‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 193 sur 253 · GLISSER — GLOIRE · texte numérisé non relu

GLISSER — GLOIRE

GLISSER (se), fig., ijéiu'trer avec peine :

Le destin les aveugle au bord du précipice;

Ou si quelque lumière en leur ime se glisse.. \Poinp., iv, I.)

(iLOIRE, honneur, réputation, en parlant des femmes :

Il peut vaincre don Sanche avec fort peu de peine,

Mais non pas avec lui la ijloire de Chiméne,

Et quoi qu'à sa victoire un monarque ait promis.

Mon honneur lui fera mille autres ennemis. [Le Cid, v, 4.)

Éclate, mon amour, lu n'as plus rien à craindre,

Mon père est satisfait, cesse de te contraindre.

Un même coup a mis ma fjloire en sûreté,

Mon âme au désespoir, ma flamme en liberté. {Ibui., v, 5.)

Ma fille, il ne faut point rougir d'un si beau feu,

Ni chercher les moyens d'en faire un désaveu:

Une louable honte en vain l'en sollicite,

Ta (jloire est dégagée, et ton devoir est quitte. ilbid.. v, H.)

Et puisque mon trépas conserve votre (jloire,

Pour vous en levancher conservez ma mémoire. [Ibid., v, 7.)

Il faudroit que je fusse ennemi de la ijloire

Puur lui donner sitôt le prix de sa victoire. [Ibid.)

PAiLiNE. .le veux guérir des miens, ils souilleroienl ma (jloire. siivÈRE. Ah! puisque votre (jloire en prononce l'arrêt,

Il faut que ma douleur cède à mon intérêt.

Est-il rien que sur moi cette (jloire n'obtienne. [Pol., ii, 2.)

Viriatlie dit à Sertorius :

... Je sais vous obéir, Mais je ne sais que c'est d'aimer, ni de haïr ; Et la part que tantôt vous aviez dans mon ànie

Fut un don de ma gloire, et non pas de ma flamme. (Sert., iv, ■>.)

C'est trop : déjà mon cu'ur, à ma (jloire infidèle.

De mes sens mutinés suit le parti rebelle. (T. (^onN., Ariane, i , 4.)

La gloire doit forcer mon cœur à se défendre. (Quim., /m, ii, 2.)

Elle étoit délicate sur la (jloire. (M"" de Villed., Jonm. am., t!' p., 20" journ.) Je ne reverrai plus Ce cruel llélénus que ma raison abhorre,

Oue ma gloire déteste, et que mon cœur adore. (Créd., Pi/nA., m, 1.) Pourroil-ulle balancer, quand lintéiêl de sdi gloire, quand dos vœux prononcés par elle, sans contrainte cl dans la sincérité de son cu'ur, m'ont acquis tant de droits sur sa personne. (.M""" Hiccou., 1/i.<.t Jetimj. m.)

— c'est cloiue de, il est glorieux de :

C'est gloire de se perdre en servant ce qu'on aime. [Sert., iv, ;).1

— (.i.diiiE, exploits glorieux :

Je viens remercier el mon père et mon roi D'avoir eu la bonté de s'y servir de moi.

340 GLOIUFIEH. — OKADE.

D'avoir choisi mon bras pour uno telle ijloire,

Et fait tomber sur moi riionneiii de sa victoire. {Dficom., ii, 2.)

A tort critiqué par Voltaire.

GLORIFIER, avec un nom de cliose pour sujet, taire uc(|uérii; de la gloire :

(3omme ils fuyoieiit la gloire el cherchoienl les supplices.

Les supplices enfin les ont ylorljiés. Iinii., i, 18.)

GONFLE, fig., dans le sens d'enflé de vanité :

L'un fier, et tout fjonllé d'un vieux mépris des rois,

Sembloit pour compliments nous apporter des lois. (Sur., i, 1.)

GOUTER. Curieux emploi au figuré :

Dieux 1 je rougis d'une parole

Dont je meurs de goûter l'effet. [MéL, \\, 1, 1"' éd. jusqu'en 1054.)

— MAL GOUTER , voir avcc déplaisir :

L'armée a vu Pison, mais avec un murmure

Qui sembloit mal (joûla- ce qu'on vous fait d'injure. [Olli., iv, 4.)

