‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 232 sur 253 · HOSTIE · texte numérisé non relu

HOSTIE

maison, être hors de son bon sens. Ce n'est pas par cette raison que l'expression de Corneille est répréhensible , mais par une raison toute contraire. On ne dit pas être hors de sa crainte, parce qu'on ne peut pas être hors de la crainte d'un autre; il faut donc supprimer l'adjectif possessif, qui est inutile, et dire hors de crainte. Mais que l'on dise /wrs de crainte ou hors de sa crainte, cela signifie toujours hors de la crainte quon a ou qu'on avait. On ne peut pas dire être hors de maison , pour dire être hors de sa maison , parce qu'on peut être hors de la maison d'un autre. De même on dit êt)'e hors de son bon sens, parce qu'on peut être hors du bon sens général. Cette proposition est hors du bon sens; cet homme est ho7's de son bon sens. (Layeaux , Dict. raisonné des difficultés grammatic. et littér. de la langue française.)

— MAUX HORS DE GUÉRisoN, maux inguérissablcs :

Voyez des utaux sans nombre et hors de rjuérison. {Agés., \, 2.)

— AMOUR HORS d'intérêt, amour désintéressé :

Apprends que dans un âge usé comme le mien,

Qui n'ose souliailer, ni même accepter rien,

Vamuur hors d'iniérêi s'attache à ce qu'il aime,

Et n'osant rien pour soi, le sert contre soi-même. [Putch., u, 1.)

— HORS DE, fig., au-dessus de :

■ Le plein calme est un bien hors de notre puissance. {Imh.. i, 22.;

Et l'obligation que je vais vous avoir. Met la revanche hors de mon peu de pouvoir. [La Veuve, v, 1.)

— HORS DE DISPUTE, qui n'admet pas la contestation, incontestable :

S'il y a quelque contestation pour le nom de l'auteur, il est hors de dispute que c'étoit un homme bien éclairé du Saint-Esprit. [Imii., préf., éd. 1670.)

— Corneille dit encore, avec le sens de contre, hors de bienséance, contre la bienséance :

Arrête. Cette fuite est hors de bienséance.

Et je n'ai point d'appel à faire en ta présence. [Lu Suit., v. G.)

HOSTIE, victime:

En est-ce fait, Julie, et que m'apportez-vous?

Est-ce la mort d'un frère ou celle d'un époux?

Le funeste succès de leurs armes impies

De tous les combattants a-t-il fait des hosties? • (Hvr., m, i.)

Père barbare, achève, achève ton ouvrage,

Cette seconde hostie est digne de ta rage :

Joins ta tille à ton gendre. (Pol., v, 5.)

HUMAIN. — HUMEUR. ;JG<J

Voilai l'c fait cette rétlexioii :

<i //o.vdc ne se dit plus, et c'est dommage; il ne reste plus que le mot victime Plus on a de termes pour exprimer la même chose, plus la poésie est variée. *

Il est certain que le mot hostie fait un tfès-bon ellet dans des vers comme les suivants :

Qui marche au premier rang des hosties rangées?

Qui prendra le devant des hrebis esgorgées? [D'Ain., Les Trutj., v.)

Or sus, il faut penser à conduire l'hoslie. (Racan, Berger., iv, 5.)

Frappons, voilà Vltosiie, et l'occasion presse ! (Cvraxo, Mon d'Afjr., iv, 4.) Du céleste courroux tous furent les hosties. (La Font., Philéinoiiet Baucis.)

HUMAIN, emi)loye subst. l'ulm.m.n, la iialurc, les loices de l'homme :

.S.ws doute vos chrétiens ((u'on persécute en vain

Ont quelque chose en eux qui sur|)assent l'humai)!. {l'ol , v, (J.)

HUMEU^R, dans le sens de Y/nnnour des Anglais :

iXKANDnE. Cet homme a de l'httmeur.

DORA.NTt;. C'est un vieux domestique.

Qui, comme vous voyez, n'est pas mélancolique. iSuiie du Ment., m, 1.)

Voltaife écrivant ù l'abbé d'Olivet, sous la date du 20 aoi'it

I7GI, dit:

c Les .\nglais ont un terme pour signifier cette plaisanterie, ce vrai comique, cette urbanité, ces saillies, qui échapjjent li un homme sans qu'il s'en doute, et ils rendent cette idée par le mot hinnour, qu'ils prononcent ijitwor. El ils croient (ju'ils ont seuls cette humour ; que les autres nations n'ont j)oint de ternies pour exprimer ce caractère d'esprit. Cependant c'est un ancien mol de notre langue employé en rc sens plusieurs fois dans les comédies de Corneille. »

Ce sens est maintenant Iniil à lait ciiln' dans la laiii^iic.

La gaieté, chez M. de Chateaubriand, n'a rien de naturel el de doux : c'est une sorte d'humeur ou de fantaisie qui se joue sur un fond triste. (Srii-BEUVE, Caus., \H mars 1850.)

Un des écrivains 1rs pins oiii^inanx dn dix-lniilit'iiic sicclt en

avait déjà ottert un cxcrllcnt exemple :

Toute la scène du confessionnal voidail être mieux dessinée, cela demandait 1)1ms d'humeur, plus de force. (IMdliiot, (Hùtrr. compl., I. vin, p. •l'JI.)

— ne i.'iii MKi I! fiux r 11. i;sr, ciinnie mi dil, de sun Imnienr. de son caractère :

J'en voudrois connoître un i/c l'humeur doul il val. [Suite du Mmi., m, 1.)

— iiL.MEi U DE coNQL KTE, liumeur couiiuérante :

Je n'écouterai plus celle humeur de cotuiuéle; El laissant tous les rois leurs couronnes en lélc.

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