‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 154 sur 253 · ÉTONNEMENT. — ÉTONNER · texte numérisé non relu

ÉTONNEMENT. — ÉTONNER

venir; comme lorsque Platon dit ([ne notre vie est un point entre deux éternités. »

Pour réponse à ce jugement trop prosaïque, nous renverrons seulement à notre article HONTES, où nous oifrons la théorie et de très-nombreux exemples de l'emploi du pluriel pour les mots qui paraissent naturellement réservés au singulier.

ÉTONNEMENT, épouvante, abattement, consternation :

Ils sont, grâces aux dieux, dignes de leur patrie;

Aucun éionnemeni n'a leur gloire flétrie. {Hor,, m, i.)

La reine mère est décédée, la veille des rois dernière, au grand enlonnemmt de nous tous. (Pasq., Lell., xin, 8.) — Chacun parloit sans certitude , et tous pj-enoient pour conseil Vesionnemeni. (D'Aueigné, Hisl. univ., v, 13, l'^ éd.) — A l'instant sont arrivez quatre cens chevaulx armez de toutes pièces qui ont donné jusqu'à la grande place de la dicte ville, dont les dicts habitans ont prins un tel esionnemenl qu'ils ne se sont jamais mis en aulcune defifence. [Lett. miss, de Henri IV, t. iv, p. 696, 12 mars 1597.) — Ces promesses si étendues et données en termes généraux éblouissaient et rassuraient M. le prince et tous ses amis, elles confirmaient le monde dans l'opinion qu'on avait conçue de V élonnemenl r'u cardinal. (La Rochef., Mérn., Prison des princes.) — Dans tout le A'oïage de Poitiers, on le vit extrêmement rêveur; et la cour, à son exemple, étoit plongée dans un triste étoiinemeni, sans que personne en pût deviner la cause. (Péréf., Uisl. de Henri IV, t. iii, 1602.) — Quand ceux qui devroient inspirer la résolution aux autres sont les premiers à la leur ôter, il n'est pas étrange qu'on ne voie plus qu'^lonnement et que foiblesse. (Pelliss., Hist. de Louis XIV, 1664.)

— ÉTONNEMENT , avec le plur. , dans le sens de surprise , de commotion violente :

Quelques élonnemenis qu'une telle surprise

Jette dans votre esprit que vos yeux ont déçu,

l)'autres le saisiront quand vous aurez tout su. [Clit., iv, 5.)

Dans ces élonnemenis dont mon âme est frappée

De rencontrer en vous le vengeur de Pompée,

Il me souvient pourtant que, s'il fut notre appui,

Nous vous dûmes alors autant et plus qu'à lui. {Fomp., m, 2.)

On trouve de même :

Je m'étonnerois qu'il y eût un seul homme dans Gènes capable des sentiments que vous venez d'entendre, si mes clonnemcnis n'étoient épuisés par la considération de ce que soulïre la république. (Retz, Coiijur. de Fiesque.) — Je méprise tous les petits événements; j'en voudrais qui pussent me causer de grands étonnemenis. (M""= de Sévigné, Leil., t. u, p. 97, éd. G.) — Mon amitié pour Déranger ma valu bien des élonnemenis de la part de ce qu'on appelait mon parti. (Chat., ^lém. d'ouire-Tombe, x* v.)

ÉTONNER , épouvanter, effrayer, accabler ;

Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'éionneni;

Et je m'imaginois dans la divinité

Beaucoup moins d'injustice, et bien plus de bonté. Hor., m, 4.)

ÉTONNKR. 279

Vous ne m'éionnez point; la pitié qui me blesse

Sied bien aux plus grands cœurs et n'a point de foiblesse. l'ol., i, 1.)

Va la voir de ma part, et ticbe à Véiotiner,

Dis-lui qu'à tout le peuple on va l'abandonner. {Thécl., ii, 7.)

Je vous al fait prier de ne plus me revoir,

Seigneur, votre présence étonne mon devoir,

Et ce qui de mon cœur lit toutes les délices

Ne sauroil plus m'olTrir que de nouveaux supplices. [Sur., i, 3.)

l{ieii (|ut> cette signification n'ait pas disparu des dictionnaires do la laiiyuo, il ne srra pas inutile, croyons-nous, d'en montrer quel(|ues exemples particulièrement thu'ryi'iues :

Il n'y eust bier sorte do grimaces ny d'injurt's dont il n'usasl contre moy pour m'etsioniier sur le subjet de la promenade que nous fismcs. ( Gouge.not, Com. des coméd., 111, 1.) — On dressa des gibets pour csionner les coupables. (Sé.nault, De l'Usage des piss., 2° p., 4* tr., 4» disc.j — Il n'y a ni particulier, ni grand, ni prince, que la religion cbrélienne ne puisse étonner, en lui proposant les menaces de Dieu mC'me contre ceux qui... (Nicoli;, Dec, l" comm., 8" instr., sect. i,c. 9.) — Mon Dieu, pourquoi vois-je devant moi ce visage dont vous étonnez les répronvés? (Boss., 1" Serm. pour le veud. saint, m.) — Au conseil comme au sceau, la multitude, la variété, la dilTu allé des affaires nV/o;()/èwir jamais ce grand magistrat. ;id., Or. l'un, de Letell.) — Le dessein de cbanger de religion a quelque chose qui (tonne, cl l'on a quelquefois de la peine à l'exécuter , lors même qu'on y est tout résolu, (.\hnalld, Apol. pour les catliol., ii, U.) — La seule espérance qui me resta fut de n'être pas connu; l'idée d'être pris pour un scélérat, qui, dans toute autre occasion, m'aurait fait frémir, ne m'étonnu point. (.M"" de Tencin, l.e comte de Comm.) — La Grèce avait été bien étonnée par le premier Pbilippe, .Alexandre et Antipater, mais non pas subjuguée. (.Montesq.. Causes d» la [intud- et de la décad. des Romains, c. v.)

L'aspect du souveiain n'étonna poinî ce traître. (Volt., Lu Uenr., v.)

Il fiii un temps où je m'enorgueillissais de mon courage, et quelquefois en jetant les yeux sur le mal que pourraient me faire les hommes, sur le sort que pourrait me réserver le destin, je fixais les malheurs les plus inouïs sans froncer le sourcil, sans me sentir tf<o«Ht'. (Napoléon, l.eil. U Joscpliine, 14 gerni. 1796.)

— s'iVro.NNi:», se laisser (UoniKM", se laisser abattre, décourager, s'j'pouvanter :

Et l'esprit le plus mâlo et le moins abattu

Ne sauroit sans désordre exercer sa vertu.

Quoicjue le mien s'étonne à ces rudes alarmes,

Le trouble de mon cœur no peut rien sur mes larmes //o; ., i, 1.)

Et toute ma puissance Vous veut bien d'un tel heur liAler la jouissance. Mais gardez de pAlir, et île vous étonner A l'aspect du chemin qui vous y doit mener. [Théod., ii. 4.)

Elle me dit que le dieu me commandoii do ne m!estouner de tant d'atlversilei. (D'Uiu'É, .isirée, i, H.)— Ne vous cstomnz point de ce qui est arrivé; mais au nom de Dieu, que cela vous serve pour prévoir, et prévenir à l'avenir semblables inconvéniens. (Richel., Lett.^i M. de ChiVlillon. 14 juin \.G']X.)

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