‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 244 sur 253 · INVAINCU · texte numérisé non relu

INVAINCU

Ton bras est invaincu, mais non pas invincible. [Le Cid., ii, 2.)

Ce bonheur a suivi leur courage invaincu

Uu'ils ont vu Rome libre autant qu'ils ont vécu. [Hor., ni, 6.)

Que reste-t-il à dire? un courage invaincu? [Suite du Ment., u, 2.)

Voici les remarques de Voltaire sur le vers : Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

« Ce mot invaincu, dit-il, n'a point été employé par les autres écrivains; je n'en vois aucune raison : il signifie autre chose qu'indompté; un pays est indompté, un guerrier est invaincu. »

A propos du second exemple :

Ce bonheur a suivi leur courage invaincu,

le commentateur répète encore : « Ce mot invaincu n'a été employé que par Corneille, et devrait l'être, je crois, par tous nos poètes. Une expression si bien mise à sa place dans le Cid et dans cette admirable scène ne doit jamais vieillir. »

M. l'abbé Féraud , dans son Dïctionriaire critique , prétend , comme Voltaire, que l'adjectif invaincu est de l'invention de P. Corneille. C'est une erreur; on le trouve longtemps avant notre grand poète. Ronsard l'a employé plusieurs fois dans des exemples connus, et on en trouve, chez différents auteurs, d'autres en assez grand nombre , tels que ceux-ci :

Son courage toujours demeure invaincu, et ne se peut perdre pour quelque étonnement de la mort, tant espouvantable puisse-t-elle estre.(MERL. de Coccaie, Théopli. Folengo, t. i; p. 128.) — Quoiqu'on m'emmène lié, je demeure néantmoins invaincu, vainqueur de mes ennemis. (Amyot, Vies, Eumene.)

TNVEMir. — INVKllSluN. ;{«J3

Le mal gaigne le corps, preii l'espiil invaincu. (D'Auu., I.ts Trag., iv.)

Puis l'Église acoucha comme d'une ventrée

De Thorb, de Bewerland, de Vmvaincu Sautrée. (Id., ibid.;

11 demeura z'ornmcii dans ce combat. (D'Urfij, Astr., i, 5.) — Si voulut-elle se monstrer aussi bien invaincue à ce desplaisir, qu'elle avoit tousjours fait gloire de l'eslre à tous les autres. ^Id., ibid., i, 10.)

J'enlens au doux conflit qu'à l'honneur de Baccbus Les fameux biberons, à tauper i)ivaincus, Font le verre à la main, sans projet d'autre gloire

Que de celle qu'on gaigne à force de bien boire. (St-Amant, Le Cantal.) Ce cocq des beuveurs invaincus. (Id., La Home ridic, XLVii.)

Apres avoir passé comme un éclair en Hollande, el réduit ces colosses invaincus à n'avoir plus contre l'ardeur de vostre courage d'autre azyle ni d'autres remparts que la mer et les tritons. (D'Assoucy, Aient., Ëpîl. au roi.) Ce que Diomède n'a pu.

Ni le Péléide invaincu- fScAuu., \'i>ij. trav-, ii.)

Le père de La Rue a employé l'adjectif it^vaincu dans l'uraison funèbre du maréchal de Luxembourg (1695).

Furetière condamne ce mol, et le trouve à peint' suppôt taltlc en poésie, par opposition h invinciOlc. Il n'en l'ut })as moins, et avec raison, selon nous, employé encore au dix-huitième siècle par plusieurs auteurs :

Que nos braves guerriers et vos Grecs invaincus

Une seconde fois fassent trembler l'Eupbrate, (Volt., Olijmp., i, 2.j

Opposer au vainqueur un courage invaincu. (Sauui.n, .V/jarj., iv, 3.)

On retrouve encore quehiues exemples de cet ulilc adjfclif dans les écrivains modernes :

Ce fut un douloureux spectacle pour les bons citoyens que de voir rentrer en France les garnisons invaincues de soixante places fortes. (H. .Maiitin, llisi. de /•>., 1550.) — Montrer en lui l'atlilcte vaillant au combat de la vie, qui lutte et grandit jus(ju'au bout de ses forces, et quitte l'arène, blessé a mort, mais imaïucu. ;Uild., Êloijc de Vauven.)

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