‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 153 sur 253 · ETAT · texte numérisé non relu

ETAT

Voltaire a dit encore, dans le style comique :

Après que vous aurez aux yeux de l'assemblée

Etalé les péchés dont votre âme est troublée,

Avant que de partir il faudra prudemment

Dicter vos volontés et faire un testament. [La Fêif de DelUbai.)

Étaler s'employait aussi i)our exposer, avec l'idée d'éclat, de soleimité :

Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages

Où tout Paris en foule apporte ses suffrages? (Boil., An poéi., m.)

— Corneille offre d'autres exemples (Vétaler qui rentrent davantage dans la signification d'aujourd'hui, comme celui-ci :

Ainsi n'espérez pas qu'après vous je soupire.

Vous étalez en vain vos charmes impuissants;

Vous me montrez en vain par tout ce vaste empire

Les ennemis de Dieu pompeux et florissants. [Pol. , iv, -2.)

Et, pour mieux leur montrer comme il est infini (son pouvoir),

Leur é/a/e surtout mon père rajeuni. [Méd., i, 1.)

ÉTAT. SCRUPULES d'État, comme on dit considérations d'Etat :

Les. scrupules d'IUai qu'il falioit mieux combattre,

Assez et trop longtemps nous ont gênés tous quatre. (Tiie et Uér., m, 2.)

— Dans un sens analogue :

Vos chimères d'État, vos indignes scrupules

Ne pourront-ils jamais passer pour ridicules? {Ibid., m, 5.)

— cuiME d'État, crime capital :

Le plus léger chagrin d'une humeur inégale,

Le moindre égarement d'un mauvais intervalle,

Un siiuris par mégarde à ses yeux dérobé,

Un coup d'œil par hasard sur un autre tombé,

Le plus foible dehors de celle complaisance,

Que se permet pour tous la même indifférence,

Tout cela fait pour lui de grands crimes d'Èiai. {Œuv. div.. .Jalousie.)

— IMPRUDENCE d'état, imprudence capitale :

S'i dirois qu'à la prendre ainsi sans votre aveu,

Tout noire ami qu'il est, il nous bravoit un peu.

Mais comme je lui veux conserver votre estime.

Autant que je le puis je déguise son crime,

Et nomme seulement imprudence d'Etat

Ce que nous aurions droit de nommer attentat. [Soplion., v, 6.)

— RAISONS DE l'État, comme imsons d'Etat :

Car cp n'est point l'amour qui fait l'hymen des rois,

Les raisons de l'Étal règleiil toujours leur choix. [D. Sanclie, iv, 5.)

ETERMTF, 2"

— KTAT, <ï<liiiit', cas :

Quoi! c'est là loulVèiat que tu fais île mes feux? iMél . i, 5.)

C'est donc là tout Véiai que tu fais d'Hippolyte?

Après des vœux offerts, c'est ainsi qu'on me quitte 1 (/.« Gat. Ju l'ai., ii, 7.)

Par un secret instinct que je ne puis nommer,

J'en fais beaucoup i'éiai, et ne le puis aimer. [L'Illus. rom., m, 1.)

Avez-vous su l'état qu'on fait de Curiace,

Ma sœur? Ifor., ii, 4.)

Je vais comme au supplice à cet illustre emploi.

Je maudis mille fois l'étal qu'on fait de moi. Jùid., se. v.)

Et ne fais point à'ctai de sa possession,

Si je n'ai point de part à son affection. Ibirl., m, 1.)

El s'il en est un prix dont vous fassiez état.

Donnez-moi les moyens d'être un peu moins ingrat. Sur., m. 2.)

On voit comme le poète varie heureusement une locution des plus usuelles au dix-septième siècle.

— iMEih; Di: i/ktat, comme fairr (tôt :

Fniiesende l'état, il est vaillant liii-mi'me;

Il commandoit sous moi. L'Illus. com., ni, 10.)

— FAïuK f:tat de (un infin.j , compter de :

Sinon, sur mes su\c\s Jattes étui d'avoir,

Ainsi que sur moi-môme, un absolu pouvoir. [Méd., iv, .5.)

— lAïUE ÉTAT DE i^uu subst.) , Compter sur :

Adieu, jaitts état de mon humble ser\ice. Lu S'm\, v, 4.)

— lAlTES ÉTAT EN MOI h'iN EUÈUE, NoVeZ (Il Uloi Ull t'fère , fC-

}iarde/-m(ii coninir un trcre :

Eh moi dorénà\ Sini jattes état d'un frère. cLiTANDBE à llosidor. En moi d'un serviteur dont l'amour éperdu

Ne vous conteste plus un prix qui vous est dû. (C///., v, .'i.)

— LAISSER EN QiELi^a E ÉTAT DE Ull in(in.\ comm(M)n dirait Inissei' en fjuclque fucilitr dr :

J'y mourrai sans regret, si mon dernier moment

Vous laisse en qiteliiue état de n-gner sûrement. (Sophon., i, 4.)

KTi:RNITÉ,aupIur. :

Ah! combien ces moments de quoi voos me flattez,

Alors pour mon supplice auroicnt d'^/tTuirài.' [Héract., ni, 1.)

Suivimt Voltaire, «on n'a jamais di'i, dans aucune langue, mettre le mot d'éternité au pluriel, excepté dans le dogmatique, quand on <iistin{;ue mal à ju-opos l'éternité passée et l'éternité à

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