‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 180 sur 253 · I-<»F^MEU. Remarquable emploi au lij,furé · texte numérisé non relu

I-<»F^MEU. Remarquable emploi au lij,furé

Le sort, qui de l'honneur nous ouvre la barrière,

UlTre à notre constance une illustre matière :

Il épuise sa force ii former un malheur.

Pour mieux se mesurer avec notre valeur. [llor., m. 2.)

Racine a dil d'iiuf iiianièrt; tiès-analoj^ue :

T;i liaiiii' a pris plaisir a Jonrur mu misère. {Awliom.. v, 5.)

FORT, sultst., lieu uii l'on t■^l eu .sùrcl»', <iii l'on est tii elal de résister aii\ altaipies :

Irriter un vainqueur en lèle d une armée

Prête à suivre en tons lieux sa colère allumée,

C'étoil trop hasarder, et j'ai cru pour le mieux

Qu'il falloit de son /on l'attirer en ces lieux. (Mcom., i, 5.",

(»ii dil viilf^aireineid, en pailant de ([iieltpi'un , cV.v/ sim farf, pour (lire, c'est dans cette |>arlie tpi'il est le plus instruit, ipi'il brille le plus, (pi'il est le plus eu état de se d(''t'en(lre.

Gorneille neeiainl pa> d eni|iioyif. dans le >t\ le soutenu, etitr locution familière, et il la \ arie tie>dieureuseuienl. Il dit , s'adressant à Louis XIV :

l'uur moi. qui de louer n'eut jamais la méthode,

J'ignore encor le tour du sonnet et de l'ode;

Mon génie au théâtre a voulu m'attacher.

Il in II fait mon Joii, il sait m'y retrancher. (Nicom., i, 4.)

320 lORT.

Cette locution se trouve, au dix-septième siècle, variée de diverses autres manières aussi excellentes :

Quoique son érudition soit universelle, son fort e'ioit particulièrement d<i>is la connoissance des affaires de l'Église, de sa discipline, de son histoire. (Perr., Homm. ilL, Lamoignon.) —Je m'arrête à l'unique fort des dogmatistes, qui eut que.... (Pasc, Pens., éd. Louandre, c. x.) — Écoutons encore un raisonnement où l'auteur de la réponse a mis son fort. ( Boss. , Fra/jm. sur div. mat. de conlr. , 4^ fragm., iv.) — Il met le fort de la justification de sa morale dans une alternati^e qui est réfutée comme une erreur par tous les théologiens de sa communion. (Ar- NAULD, Œuvr., t. 1, p. 683.) — Vous mîtes tout le fort de vos répliques à dire et redire partout que.... (Id., Quatre Lttt. au P. Makbr.) — Nous inventions des réponses aux objections de l'adAersaire, et nous ne songeons à lui que pour trouver le défaut de ses opinions : d'où il arrive que nous sommes plus instruits de ce que nous appelons nos bonnes intentions, que de celles où il met le fort de sa cause. (Bayle, Comment, philos., iv, 2.)

FORT, adj. se faire iokt de :

Le roi, s'il s'en fait fort, pourroit s'en trouver mal. [Nieum., m, 2.]

« Se faire fort de quelque chose , dit le commentateur, ne peut être employé pour s'en prévaloir ; il signifie : j'en réponds, je prends sur moi l'entreprise, je me flatte d'y réussir. Se faire fort ne peut être employé qu'en prose. »

Voltaire a-t-il bien compris la pensée de Corneille? Nous en doutons. C'est Laodice, la reine d'Arménie, qui parle fi Flaminius, et voici le raisonnement qu'elle lui fait :

Je vois sur la frontière une puissanle armée. Comme vous l'avez dit, à vaincre accoutumée; Mais par quelle conduite, et sous quel général? Le roi, s'il s en fait fort, pourroit s'en trouver mal ; Et s'il vouloit passer de son pays au nôtre. Je lui conseillerois de s'assurer d'un autre.

Se faire fort veut dire ici, ce nous semble bien , se réj)ondre à soi-même de.., compter sur...

