‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 166 sur 253 · FALLOIR · texte numérisé non relu

FALLOIR

La vie est peu de chose, et tôt ou tard, qu'importe

Qu'un traître me l'arrache, où que l'âge l'emporte? {Tiie et Bér., v, ].) MARTiAN. Et si vous mc comptez encor pour quelque chose.

Mes conseils agiront comme sous Théodose. ASPAR. Nous en pourrons tous deux avoir le démenti. MARTIAN. C'est à faire à périr pour le meilleur parti,

Il ne m'en peut coûter qu'une mourante vie.

Que l'âge et ses chagrins m'auront bientôt ravie. {Pulch., u, 2.)

Corneille est toujours dans le courant de la langue générale :

J'ai ordre de coucher chez ma tante ; mais n'importe, c'est à faire à être un peu grondée. (Baron, La Coq., iv, 10.) — L'asile qu'on m'offroit éloit une ressource présente. Je l'acceptai donc à la fin, et c'éioii ù faire à le quitter si la fortune me devenoit plus favorable. (M"^ de Villed., Vie de II. -S. de Mol., v.) — Qu'est-ce que de ne se pas produire par son beau côté? C'est à faire à ne recevoir pas les louanges que l'on auroit remportées peut-être. (Bayle, Projet d'un Dici. crit., i.)

Dans ce sens, comme dans le précédent, ou trouve c'est affaire, pour c'est à faire :

Pour moi, j'aurois parlé. Dans un mauvais quart d'heure

C'est affaire à finir sa vie et son amour;

Je suis comme César : s'il faut perdre le jour,

Laplus prompte des morts me paroîtla meilleure. (SÉNEcÉ,CoHi.,Ixion.)

— F.\mE, impers., suivi d'un adjectif, comme être :

Qu'il fera dangereux rencontrer sa colère! {Suite du Ment., m, 2.)

Il fait bien piteux et hazardeux, despendre d'un autre. (Montaigne, Ess., i, 9.) — // fait dangereux assaillir un homme à qui vous avez osté tout autre moyen d'eschapper que par les armes. (Id., ibid., 47.) — Il faisait dangereux de le choquer dans ces temps-là, (Mézer., Abr. de l'Hist. de Fr., ann. 1588.) — Il faisait dangereux de se trouver à l'ouverture de la porte. ( M""^ de La Guette, Mém-, Biblioth. elzév., p. 22.)

// doit faire mal sûr recevoir vos serments. (T. Corn., Le Gai. doublé, v, 2.)

— FAIT, part. p. ÊTRE FAIT EN, avoir l'air de :

Suis-je fait en voleur, ou bien en assassin ?

Traître, en ai-je l'habit, ou lamine, ou la taille? {Suite du Ment., i, 1.)

FALLOIR (s'en) , suivi imméd. d'un complém. il s'en faut TELLE CHOSE, commc il s'en faut de telle chose :

Tout fléchit sur la terre, et tout tremble sur l'onde ; Et Bome est aujourd'hui la maîtresse du monde. LAODiCE.La maîtresse du monde! Ah ! vous me feriez peur.

S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur. [Nicom., m, 2.)

Quoique cette construction semble d'abord plus particulière, elle ne diffère pas, au fond, de la forme ; il s'en faut beaucoup, il s'en faut quelque chose :

LaValleline est toute à nous; et, s'il s'en faut quelque chose, ce n'est qu'un fort

Page 1