ARTICLE SUPPRIMÉ
Cette suppression est un des caractères de la langue de Corneille, comme de celle de tous les écrivains qui relèvent du seizième siècle. Le l'ail est très-connu, et il se j)rj''senlera f'rétjuemmenl dans ce travail. ?sous nous conlenlerons donc ici de mder el de souligner quelques expressions prises entre mille :
Nos anciens, qui faisoient parler leurs rois en place publique, doniioienl assez aisément l'unité rigoureuse de lieu a leurs tragédies. (Trois. Disc.] — .Mais comme les personnes qui ont des intéiéts opposés ne peuvent pas vraisemblablement expliquer leurs secrets en même plaee, et qu'ils sont quelquefois introduits dans le même acte, avec liaison de scène qui emporte nécessairement celle unile . il fiiul trouver un moyen qui la rend<3 compatible avec celle conlradiclion qui forme la vraisemblance rigoureuse. [ïbid.)
Quand tout percé de coups sur un monceau de morts
Je lui fis si longtemps bouclier do mon corps. [Sanche, i, 3./
J ai tendresse pour loi, j'ai passion pour elle. ii\icom., iv, 3.)
Mais l'a-l-elle acceplée? as-tu louché son cœur?
.A-t-elle montré joie? en paroil-elle émue? [l'ertfi., n, 4.)
58 AKTICLi: SI !»F»RIMK.
Ta funeste valeur m'instruit ]iar lu victoire;
Elle a vengé Ion père et soutenu ta gloire ;
même soin me regarde ... [Le Cid, m, 4.)
C'est donc à moi de vous faire empereur. Je l'ai pu, les moyens d'abord n'ont fait horreur; Mais je sauiai la vaincre, et me donnant moi-même, Vous assurer ensemble el vie et diadéiiic. \Oifi.. iv, 1.)
Vouloii- toujours /ai'eH)-, c'est trop lui demander. [Andiom., i, 2.)
Non, madame, et dùt-il m'en coûter irône cl vie,
Vous ne me verrez pas épouser Domitien. [TH. ci Rdr., m. 5.)
Pensez bien à la suite avant que d'achever.
Et si ce sont périls que vous deviez braver. Liges., v, 4.)
Sa mère eut tant de part à la toute-puissance, Ou'elle fit à l'empire associer Constance, Et si ce même LUipirc a quelque attrait pour vous,
La fille a même droit en faveur d'un époux. (''»., '> '^■)
Parez-en ce beau sein, ce chef-d'œuvre des cieu.x, Cette honte des lis , cet aimant des couiages ; Ce beau sein où nature a mis tant d'avantages, Qu'il dérobe le cœur en surprenant les yeux.
[Sonnet pour AI. D. V. envoyant un galant à M. L. C. D. L.)
Corneille dit encore : trouver appui, cojiime trouver de l'appui,
ou trouver un appui :
La vertu trouve appui contre la tyrannie. [ISicom., m, '•}.)
Voltaire l'en reprend. « 11 faut, dit-il : tr(juve un appui, ou de l'appui; trouve un secours, du secours, et non trouve secours. »
Avec ces rigidités puristes, nulle poésie possible.
Le grand tragi([ue offre un autre vers où la suppression rie l'article plus remarcjuable encore, mais aussi raisonnable, n'en arrache pas moins au minutieux commentateur une exclamation criti(|ue :
Il vous assure, et vie, et (jloire, et liberté. (i\icom., v, 2.)
« 11 vous assure vie! » s'écrie Voltaire, en détachant une partie de la locution.
Il ne t'ait pas davantage grâce à ce vers précis et énergique :
Sans lui voir en la main pi(iues ni javelots. [Sertor., n\, 2.)
« 11 serait à désirer, dit-il, que Corneille eût tourné autrement ce vers. Voir piques n'est pas Français. »
Corneille nous paraît avoir excellemment tourné son vers, et il ne dit pas voir piques. Juger d'une expression en en changeant la disposition, comme l'ait ici Voltaire, ne serait pas même permis pour la prose.
ARTIFICÏKIX - ASPIKl'R 59
ARTIFICIEUX, en parlant dr cliosc^s litU'rairos, ([iii r<Mifornio (le l'art :
Je ne puis oublier que bien qu'il nous faille réduire toute l'action tragique en un jour, cola n'empêche ])as que la tragédie ne fasse connoîlre, par narration ou par qucliiiie autre ntniii'erc plus urtijicieuse, ce qu'a fait son héros en plusieurs années. ■^Deuxième Disc.) — Ici, messieurs, les beaux discours relevés parla pompe d'une éloquence humaine, embellis par un arùjickux anaïujenient de mois, soutenus par la justesse d'un langage poli, seroiuni inutiles. (Mass., Soin, luc les (jraud. de J.-C, i.)