— DANS LE EORT DES o.MBKEs, daiis Ic pUis épais dcs ombres:

Pareille à ces éclairs qui dans le fort des ombres

Poussent un jour qui fuit, et rend les nuits plus sombres.

Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté,

Que pour les abimer dans plus d'obscurité. {Hor.. m, 1.)

— AU PLUS FORT DES .\DVEUSlïÉS :

L'amour, (jui n'a pu voir une telle injustice,

Supplée à son défaut, ou punit sa malice.

Et vous donne, au plus fort de vos adversités.

Le sceptre que j'attends et que vous méritez. iMéd., n.i^.

FORTL'M:. — roL'DlloVKR. MS

— l'OUT, udv., précédé de si, et devant un adjt'clit' :

Un si rare service cl si fort imporiant,

Veut l'honneur le plus rare, et le plus éclatant. [Uor.. v, i.)

FORTUNE, dans le sens de sort, condition, avec le pluriel :

Il (l'amour) a droit de régner sur les âmes communes.

Non sarcelles qui font et défont les/oj7((He5. [Au., m, 4.)

— lAïuE DES FORTUNES, taire un sort :

Hors de l'ordre commun il nous fait des foriunes. [Uor., u,3.)

Voltaire fait cette observation :

" Fan des Joniines n'est pas une expression propre. Ce mot de Joriuitt-s an pluriel ne doit jamais être employé sans épilhéle : bonnes et mauvaises fortunes, fortunes diverses, mais jamais des fortunes. Cependant le sens est si beau, et la poésie a tant de privilèges, que je ne crois pas qu'on puisse condamner ce vers. »

Que fortune ne puisse pas s'employer au pluriel sans épithète, c'est une assertion précipitée. Ainsi on trouve , avec des nuances diverses de sij.;iiilication :

Mon bon homme, on ne peut maintenant ouir le récit de les fortuites. ;Lariv., Les Esprits, ni, 6.) — 11 me racontoit privement toutes ses fortunes. [¥n. d'.\mb.. Les NapoL, i, 2.) — Vous qui me cognoissés de longue main, et vous estes trouvé prés de moy, en tant de combats et de fortuites de guerre. [Lcii. miss, de Henri /!', t. IV, p. 375.) — En racontant toutes ses /oWuHe*, et tous ses longs voyages. D'Lrpé, À.strt^e, I, 2.) — Celte reine laissa Araxez et Amasis dans une égale admiration de ses Jortunes et de sa vertu. (Gomdeuv., Cijtli., ii, 2.) — L'n autre événement surprit moins (lu'il ne lit admirer les fortuites. (St-Simo.n, Mém., t. i, c. xiv.) — La Feuillade voltigeait et philosophait sur l'instabilité des fortunes. (Id., i6«/.,l. vu. c. viii.) — Élevé par cette illusion au dernier degré de la gloire, vous vous convaincrez par vous-même de la vanité des foi tunes, {\.kv\es., Midit. sur lu foi, — Nous en usâmes avec lui comme de vrais François, en l'admettant bonnement dans notre société à nos risques, périls et fortunes. {Le>.\.ge, Le Racitel. de .Suluni., 4' p., c. I.)

— itoNNi; ioiitim;, dans le sens de honlicttr :

Uuc celui <iui l'occupe (\otre cœur', a de bonne forium. ,\icoin , i. i.)

Nous iH- |)oiivon.s Vdif là (iiruiir iii''i,dij^M'nct'.

KOUDROVKU, alts., cxlialcr .>;i coIriT, >tiii dt'pil en t iii|)(iilfint'iits hruyanls :

Uue la rage du peiij)le i présent se déploie.

Que Sévèieen fureur tonne, éclate, foudroie. [fol . v. J )

D'abord de part et d'autre on vous allend sans bruil.

Un jour se passe, deux, trois, quatre, cinq, six, huit.

Entin, n'espérant plus, on éclate, on fottdroie. [Suite du Ment., i, 1 )

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