‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 59 sur 253 · AYE. — BAILLER · texte numérisé non relu

AYE. — BAILLER

C'est-à-dire : Justifiez vos devins, (jiii vous ont prédit un si 1x1 avenir.

AYE, pour «27, troisième personne du singul. du subjonct. :

J'ai vu mourir Pompée et ne l'ai pas suivi ;

El bien que le moyen m'en aye été ravi,

Qu'une pitié cruelle à mes douleurs profondes

Wuye (Jté le secours et du fer et des ondes.... [Pomp., m, 4.)

« Cet aye à la troisième personne, dit Voltaire, est un solécisme très-commun. On a mis ait dans les dernières éditions. » AYEUX. GRANDS AYELX, ancêtres :

Si vous aviez choisi quelque objet sans éclat,

Qui ne piàt être à vous que par raison d'État,

Qui de ses f/raHf/.v n(/f«x n'eût rien reçu d'aimable,

Qui n'en eût que le nom qui fût considérable.

Il s'est assez puni de son manque de foi.

Me dirois-je, et son cœur n'en est pas moins à moi. \Tiie et Héi ., m, 5)

BAIGNER (se) a, pour se baigner dans :

Songe aux fleuves de sang o(< ton bras s'est ùaigné. \Cin., iv, 3.)

Qu'un frère pour régner se buvjne au sang d'un frère,

Qu'un fils impatient prévient la mort d'un père? (Sur., v, 3.)

Vengez-vous, baignez-vous au sang du criminel;

Et sur son corps sanglant je vous mène à l'autel. (Volt., Méi , iv, 2.)

— On trouve d'une manière analogue :

Les Adrians, Trajans, seroient bien de ce rang.

S'ils ne s'estuient poilus des lideles au sang. DAub., Tra<i , m/

BAILLER , donner :

Pymante lui /«u'/Ze quelque échappatoire. {Clit., Arg.)

Ce mot était d'un emploi élégant dans la première moitié du dix-septième siècle. Ainsi Malherbe, en prose (it en vers, préférait toujours bailler à donner :

Hier le roi dans sa galerie bailla le bonnet à M. le nonce. [Leti., à Peiresc, 15 ocl. 1G1.3.) — Je vois bien que l'on \ous baille de grandes alarmes en ce Jiayslà. {Ibid., à Bouille - .Malh., 13 août 1(315.) — Si l'avis a été baillé comme il faut. (Au môme, 10 nov. 1020.)

On parle do l'enfer et des maux éternels Baillés en châtiment à ces grands criminels

Dont les fables sont pleines. (Siaîtc, pour le comie de Soiss., 1622. ;

Le plus célèbre disciple de Malherbe aflectionnait aussi l'emploi de bailler :

HAISSEK. — BALANCER. m

Ils lisent lus premiers les lellrcs qu'on lui baille. (Racan, Beifj., n.)

Nous croyons iiiulilf de miilliplicr ces exemples. Segrais nous fait connaître à qufîlle occasion le fimt Ixiillcr cessa d'èlro employé dans le monde ('-légant :

Un Gascon demanda un jour dans une compagnie :Oui est-ce qui huilk le bal? ;m lieu de dire : Qui est-ce qui donne le bal? Depuis ce temps-là l'on a banni le rnot de bailler, qui avait plu.s de cinq cents ans de bourgeoisie. >; (Seyiaixiana, Paris, 1721, p. 7.-1.)

— H.Mi.LKU A ui elui'ln A HAMKM-.n, Confiera ((iiol(|u'nn pdiir <|u'il ramène :

Cela lui fait reconnaître Pymanlhe pour l'auteur de ces perfidies; et Vaijant baillé à ses veneurs ù ramener, il pique à tonte bride vers le ciiàleau. (Argum. de dit.)

BAISSER, pour abaisse}- :

Montons, de grâce, au trône; et de là beaucoup mieux Sur le cboix d'un époux nous baisserons les yeux. i>o.\A LÉoNon. Vous les abaissez trop; une secrète flamme

A déjà malgré moi fait ce choix dans votre âme. [D. Sunclie, i, 1.)

Cfite signification s'est heureusement conservée :

De son Irùne enflammé qui luit au haut des cieux,

Sur le héros français daigna baisser les yeux. (Volt., Uenr.. \.)

Tout cela n'est point connu de ceux qui, chargés de grandes alTaires, occupés du gouvernement des Etats et du devoir de rendre heureux les hommes, ne peuvent baisser leurs regards sur dus querelles et sur de ]iarcils ouvrages. (Id. , Met. liilér.)

I5.\I.A.\(!E. i:.Mi'((itri;u i.a iiai.anci-: ,sin, Tmiporlcr sur :

L amour sur le respect ew/jor/e lu balance. ,Clii , ii. 5.)

— ÈTUK E.N UALA.NCE, Cil parlant d'un sentiment :

Parlez, je vous dois tant que ma reconnoissance

Ne peut être sans honte un instant en balance. (■**Vi/., i, 2.)

— MKFTUE EN liM.ANCi; , commc tenir en haloncr :

Notre longue amitié, l'amour ni l'alliance.

N'ont pu mettre lU) moment mon esjirit en balance. Hor., ii, '.i.)

Cette prévoyante inc mil plusieurs fois eu balance, si je ne chercherais pas mui-mèine un asile hors iln rovaume. (J.-J. Muuss., Conjess,, XI.)

