‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 47 sur 253 · U ASSURER · texte numérisé non relu

U ASSURER

— ASSURER SES REGARDS, donner de l'assurance à ses regards:

Et dés que je vois jour sur la scène à le peindre,

Il rallume aussilùt ce feu prêt à s'éleindre :

Mais comme au vif éclat de les souhaits inouïs

Soudain mes foibles yeux demeurent ébiouis.

J'y porte au lieu de toi ces héros dont la gloire

Semble épuiser la Fable et confondre l'histoire.

Et m'en faisant un voile entre la tienne et moi,

3'assure mes regards pour aller jusqu'à toi. {Au fioi sur sou liel. de Fland.)

— ASSURER SON ASPECT, tourner fixement son visage, fixer son regard :

Le prêtre avoit à peine obtenu le silence,

Et devers l'orient assuré son aspect,

Qu'ils ont fait éclater leur manque de re.pect. (/'o'., m, '>J-)

Corneille veut dire que le prêtre s'était à peine tourné, et avait à peine lixé ses regards vers l'orient. L'expression qu'il emploie est singulière et obscure; elle a échappé à la critique de Voltaire qui censure si souvent lorsqu'il n'y a aucune faute véritable à relever.

On trouve, dans un sens qui a de l'analogie avec les exemples de Corneille :

il avoit les yeux fixes et assurés. ^Pkrékixk, Ilist. de Henri IV, '^^ p., 1610.)

— s'assurer a, se fier à :

Si l'on peut en amour s'assurer aux serments.

Dans trois jours au plus tard, par un boniieur étrange,

Clarice est à Philiste. [La Veuve, m, .'M

— s'assurer sur, s'autoriser avec confiance de :

Je ne conseillerais à personne de s'assurer sur cet exemple (l^' Disc.) Et d'une manière moins particulière, dans le sens de i)rendre confiance sur :

Ne vous assurez point sur cette conjecture,

Et souffrez qu'elle cède à la vérité pure. (CEd., m, 2.)

On dit s'assiax^r de quelque chose : prendre ses précautions pour en être le maître, pour l'avoir à sa disposition. On trouve dans Corneille, par extension, en parlant d'une chose morale :

11 voudra, ce rival, qui que l'on puisse élire.

S'assurer par Thymen de vos droits à l'empire. [Pulch.. r, I j

— ASSURÉ, au lieu de certain qu'on dirait plutôt aujourd'hui :

Celte règle et celte exception sont générales et u'^surées. ' Préf. du Tliéôire de P. Corn., éd. 1682.)

ASTRK. — ATTACHKH. 60

ASTRE, fig. SON ASTHR oi'PusK, pouT sigiiificr sa destinc-e opj)Osce :

Mais l'ile-mème (liélas!) île cfi giaml nom diarmée

S'altncho au bruit licuroux que fail sa rciuniimée,

rt>pontlaut qu'insensible à ce qu'elle a il'appas,

H nie dérobe un cœur qu'il ne demande pas.

De son astre opposé telle est la \ iolence,

Qu'il me vole partout, même sans qu'il y pense. [Serior., i, 1.)

ATTACIIEMEÎNT a, attention fixe à :

L'aïKiclieweni de l'auditeur à l'action présente souvent ne lui permet pas de descendre à l'examen sévère de celte justesse. [Exam. d'IIor.)

ATTACHER, fig., avec une magnifique image :

Qu'il ait regret i moi pour son dernier supplice,

Kt que mon souvenir, jusque dans le tombeau

AUnche à son esprit un éternel bourreau. [Méd., i, 4.^

— AiTAciiini, au sens moral, lier, unir :

Voulez- vous Vaiutcher à l'objet de sa liaine? [La Veuve, m, 7.i

— Immt, en pai'laiit d'aniour :

Quand vous voudrez tous deux attaiher vos tendresses,

Il est des rois pour elle, et pour \ous des princesses. [Surén'i, n, î.)

— AiTAciiKii A SON SENS, avec uii iioin (le chose pour sujet, laite (|u'(Hi soit attaché à son sens :

Qu'a présent la jeunesse a d'étranges manies!

Les règles du devoir lui sont des lyraniiies,

Et les droits les plus saints deviennent impuissants

liontre celle fierté qui Vuitache à son sens. [Illits. con., m, i.,

— ATTAr.HEn, llg., avec une forme extrêmement eoiiciso :

rue vous m'êtes cruel, que vous m'êtes injuste,

l)'aitaelicr tout mon caur nu seul titre (f.iuijusle!

Quoi que de ma naissance exige la lierté.

Vous seul ferez ma joie et ma félicité. {f'utc'i., i. 4.1

(l'est-à-dire. de voiildir (pic mon ('(riir ne s'attache (pi'aii titre d'Auguste.

— ATTACiiKii Aii'RKS, avec uu iioui de chose i)our sujei :

Marcelle n'est pas loin, et je me persuade

Que son amour Vuttachc auprès de sa malade. 'Tliéod., ii, 1.)

— A I I At.MEii A, dans le sens d'attrihuer à :

si j'en savois le nom, ta juste liéfiance

Pourroil à ses défauts imputer ma constance,

A Sun peu df mérite utturtur mon dédain.

El croire (piun plus digne auroit rei.u ma main. d.a Suiv. iv, 7.)

Page 1