‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 157 sur 253 · ETUDIER · texte numérisé non relu

ETUDIER

Considérez donc les avantages d'un homme qui n'apprend point par cœur; il se possède, il parle naturellement; il ne parle point on déclamateur; les choses coulent de source; ses expressions (si son naturel est riche pour l'éloquence) sont vives et pleines de mouvement ; la chaleur même qui l'anime lui fait trouver des expressions cl des figures qu'il n'auroit pu préparer dans son élude. (FÉN., Dial. sur Véloq., ii.)

ETUDIER, act., comme s'étudier ci, dans le sens d'affecter :

Et je n'étudiai celte douleur menteuse

Qu'à cause qu'en effet j'étois un peu honteuse

Qu'une autre en témoignât plus de ressentiment. (Met., iv, 10.)

Et quoi qu'elle étudie un peu de faux respect. {HéracL, i, l.JL

Cent fois je me révolte, et cent fois je succombe,

Tant ce calme forcé que j'étudie en vain

Près d'un si rare objet s'évauouil soudain. [Putch., u, 1.)

— s'Étudier a, suivi d'mi substantif;

Plus une âme est humiliée,

Plus elle s'est étudiée

A ce noble ravalement. [ïmii., ui, 43.)

On trouve, au dix-septième et au dix-huitième siècle, de nombreux exemples de s'étudier à, suivi d'un substantif, dans le sens de rechercher avBc un soin attentif, s'appliquer activement à :

De grande quantité de témoignages, j'en produis seulement un petit nombre, m'esiudiant à briefveté, (C.\lvin, Imtit. chréi-, i, 17.) — Ne vous esiudiunl point tant au repos général de votre royaume qu'au particulier de vous autres. ( Pasq., Recli., VI, 15.) — Tous les Romains en général s'estudièrent à l'embellissement de leur langue. (Id., Leit., i, 1.) — Conduict par l'impétuosité de quelques turbulens qui ne s'estudieni qu'à mal. [Lelt. miss, de Henri IV, 10 fév. 1580, t. i,p.272.)

— C'est l'inconvénient le plus à craindre, et qui porte le plus de préjudice à ceux qui s'estudieni à l'acquisition de la prudence. (La iM.Le Vayër, Hom.acad., xxv.) — Un personnage grave ne s'étudie point à une si extravagante rhétorique. (Bayle, Dicl. crii., art. Arodon, rem. A.) — Les calomniateurs qui s'étudient aux moyens de ternir la réputation de leurs ennemis. (Malebb., Recli. de laver., m, 2^ p., xi.)

— Les Finnois s'étudient aux enchantements. (Regnard, Voy. de Laponie. )

On ne rencontre de nos jours que des exemples assez rares de cette forme heureuse :

Il a fait pleurer pendant deux jours une femme jeune et belle qui depuis un uiois s'étudiait aux poses les plus nobles, aux attitudes les plus royales, pour avoir l'honneur de paraître un moment devant lui. (M°" de Girardin, Lettres parisiennes,"il îév .I8i7 .)— Les da-mes s'étudient aux Mures de marquises. (L. Veuill., Les Libres pens., vi, 10.)

— ÉTUDIER, neutr., avec à, suivi d'un infinitif, comme s'étudier à :

Plus un homme à lui-même étudie à mourir,

Plus il commence à vivre à l'auteur de son être. {Imit., ii, 12.)

mois

EVAIJKK. '283

Nous nous amusons trop, il est temps d'évadtr. (L'Illwi. coiu., iv, 9.)

Ce n'est pas mon dessoin qu'on me fasse évader. PoL, iv, 1,) Mais mon Jessein n'étoit que de t'intimider,

Ou d'obliger quelqu'un à le faire évader. {Penh., v, 5.)

Dans ces doniic'i'os phrases, l'voxk-v })eiit être considi'i'é comme employé neutralement par ellipse du pronom personnel.

Évader s'est très-longtemps employé neutralement, comme rcltopper :

Cela laissez, niessire Maurice,

A ! vous voulez évader. [Farce du Badin.)

Le duc de Nemours, après avoir gagné deux de ses gardes, évade. (Pasij., l.eit., xiM, 10.) — 11 lui seroil mal aisé à'évader. (Id., ibid.) Puisqu'il est en vos mains, sans hasard A'évader, Par les formes du droit il y faut proccder.

(J. DE SciiEL., Ttjr et Sid., 2' journ., ii, S.)

En sorte que lorsqu'il viendroit pour prendre sa place, il se Irouveroit pris

luy-niesme sans aucun moyen d'évader. (Mézer., Ilisi. de Fr., Franc. I", 15-23.)

Pour qui doit recourir à sa seule innocence,

Trouver lieu d'évader, c'est trop d'intelligence. (T. Corn., Maxim., v, 3.)

Bossuet a employé ce verbe neutralement au figuré, pour signifier, échapper à son adversaire par quel([ue évasion, chercher ù esquiver une démonstration dont on est accablt' :

De quelque côté que vous vous tourniez, il ne vous reste plus aucune défaite, aucun subterfuge, ni aucun moyen d'tfi'flder, vous êtes pris et convaincu. 'i'Serm. pour le prvm. dim. de l'.4v., il.)

Nombre de verbes, dans raiicitinn' langue, s'employaient ainsi neutralement, d'ordinaire ii l'imitatiuii du latin, dans des cas où le rétléclii serait aujourd'hui de rigueur. Un disait, par exemple :

.Mt.vissKK, connue s\tf)(iissfr. (Voir le Dictiumuiin' historique de lu liniijiic f/iiiiçaise.)

.\».\T.\HDin, comme s'aOntardir, \^lliid.]

ABATTiiLC, comme s abat Ire. [Ibid.]

.vt.coRDEii, i'ommc s'accorder, faire un accord :

Toy, marié, qui as une femme

Qui à toy ne peult accorder. (Dadouv., Les Moij. d'éviter .Uérciieolie.) Je ne puis croire que le roy ail accordé avec la cabale huguenutte, que ce ne -;oit souz des conditions bien considérables. Caq. de i'.icc, .V journ.)

ACCHorniii: , comme s'accroître :

L'aspect, en arrivant, plus fier apparoissoit,

L'esclatante lueur prés de l'œil acroissoit. (D'.Vlu , Les Tra<ji<i., v.)

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