‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 178 sur 253 · FORCER · texte numérisé non relu

FORCER

(jui signifie hors, dehors, et de l'ancien mot séné, qui correspondait à sensé, sain, sage. Dans nos vieux auteurs on trouve souvent forsener et foursener. Cette dernière forme se rencontre dans le Vocabulaire latin-français du quatorzième siècle, publié par M. Escalier.

FORCER. SE LAISSER FORCER A, suivi d'un subst. :

Enfin aux cliàtinienls il se laisse forcer. (Inscr. mises sous des estampes,

vil, La punition des villes lebelles.)

— FORGER, fig, en pari, de périls, surmonter:

Je suis leur chef, madame, et pour cette conquête,

Mon honneur me condamne à marcher à leur tête,

J'y dois périr comme eux, s'il leur faut y périr,

Et bientôt à leur tèle on m'y verroil courir,

Si j'aimois assez mal pour essayer mes armes

A forcer des périls qu'ont préparés vos charmes. (La Tois. d'or, ii, 2.)

— FORCER, en pari, de sentiment, vaincre, surmonter :

Il est vrai. Devant \ons, forçant mes sentiments.

J'ai présenté des vœux, j'ai fait des compliments, (La Cal. du Pal., v, 4.)

Forcez, en ma faveur, une trop juste haine. [Pompée, iv, i.)

— FORCER LE DEVOIR DE QUELQU'UN, Contraindre moralement quelqu'un à manquer à son devoir :

Va, songe à ta défense, Pour /orcer rno« devoir, pour m'imposer silence. (Le Cid, v, 1.)

— FORCER DES RAISONS, les vaiucrc :

Je cède à des raisons que je ne ^ms jorcer. [Nieom., v, 1.)

« Des raisons qu'on ne peut forcer, » c'est un barbarisme, dit Voltaire. Malgré l'autorité de ce jugement, nous trouvons à l'expression de Corneille autant de correction que de clarté et d'énergie.

— FORCER SA COLÈRE A (uu infmitif) :

Si cet homme est à vous, imposez-lui silence,

Madame, et retenez une telle insolence.

Pour voir jusqu'à quel point elle pourruit aller,

i'ai forcé ma cul'ere a le laisser parler,

.Mais je crains qu'elle échappe.... [ISicom., i, 2.)

— SE FORCER A, suivi d'un substantif:

Ah! forcez-vous, de grâce, à des termes plus doux,

Pour des crimes qui seuls m'ont fait digne de vous, {Penh., ii, 5.)

Je me force au respect; mais toujours le vanter.

C'est me forcer moi-même à ne rien respecter. {Androm., v, 2.)

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