‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 26 sur 253 · ABSOLU. — ABUS · texte numérisé non relu

ABSOLU. — ABUS

Ravir jiisqn'aux faveurs dernuTos, Oui dans l'abord no croyoionl pas Pouvoir accorder les premières.

(La Font., Contes. La Tiancée du ici de Garbe, i, 14.)

On a dit {\e nir-mo à l'nimrd :

Mais, à ne point mentir, ton dessein à l'abord,

N'a gagné mon esprit qu'avec un peu d'elTort. {La Veuve, m, 1.)

Une si grande gloire à l'abord m'a troublée.

(SciiEL., Tyr et Sid., 1'''= jourii., m, 3.)

Il m"a fait à l'abord ccni questions frivoles. (Mol., les Fdch., i, 1.)

ABSOLU. Se rendre absolu sur ses désirs, leur commander, les maîtriser, les dominer :

Je dois donc me contraindre, et j'y suis résolu,

Oui, .S!»- tous mes désirs je me rends absolu. {Seri., iv, 3.)

ABUS, erreur.

Défais-toi, défais-toi de tes fausses maximes ;

Ou, si ces vieux abus te semblent légitimes,

Si le seul Alidor te plaît dessous les deux,

Conserve-lui ton cœur, mais partage tes yeux. {La PI. liotj., i, 1.)

Ce que l'on se promit de ce fils supposé

Réunit sous ses lois son Etat divisé;

Mais comme cet abus finit avec sa vie,

Sa mort de mon supplice auroit été suivie,

S'il n'eût donné cet ordre à son dernier moment.

Qu'un juste et prompt exil fût mon seul châtiment. [Œd., v, 2.)

Je pardonne un abus que l'amour a formé. (?/»., iv, 1.)

Mais il faut renoncer à des abus si doux. {Pulrli.. ii, 1.)

Pour bien écrire encor, j'ai trop longtemps écrit.

Et les rides du front passent jusqu'à l'esprit.

Mais contre un tel abus que j'aurois de sufTrages,

Si tu donnois le tien à mes derniers ouvrages! {Ltem. au Roi, en 1G67.)

On trouve dans le même sens, entre d'innombrables exemples :

Jugez avec quel zèle ils suivront l'imposture

Qui vous fait de son fils emprunter l'aveniure,

Et qui, charmant leur cœur par un flatteur abus.

Leur fera croire en vous un prince qui n'est plus. (T. Corn., Dar., i, 3.)

Je te le dis, laisse là ce couvent;

Car d'espérer les servir à leur guise.

C'est un abus.... {L\ Font., Coules, Mazet.)

Les jeunes gens, comme on peut croire,

Ne s'épargnèrent ni serments,

Ni d'autres points bien plus charmants,

Comme baisers à grosse usure.

Le tout sans compte et sans mesure :

Calculateur que fût l'amant,

Brouiller falloit incessamment;

ACCATÎLEMEM. — ACCABLER. -19

L;i chose éloit tant inflnio.

Qu'il y faisoit toujours abus. (La Font.^ Contes, Nicaise.)

Le jirudent Anchisc Nous c\liorla pnr un discours, Aussi triste qu'une élégie, De retourner dans Orlygie, Pour y prier le blond Fhébus De nous vouloir tirer (Vabus. (Scaru. , Yirtj. irai ., i. 3.)

De croire que votre conduite leur soit inconnue, et qu'elle demeure secrète pour eux; abus , chrétiens : cela ne peut être, et ne fut jamais. (Boibd., Serm. pour le 2e dim. de fAv., Sur le scand., 2'' p.)

— De même avec le pluriel :

0 beau Paris! je ne crois pas qu'Hélène.

Que tu ravis par Vénus dedans Grèce,

Eust de beauté autant que ma maîtresse :

Si on le dit, certes, ce sont abus. (Cl. Mar., Episi., i.)

ACCABLEMENT. ;tclion d'êdr accablé, écrasé, l'accablement d'une chute :

Pour vous avoir trop crue, hélas! et trop aimée.