GRACE. DE GRACE , par grâce :

Seigneur, toutes ces morts dont il vous environne,

Sont des avis pressants que de rjrâce il vous donne. {Œil., i, 1.)

On vous donne de grâce une heure à vous résoudre. [Tliéod., m, 1.)

— FAIRE GRACE, avec uu uom de chose pour sujet, être une grâce, une faveur pour :

Mon refus lui fait grâce ; et, malgré ses désirs,

J'épargne à sa vertu d'éternels déplaisirs. [IMcom., m, -2.)

GRACIEUX. GRACiELX ACCUEIL, accucil aimable, favorable:

Je vous vis encor hier entretenir Valère,

Et V accueil gracieux qu'il recevoit de vous

Lui permet de nourrir un espoir assez doux. [Hor., i, i.)

GRADE , pour signitier condition élevée :

Mais le peu de rapport de nos conditions

Ole le nom d'amour à ses soumissions.

Et suus l'injuste loi de cette retenue

Le remède me manque^ el mon mal continue;

Il me sert en esclave, et non pas en amant,

Tant mon grade s'oppose à mon contentement. {La Veuve, i, 7, I'= éd.)

Cette expression est tout à fait insolite. Dans les éditions suivantes, le poète a fait cette heureuse correction :

Il me sert en esclave, et non pas en amant, Tant son respect s'oppose à mon contentement.

(illOS. — r.lKRE. 341

Corneille a encore emi)lo\(' (jrude pour raïuj, dif/nité, dans lUie (le ses tragédies :

Hume n'altaclie point le ynidc ;i la noblesse. {Sert., ii, 2.)

GROS, subst., au sens niahu'iel , imiililudf, halaillon :

Albin l'a rencontré dans la proche campagne;

Un yrof de courtisans en foule l'accompagne. [fol., i, -4.)

L'n chélif centonier des troupes de iMjsie,

yuan (jros de mutinés élut par fantaisie,

Oser arrogammenl se vanter à mes yeux

D'être juste seigneur du bien de mes aïeux!

Lui qui n'a pour l'empire autre droit que ses crimes,

Lui qui de tous les miens lit autant de victimes,

Croire s'èlre lavé d'un si noir allenlat

En imputant leur perte au repos de l'Étal! lléracL, i, 2.)

Tout ce ijros de saintes légions fjui de ton grand palais peuplent les régions. [Imii., m, 21.)

(iros, dans cette signification, ne s'emploie plus que dans ces locutions : le gros d'une (i.riné'.'^d'unetioKj/e, an (jros de soldats. Auliel'oisce terme se prêtait à une plus grande variété d'acceptions : Ils commencèrent à se rallier eijircui umjros. E. Paso., Lcii., xi, 15.)

— GROS, au sens moral, une grande quantité, une nmltiliide :

Qu'heureux est ce moment où sa bonté déploie

Sur un (jros d'amertume un peu de ses douceurs ! ilmn-, n, H.)

GROSSIR, neutral., au sens moral, vommc fjmndir, cro/'tre :

Chaque jour a sous vous (jrossi sa renommée. (Otli-, m, 3.)

Ma conquête m'échappe où les xôires grossissent. iSur., i, -2.)

Autrefois fp^ossir, pour f/nmdir, croître, comme ffrus pour

Ijrtnid, était usité très-tréquemment dans le style soutfMU et

noble. A la lin du dix-septième siècle, Boursault se moqua dr

cet emploi et le décrédita dans sa comédie des .Mots à In mod>'.

— GROSSIR, activement, dans le sens d'accroître :

Oue vous prenez de peine à <jrossir vos ennuis. (L'Illus. corn., s, i.)

Pourquoi toi-même en proie a les vives douleurs

Cherches-tu sans raison à <jrossir les malheurs .' (Boil., Le Lulrin, vi.)

GIKRK, dont la signification primitive et véritable, dans la langue d'oc, comme dans la langue d'uil, est /jeaucouj), et (|uelqiutois un jjeu, n'est i)lus usité ([u'avec ne. Corneille, comme les écrivains de son temps et ceux ((ui l'avaient précédé, l'emiiloie sans négation; ou s'il y en a une dans la phrase, elle tombe uni- ([uement sur le verbe.

Ainsi ne nous arrêtons point ni aux douze, ni aux vingl-quairo heures; mais

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