‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 177 sur 253 · FORCE · texte numérisé non relu

FORCE

tience, n'est pas français. Il l'aut ou : Modérez votre iiupatience, ou Mettez un frem à votre impatience, ou quelque autre tour.

« La force qu'on vous fait, » dit-il encore à propos du vers de Sertorius, est un barbarisme. On dit : « Prendre ii force, faire force de rames, de voiles; céder à la force, employer la force; » mais non « faire force à (juelqu'un. » Le terme ])ropre est » faire violence ou forcer. »

Cependant on a dit d'une manière toute seml)lable :

Et parce que la. Joice qu'elle se faisoil en cela estoit ires-grande , el qu'elle ne

pouvoit la supporter plus longuement, elle s'approcha de Philis, el (D'L'hfé,

Astrée, i, 1.) — Ce fut en ce temps que la bonne volonté qu'il me portoit augmenta de sorte qu'il n'y eut ))lus moyen de la celer, quelque Jorce qu'il se pust faire. (Id., iùid., 1, G.)

Et l'on a parfaitement pu parler ainsi, parce que force a été très-anciennement et très-longtemps synonyme de violence :

El le faictes bien travaillier, afiin qu'il vous en prise mieulx; et dictes que vous crierez à \a. force, et me appeliez. (Les quinze Joyes du mur., la Quinte joye.) — Il y en a «le la cour, lesquels, quand ils ont des procez, usent de grandes forces. (L'HospiT., Har., 11 avr. 15C5.) — J'ay ouy parler de beaucoup de meurtres, pilleries et forces publiques commises en ce ressort. (Id., ibid.) — Les hauts justiciers qui souffriront ports d'armes , /oj-ce* ou violence esire faictes en leurs justices, et n'en feront poursuitte , seront privez de leursdites justices. {Ordomi. de Moulins sur le rhjlem. de la justice, fév. 1568, xxx.) — Pour la fréquence des ^bîces publiques qui se commettent à présent en nostre royaume, voulons que, pour cesle année seulement, Icsdits juges présidiaux puissent instruire et juger sans appel au nombre de sept toutes matières d'excez commis avec foices, ports d'armes et assemblées illicites, contre toutes personnes de leur province, de quelque qualité qu'ils soient. {Ibid., xlvu.) — Estant pour cela mon intention qu'il ne suit faicl aucune force ny violence aux consciences de mes subjects. (^Leit. miss, de Henri IV, t. iv, p. 8-24.) — Tout le changement qui y est venu depuis, je sçay que vous l'avés imputé, non à son vouloir^ mais à leur ;^orce [Ibid., t. ii, p. 175.) — Tu as beau joindre les prières aux menaces, les artiGces et les stratagèmes aux forces ouvertes, tu n'arriveras jamais où tu pretens. (Gombekv., Cytii., l'" p., 1. 1.) — Je t'atteste, luy dit-elle, par la divinilé de celle que tu sers, de deffendre mon honneur et ma foy, d'une force à laquelle je ne puis résister, (id., ibid.)

— AVOIR FORCE , avoir une intluence active :

Son exemple aurait force, et feroit qu'à l'envi

Tous voudroient imiter le chef qu'ils ont suivi. (La Tois. d'or, i, 2.)

— FORCE, avec le pluriel, en parlant de choses morales :

Que de ses mots savants les Jorce* inconnues

Transportent les rochers, font descendre les nues. (L'Illus. corn., i, 1.)

L'espoir le mieux fondé n'a jamais trop de forces. (Sert., n, 2.)

« On ne peut dire les forces d'un espoir; aucune langue ne peut

i()R(.i:m:.mknt. — forcknkh. 317

adnicUio (;c lUuL, parer (jue les f'urces ne peuvent pas ètvv clans un espoir. C'est un barbarisme, » dit Voltaire.

— Corneille a dit les forces desn vertu, les forces d'une /lomua-, les forces d'un amoio', comme il dit les forces de l'espoir :

Mais au lieu de goùler ces grossières aiiiOrces,

Sa vertu cumbaltue a redoublé ses forces. {Ciii.. v, 3.)

Je sais quelle est ta tlanime et quelles sont ses forets,

Que tu n'ignores pas comme on fait les divorces,

Oue ton amour t'aveugle, et que pour l'épouser,

Kome n'a point de lois que tu n'oses briser. (Pompée, v, 4.)

Je tâche avec respect à vous faire connoître

Les forces d'un amour que vous avez fait iiailre. {Rodog,, iv, 3.)

l-nRCÈNKMENT, fureur forcenée :

Kt fuyez un tyran dont \e forcèncmeni

.luimlroit voire supplice à ni un bannissement. {Médée, iv, 5.)

■ l'URCENER, verbe neutre, être iiors de sens, enrager :

Le désordre éclatant qu'on voit sur mon visage N'est que l'etTet trop prompt d'une soudaine rage, ie forcené de voir que sur votre retour

Ce traître assure ainsi ma perte et son amour [La Veuve, v, 10.)

riarel l'entent, vif quide /o>-.veHt')-. [Oiincl. v. 1002.)

Dieu, que ceste femme demeure!

F.lle ne fait que babiller Çà et là : c'est pour forcener,

l'ar quoy j'ay toujours besoing d'elle. [Farce des femmes qui jonl refondre leurs maris. Ane. ih. /»•,, t. i, p. 67.) De peaux il (Bacclius) les enlourna,

Il orna De pam|)re leur folle teste.

Kl, trépignant au milieu.

t!e fol dieu Fo)*t'Hoi7 après sa fcste. (Ko.ns., (>d.. m, 4.)

Oui me lient que je ne te tue, l'ute? m'as-tu fait tel outrage?

Me fais-tu /brce»jer de rage? (Jou., Lui/eue, m, 3.)

il enrage, il fonène de se voir si lâchement trompé. (J. de Scuel., TyreiSid., Arg.) — Suivant un party et désirant son advanlage. ib forcenneni, s'il en vient au rebours. (Charho.n, La Saij., ii, 2.)

Molt'xceiicnl doiil Mercier, dans sa /Wnlof/ic, conseillait justement la icpiise. ni en donnant l'cxemitlc Ini-mcme dans cette phrase

«C'est le |>ropro di- la faiblesse de lorcemr, des qu'elle s aperçoit elle-même.»

Observons qu'on devrait t'crire forsener, selon l'ortho^Taplie ancienne, et non forcener, ce verbe étant forini' de f,r ou /'<;•<,

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