— HEII..MU i.'esi'iih de oi ei-^i'in en n\i vm.e :

Voilà ce qui retient monesprti en balance. [>>i>t-. i, ^- i

I5.M.ANCER, V. act., tenir en suspens, lain- luisiter:

Si l'on court au grand crime avec avidité. Il en faut réprimer l'impétuosité.

84 BALANCER. — BANDOLIER.

Avant que les esprits ([u'un juste cfTroi balance

S'y puissent enhardir sur notio nonclialance. [Oih., v, -2.)

— BALA.NCKR KNTKK , toiiif ilottaiit ciitro :

Et quel choix voulez-vous qu'une chrétienne fasse,

Réduite à balancer son esprit agité

£n/)e l'idolâtrie et l'impudicité? (Tliéud., m, 1.)

Vous avez la mémoire trop bonne Pour avoir oublié que vous me files roi,

Lorsqu'on balança ma couronne

Entre Léotychide et moi. [Agés., m, 1.)

— ÊTRE BALANCÉ, èti'o entraîné en sens divers, être tenu en suspens :

Mais à ce peu de mots je crois que sa pensée

Entre vos deux amants n'est pas fort balancée. (Le Cid. i, 1 )

Et je sens tout mon cieur balancé nuit et jour Entre l'orgueil du diadème

Et les doux espoirs de l'amour. [-^{jés., m, 4 ;

Celui qui est balancé par des opinions probables opposées, voit de part cl d'autre des raisons considérables qu'il peut suivre. (Nicole, DécuL, 1" comm., H^ instr., sect. 2, c. v.)

BALUSTRE, pour désigner les galeries du théâtre, ou plutôt les personnes qui les occupent :

Ma veine qui charmoit alors tant de balusires,

N'est plus qu'un vieux torrent qu'ont tari douze lustres.

{Au liui, sur son retour de Flandre ]

BANDE, compagnie, société :

A force do tarder tu m'as mise en souci :

Il est temps, et Daphnis par un page me mande

Que, pour faire servir, on n'attend que ma bande. [Gai. du l'ai., i. 1].)

Cette expression est donnée, dans une comédie satiricpie delà seconde moitié du dix-septième siècle, comme étant du style précieux ;

A propos d'Oriane, elle dîne chez vous;

J'y dîne aussi, ma chère, et je suis de la bande.

(BouRSAULT, Le Porlr. du Peint) e, se. m.)

Bande se trouve encore employé de diverses manières particulières pour compaynie, troupe, comme dans cet exemple :

Il me demanda en grâce de lui faire entendre ma bu)ide de violons, qui était fort bonne. (Mlle de Montpens , Mém., 1651.)

BANDOLIER, le même que bandoulier :

On a vu des Césars, et même des plus braves,

Qui sorloient d'artisans, de bandoUers, d'esclaves. {Attila, iv, 3.)

I5ANM11. — 15AS. 85

BANNIR, pour sigiiilin- faire (luiltfi' la compagnie :

Ma maîtresse vous soullre, et riii;.'rale me fuit;

Quelque goùl qu'elle prenne en votre compagnie,

Sitôt que j'ai paru, mon abord l'a bannie, {L'Illtts. com., ii, 7.)

liAN\)L'EllUL"rE. FAïUK b.\N(jui:koltI': a, est employé par Corneille d'une manière que Voltaire parait avuir justement blâmée:

Je fuis bamiueroule à ce fatras de lois. [Le Ment., i, 1.)

« On disait alors, observe l'illustre commentateur, faire bon- ([ueroute, pour abandonner, ix'noncer, quitter, se détacher, mais mal à propos ; banqueroute éidivi impropre, même en ce temps-là, dans l'occasion où l'auteur l'empl(jie. Dorante ne lait pasbancpieroute aux lois, puisque son père consent qu'il renonce ù cette pr.itession. »

barri:, barrière:

Le Bourguignon d'ailleurs sépare leurs provinces,

Et servirait pour nous de bune a ces deux princes. ^Auila, iv, J.)

|{AS. I N (h:!!. isas, lin nil baissé à terre :

,\ kiirs noms, un grand froid, un front triste, un œil ba^.

M'ont fait voir aussitôt qu'ils ne lui plaisaient pas. (Oili-, i, ;i.)

— MLiTTitii HAS, liy., dépouiller :

Malgré notre surprise el mon insulTisance, Je vous obéirai, seigneur, sans cumijl'iisancc. Et mets bus le respect qui pourrait m'enipèclier

De combattre un avis où vous seniblez pencher. {(".in., ii, 1.)

Croyez-mo\, mtiiez bus l'artifice. ('^'/'., n, ô.

— MKTTUi; ISAS I.A lll.lill':, lii;., di'poiliilrr la lirrb-

El j'avouerai, seigneur, que pour mon hyménce

Je crois tenir un peu de Rome où je suis née.

Je ne demande [)oint la pleine liberté,

Puisquelle en u mts bas t'intrt'ptde /iirli'. [Olh., iij, ;J.)

— Kiiiplni clliiitiiim' iriiiaiipiablf de la inémc locution :

DOii.vNTE. Je serai cependant aveugle en mon buidieur,

Et d'un si grand bienfait j'ignorerai la source? CLiTi>N <« Dorante. Curiosité bus, prenons toujours la bourse. [Suite du Mcni., i, 2.)

— itAS, adv., pouro bas :

Et je u'aspiierais au bouUeur de Vuus plaire

Ou'aprés uvoir mis bas un si grand adversaire. [Pomi) , iv. 3.)

La tyrannie est bas, cl le sort a changé. {Ibid . ii, 3.)

Unissons-nous ensemble, cl le tyran est bas. [Sertor., m. 2.)

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