Je me vois sans Etats^ je me vois sans armée,

El par l'indignité d'un soudain changement

La cause de ma chute en fait \' accablement. (Sophon., m, 6.)

Quoiqu'il y ait ici une figure de pensée, le mot accablement, pour rendre l'image plus vive, est pris dans le sens propre, maintenant inusité, mais dont on rencontre d'excellents exemples, comme les suivants :

Ayant vu à Six l'espouvantaiile et irréparable accnbUment survenu ii y a quelques années par la chute dune pièce de montagne. (S. Fuanç. de Sales, LtH..à Ch. Eninian , 16 sept. 1011.) — La plupart des hommes et des femmes couroienl en chemise dans les places et dans les rues, sans savoir où se cacher, pour éviler" l'iiccablemctit dont ils se croyoient menacés par la ruine des maisons. (M°" de ViLLARS, Lett.. à M°" de (Joulanges, 10 octobre 1680.)

— ACCABLEMENT, flg. :

Parmi de tels malheurs que sa n.iistaiice e.sl rare'

Il ne s'em|)orte point contre un sort si barbare,

La surprenante horreur de cet accabUmeni

Ne coûte à sa grande âme aucun égarement. {Œd., v, 7.

— ACCABLEMENT, au pluriel, choses qui accablent :

Le .solide plaisir n'est pas dans l'abondance

De ses pompeux accahlemcuts.

Et souvent leur excès amené l'impudence

Des plus honteux déréglement.s. {Imit., i, 22.)

ACCABLI-R. tig., accabler qielqu'un de son lmmitik.

El \olre aveuglement me fait trop de pitié,

Pour {'accabler encore de mon vinniiir. ( Oili. m, 5.)

20 ACCABLER. — ACCOMPACM^IÎ.

— ACCAIÎLEU LES SENS :

Loin de vuus je n';ii rien qiravc(- plaisir je voie,

Toul nie devienl f;W'lieu\, loul s'uppose ;ï ma joie,

Un chajj'rin invincible accuble ums me.s sen-i. {La Vtiive, i, o.)

Sire, on pâme de joie .-linsi (|iu' de Irisicsse,

Un excès di' plaisir nous rend loul Imignissanls,

Et quand il surprend l'ànie il accuble tes setis. [Le Cid, iv, 5.)

— ACCAiiLER DE, t'atii;u('r, lasser de :

Ai-je écoulé quelqu'un de lant de soupirants

Qui m'accubloieut partout de leurs regards mourants? [Tiicci Dcréii., i, 2.)

ACCOMMODEMENT, en terme de littérature, beauté, agrément :

Ces prologues doivent avoir Leaucoup d'invention, et je ne pense pas qu'on n'y puisse raisonnablement intrtiduire que les dieux imaginaires de l'antiquité, qui ne laissent pas toutefois de parler des choses de noire temps par une liction poéti(|ue qui fait un grand accoiiiinodeiiieiu de théâtre, (l'rcm. Disc.)

ACCO.MMODEil A, cont'ornier à :

Aussi je ne suis pas de ces amants vulgaires;

y accommode ma flamme au bien de mes affaires. {Méd., i, 1.)

— AGCOM.MUDEi; , eoiivcuir, ]»laire à, faire, être le compte

Le cloître a ses douceurs, mais le monde en a d'autres,

Oui, pour avoir un peu moins de solidité,

Raccommode m que mieux notre instabilité. [La PL Hoi/., v,8.)

Les Arabes s'appliquèrent encore à sa physique (d'Aristote ) , principalement

aux huit livres qui ne contiennent que te général; car la physique particulière,

qui a besoin d'observations et d'expériences , ne les accommodaii pas tanl.

(Fleuuy, Choix des éiud., l'^p., v.)

— s'acco.m.modeu, s'employer conveuablemeut.

(Juelques niodernrs, pour ôlcr toute l'ambiguïté de celte prononciation , ont écrit les mots qui se prononcent sans la mollesse de 17; avec une / simple, en celle manière : iranqnile, imbécile, distilc , et cette orlhographe pourrait s'accommoder, dans les trois voyelles a, o, u, pour écrire simplement balcr, affaler, anlutter, mais elle ne n'accommoderait point du tout avec Ve, et on aurait de la peine a prononcer y/dt/fe et bette, si on écrivait yidt/e et bêle. (Préf. de : Le Ttiéùi- de /*. Cuni., édit. de 1682.)

