AU RAVISSEMENT
Permeltez que je me laisse emporter au ravissement que me donne celte penséej et que je m'écrie dans ce transport. {Pol., à la reine régente.)
— EMPORTER A, SUIVI (l'uii infinitif, comme entraîner à :
Le souvenir des siens, l'orgueil de sa naissance,
L'emporte à tous moments o braver ma puissance. [Héracl., i, 1.)
INi le travail du corps, ni le soin nécessaire D'une pressante affaire, Ne V emporte à se disperser. (Imii., ii, 1.)
— s'emporter a, suivi d'un nom de chose.
C'est une de ces locutions énergiques de la langue du meilleur temps, que les dictionnaires ont eu le tort grave d'omettre, et qui était d'autant plus enregistrable que de bons écrivains de nos jours ont su la reprendre et la placer très-lieureusement.
S'emporter, dans Corneille comme chez les auteurs les plus autorisés, se joint à diverses prépositions, et a le sens de se laisser aller, se laisser entrahier à, se laisser emporter jusqu'à l'excès de :
Mais tous deux s'emporiuiti à plus d'in'évérence. {PoL, m, i.)
Il n'y a certes qu'une extrême préoccupation qui puisse s'emporter à un tel leproclie. (Boss., fraçi. sur div. mai. de cotiirov., 3" frag.) — Je nttmponai à des imprécations qu'on n'auroit pas dû attendre de la modération ordinaire de mon esprit. (M""^ de Villed., Cunnunl., ii, 2. ) — Je m'aperçois que je me laisse emporter insensiblement à vos louanges, qui me viennent en foule sans les cherclier. (Amelot, Uist. de Venise,, 1677, épître. — Voltaire s'emporta contre l'évèque de Glocester à une fureur vraiment bouffonne. (Villemain, Tableau de la liwr. au dix-huitième siècle, xvm* leçon.)
Avec ellipse de ne :
Laissant emporter son esprit, qui manque naturellement un peu d'assielte, aux impressions précipitées de la surprise. (Vauvex., Caraci., xviii.]
— s'emporter dans :
J'ai suivi tes conseils; mais plus je l'ai ffattée, Et plus dans l'insolence elle s'est emportée; Si bien qu'enfin, outré de tant d'indignités,
Jb ni'ultuis emporter dans les extrémités. [Pomp., ii, 4.)
11 s'etuporioit tous les jours dans des excès (jui alloienl jusqu'au scandale. (Ketz^ Mém., m, 1(349.)
Avec cette heureuse aisance de modifier les locutions, on tlisait encore n'eiii/jortcr au delà de :
Je m'emporte, monsieur, insensiblement beaucoup au delà de re que vous m'avez demandé. (Arnauld, Œuvr., t. i, p. 148.)
KM PORTER ^i.*?
Kien ne peut m'ébranlcr.
Jugez-ci), piiisfiiraiiisi je vous ose parler; El m'importa au itvli't de cette mocleslie, Dont, jns(iu'à ce moment, je n'étais point sortie. ^Racim:, Miihiid., iv, 1.)
S'importer jnsfjiù), suivi (riiii iiiliiiilit':
Los jjt'iis tle ^Miorre connaissent qu'ils sont maîtres de donner l'empire, lis <t'emporieni jusqu'à le vendre publiquemenl an plus offrant. Hoss., Ilisi. uiiiv , 3« p., c. 7. — Il est imi)ossible iju'eiL prenant si peu de soin de se retenir dans les choses qui sont permises, ils ne .v'i m/;o)Venf bientôt JMw/ft'à ne craindre plus de poursuivre celles qui sont ouverlenient défendues. [ Id., 2° Scim. pour k jeudi de la deux. sem. de car., i.)
Corneille emploie activement ernporter ù, emporter jusqu'à ., suivi d'un inlinitit", avec un iioni fie chose pour sujet :
Les sentiments de douleur qu'il en peut léj;ilimement concevoir devroiont du moins l'emporter ù faire (iuel<|ues reproches ù celle tlont il se croit trahi et lui donner par là l'occasion de le désabuser. [Exam. de Mél.) Mon frère va trop vile el sa chaleur Vemporte Juxqu'ii connaître mal des gens de cette sorte. [Suite du Meiii.. n, ;j.)
