin.) Beau parc et beaux jardins qui, dans votre clôture, Avez toujours des fleurs et des ombrages verts. Non sans quelque démon qui défend aux hivers

D'en effiicer jamais l'agréable peinture. (Id., Sonn. sur l'absence, etc.) Tu fus toujours depuis son démon tutélaire. (Racan, Ode à M. de Belleg.)

Ce démon de savoir Dont la terre sembloit être au ciel obligée.

(Id., Sonn., sur la mort de Du Perron.) Divin Balzac, qui par tes veilles •

Acquiers tout l'honneur «le nos jours, Grand démon de qui les iliscours Ont moins de mots que de merveilles.

Dieu qui, vivant avecque nous.

As rendu l'Olympe jaloux

Et toute la terre estonnée. (Id., Orf., à Balzac.)

Les conseillers flamands, craignant l'abord de Ximenés , ce puissant démon d'Ëtat, l'empescboient de sortir de Flandre. (.Mézer. , Nisi. de France, vi. François 1", 1515.)

Jadis de tous les Grecs le démon tutélaire.

Aujourd'hui triste objet de toute leur colère. (Campistr., Alcib., v, 1.)

DÉNATURÉ, avec un nom de chose, monstrueux, qui révolte la nature :

Horace ne veut pas que nous y hasardions les éyéwt'me/irs trop dénaturés, comme de Médée, qui tue ses enfants. (Exam. d'Horace.)

DÉNIER, act., nier:

Je ne dénierai point, puisque vous les savez,

De justes sentiments dans mon âme élevés. (Rodotj., v, 4.)

— DÉNIER UN SECOURS, le refuscr :

Puis-je, sans étouffer la voix de la nature.

Dénier mon secours aux tourments qu'il endure? {La PL Roy., i, 1.)

On a dit d'une manière analogue :

Cherchons dans un couvent, hors de la tyrannie,

Le repos assuré qu'un frère me dénie. (Boisuob., La folle Gageure, v, 4.)

DKNOUER. — DKPAUTIR. 181

— DÉNIEU i,A m'inkiiation :

Au lieu de sanctifier noire lliéàlre par sa représentation, nous y profanerions la sainteté de leurs soulTrances, si nous permettions que la crédulité des uns et la défiance des autres, également abusées par ce mélange, se méprissent également en la vénération qui leur est due, et que les premiers la rendissent mal à propos a ceux qui ne la méritent pas, pendant que les autres la dénieioieut à ceux a qui elle appartient. [Pol., Abr. du mart. de S. Fol.)

— SE Di'iMEit, (lall^ le sciis pass. de être refusé :

Toute liberté donc à mon choix se dénie! [La Veuve, iv, !j.)

— Absol., nier :

Qu'il accuse par là César de tyrannie,

Qu'il approuve sa mort, c'est ce que je dénie. (Cin., ii, 1.)

— Suivi (If la |)i't"j»u>ili<)ii tic vi d'un iiiliiiitit':

Pour n'être que Carlos, vous parlez bien en maître,

Et tranchez bien du prince, en déniant de l'être. (D. Sanche, iv, 2.)

DÉNOUER (se) , eif parlant de la langue, se délier :

Elle a le cœur trop bon, mais ses gens ont des mains,

Et bien que sur ce point elle les désavoue.

Avec un tel secret leur langue se dénoue^

Ils parlent, et souvent on les daigne écouter. [Le Ment , iv. 1.)

DÉPART. FAiHE LN DÉTAitT i»i:, au sens moral, pour signifier

(juitter :

Je bais, je régne encor. Laissons d'illustres marques;

En quittant, s'il le faut, le haut rang des monarques,

Fuisons-en avec gloire un déimrt éclatant.

Et rendons-le funeste à celle ([ui l'attend. [Uodog., ii, 1.)

Os vers sont assez mal vtMiiis. <»ii ne petit guère repiuclier à Voltaire d'en porter ce jugement :

«Faisons-en avec gloire un départ éclatant...

est barbare, l'aire un (Itpail, n'est pas iVanvais; en act'C vi'wAle

l'oreille. •

DEFAUTIIl, aecnnirr :

11 est vrai que du ciel la prudence infinie

Dt'/Jnr/ à chaque peuple un différent génie. {Cin.. ii. 1.)

Corneille l'emploie aussi sans régime indirect :

C'est moi seul qui dépars la solide science. {^Iimi . m, 4;j.)

— SK iti'ii'vmiit m;, «piilter :

Que s'il ne se déliait D'une place chez nous par sur|)risc occupée, Je ne le trouve point sans une bonne épée. [La Vunt, m. l.\

<82 DEPECHER. — DEPLORABLE.

Se départir de , s'employait assez souvent, et de diverses manières, pour signifier quitter, s'éloigner de :

Vieux corps tout épuisé de sang et de moiielie

D'oh l'âme se dépari, Jouirez-vous toujours d'une chose si belle

Sans nous en faiie part? (Racan, Stances contre im vieill. jaloux.)

DÉPÉCHER, neutr., se dépêcher :

Dépêche, ta longueur m'est un second martyre. {La Veuve, n, G.)

Redoublez vos efforts; dépêchez, le temps presse. (Régnard.)

— DÉPÊCHER DE (uu infui.), se hâter de :

Dépêchons seulement d'aller vers ces amants. {La Veuve, ii, 6.)

Il faisait marcher les détachements, quand il entendit un grand bruit du côté qu'il avait quitté. Il jugea ce que c'était, et lit dépêcher de marcher. (M"' de La Fayftte, Mém. de la rour de France, 1688.)

DÉPENDRE DE, avec un infin. pour régime indir. :

Ma guérison dépend de parler à Mélite. {^lél., v, 2.)

Votre bonheur dépend de vous aimer toujours. (Quin., Roland, m, 6.) Notre salut dépend de tout précipiter,

De n'être point surpris. (Id., Âstrate, iv, 1.) L'espoir de votre amour, la paix de vos États,

Tout d^/;e)i(/ d'immoler cette grande victime. (Id., Thésée, v, 3.)

Il vit que son salut Dépendait de lui plaire, et bientôt il lui plut. (Racine, Bajazel, i, l.J

Suffit que deux cœurs de cette nature se rencontrent un moment, pour sentir qu'ils sont nécessaires l'un à l'autre, et que leur bonheur dépend de ne se séparer jamais. (Prév., Mém. d'un homme de quai.)

DÉPIT. EN DÉPIT DE MON CRIME, cxpressiou singulière justement critiquée par Voltaire :

Et je m'ose assurer qu'en dépit de mon crime

Mon sang leur servira d'assez pure victime. (Cin., iv, 7.)

« On ne peut pas, observe le commentateur de Corneille, dire en dépit de mon crime, comme on dit malgré mon crime, quel qu'ait été mon crime, parce qu'un crime n'a point de dépit. On dit bien en dépit de ma haine , de mon amour, parce que les passions se personnifient. »

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