A(;C().M.PA(;XER, fiy. :

Il est jusie de lui prêter . a lutile) quelques grâces, mais de celles qui lui laissent toute sa force, qui l'embellissent sans le déguiser, et ïaccompaijneni sans le dérobera la vue. {Imii., préf., 1070.)

Oiicl indomptable esprit! quel arrogant maintien

Accoiiijjaynoii Vov^ueû d'un si long entretien 1

A-l-elle rien fléchi de son humeur altiere.' [,)Jcd-, ii, 4)

Aci.mu). 21

Un ;i (lit (II' iiir'iiic :

Il y a iino liorlé gént-reiise qui (iccoiupaijui; la hunnc iJJiicalion. ( Mont. , E.s-iiiis, 111, "i.)

Un Iraîlic (jui n'esl liardi (lua inoll'c'n.sor,

De (lui nulle veilu n'uccouipwjnc l'audace. fRAC, Hlithr., ii, 4.)

Les vices (jui se conlracleiil à l'entrée de la jeunesse hccompa<jneni ordinaire-

nieiil les hommes jusqu'au loniLeau. [Fiôiuci'., lUsi. du Henri IV, 2' p., 1.072.)

— Le plaisir et la doultuir nccouipnijncni les opérations des sens. Boss. , ])e

lu Comiais\. de liicu, x.]

VA (hiiis un sens aiial(jfiiio, en parlant de cliosfs matérifllcs :

Di's cheveux noirs (iccompaijnoieut ce beau visage, et rclevoient l'éclat de son teint avec tant d'asanlage, que — (Hkgn., La l'rov.) — Un seul miud de ruban couleur changeante aicompmjmiit son joli visage. (.\. dk Muss. , Les Deux Maiir., IV.) — Il y a à ma maison uik' belle orangerie, un agréable potager avec trois fontaines, et tout ce ([u'il faut jjour accompagner la beauté de ma maison, qui a de la grandeur, quoiqu'elle soit petite. (M"'^^ deMo.ntp., Màn., 1680.)

ACUinill). Iviiii: d'accoud dk oi kloi r c.inisr. , y (Innni'f son eousenU'incnt, son ae([ui('sc(Mn('nl :

Telle est l'humeur du sexe; il aime à contredire,

lîejette obstinément le joug de notre empire,

.Ne suit que son caprice en ses alïections,

Et n'fW jamais d accord de nos élections. [I.'lllui.com., Ml, 2.)

.Sur un bruit qui m'étonne et que je ne puis cruiri', Madame, mon amour, jaloux de votre gloire. Vient savoir s'il est vrai que xoMS-soi/ez d'accord. \':iv un houleux hymen, de l'arrêt de ma iiKjrt.

.S'il est vrai que vous soyez A'aCcord,

Par un change honteux, de l'arrêt de ma mort. Pourrez-vous à vos veux soulTrir cet hymém'e? Lt quand de mon de\oir vous voukz cet elToit, Toute \otre justice tn «'«/-elle d'accord? Je les voyois d'accord d'un heureux hyménée.

— Acc.onn, dans 1<^ sons de convi-nlidiis piilinnnaii'i's d'un niariai^c. itoMi'iii: di.s Accnuns :

J'.ii menacé Florange, et rompu les accords

f.hii l'avoieiit su causer ces Niolenls transports. Lu l'cuif, iv, .1.)

Un Ifcinvc pins souvent rniitjji'' un ncvovd :

Un \ieil accord à Parme engage en vain sa foi, S'il me voit, s'il me |iar|e. il le rompra pour moi.

(T. CoHN., /,(• Charme de la vois, I. 1.)

— ACi'.oiin. daii-> If st'iiN i\i- ia|ipi>il JiaiiiKiniciix, a\C( le |tlM-

J'i'piiiisc une princesse en qui les dnux accorda Des grâces de l'esprit avec celles du corp>

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