Nous relrvei'ous seulomenl ])our in(''moire l'emploi actif de fiuporter à, suivi d'iiii subslaiilil', dans le sens de entraînera :
Elle avait deuv lils de Démétrius, dont elle tua Séleucus, l'aîné, d'un coup do lléche, sil<'il qu'il eut pris le diadème après la mort de son père, soit (ju'elle craignit qu'il ne la voulût venger sur elle, soit que la même fureur rtm/J0)7()< « ce nou^ eau parricide. \Extim. de Kodorj.)
< lu liniive dans les diclioiniaires des exemples analo;4'ues.
— s'i;\ii'oitTi:u ht'. i:(n.KUi"., se laisser einpniirr par la colrri; :
S'il est bien amoureux, il peut faire une supercherie à son rival, il peut .s'tmpurter de (ulire, 1 1 luer dans un premier mouvement. [Deux. Disc.)
I In a dil d'unr nianierc analctyiie, s'emporter de ihuleur, se laisser eiilraincr par son ardeur :
M. de La Kochcfoucanld, qui avoil plus de cœur (|uc d'expérience, s'emporta ilr chaleur : il n'in demeura pas à son ordre, il sortit de son poste et chargea les l'iinemis Hicrz, Un;»., ii, lt>.|!).)
— K.Mi'oiiTKii (s'), se laisser enliainer par ime passitni. ipullc (pi'elle snil, au delà de la rai.son ou de la mesure
Trop ihauil uni qu'il est, il s'emporte i tous coiqis
l'our un fourbe lusolenl ipii se moque de nous. Lu Veuve, v, (5.)
Mon père, rclciioz des femmes qui .\'emporieiit,
El lie grâce empochez surtout qu'elles ne sortent.
Leur amour importun viendroil avec «/clal,
Par des cris et des pleurs tr"ulder noire combat. [Ilui , ii, H
2ii EMPRESSKMKNT. — EN.
Je m'empoiie, et mes sens interdits Impriment leur désordre en tout ce que je dis. {Tite et Réi ., u, 5.)
EURiDicE. C'est ce que j'ai connu de plus digne de moi.
PACOUus. Si le mérite est grand, l'cslime est un peu forte.
Vous la pardonnerez à l'amour qui s'emporte. (Sur., ii, -2.)
De nouveau je m'emporte. Encore un coup, pardoniif
Ce doux égarement que le sang me redonne. {.4tt roi, .sur .sonrei. de FI.]
S'emporfor s'ein])loyait assez fréquemment pour se laisseï- eutraîuei- trop loin, au delà de ce qui est juste :
Le prince a dû recevoir une puissance indépendante de toute autre puissance qui soil sur la terre. Mais il ne faut pas pour cela qu'il s'oublie, ni qu'il s'emporte, puisi[ue moins il a de compte à rendre aux hommes, plus il a de compte à rendre à Dieu. 'Boss., Polii., iv, 2.) — Lorsque vous découvrez quelque désordre visible, au lieu d'outrager vos frères par des invectives cruelles, espérez plutôt un temps meilleur et plus pur, et tempérez par celte espérance l'amertume de votre zélé, qui s'emporte avec trop d'excès. (Id., Serm. pour le sam. de la 3° sem. de car. , i.) — Il estimait ces bons religieux utiles pour l'instruction de la jeunesse, mais faciles à s'emporter, sous prétexte de piété, contre l'obéissance des princes. (RiCHEL., Mém., 1. I, 1610.)
On disait (\e immie un ejuporté, pour signifier un homme (|ui se laisse emporter à ses passions :
Combien de maisons à demi éteintes voient tous les jours finir dans les débauches et dans la santé ruinée d'un emporo' toute l'espérance de leur postérité, et toute la gloire des titres qu'une longue suite de siècles avaient amassés sur leur lètel iM.ASS., Serm. pour le vendr. de la i*" sem. de ear'., i.)
EMPRESSEMEIST, tig. l'e.mphesse.ment d'in dksir :
Malgré l'empressement d'un curieux dcsir.
Il faut pour lui parler attendre son loisir. (L'Illus. <om., i, 1.)
EMPRUNTER, avec un nom de chose pour régime indirect.