‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 68 sur 253 · METTUE UNE AGENTE AU BOUT DE SA FINESSE · texte numérisé non relu

METTUE UNE AGENTE AU BOUT DE SA FINESSE

Ne m'apprendras-lu point ce que fait la maîtresse? L.\ NOUi\RiCE. Elle mil ion arjente au bout de sa finesse. (La Veuve, ii, 7.)

On trouve , d'une manière analogue, être au bout de :

Les médecins avoient essayé inulilerr.ent tous leurs remèdes, et confessoient qu'ils éioieni au bout de leur art. ;Fléch., Hist. de Ximén., 1. 1.)

— AU BOUT DE, après :

Ce portrait vivant que je vous offre représente un héros assez reconnaissable aux lauriers dont il est couvert. Sa vie a été une suite continuelle de victoires: son corps, porté dans son armée, a gagné des batailles après sa mort; et son nom, au bout de six cents ans, vient encore triompher en France. [Le Cid. à M"'^ de Combalet.)

— A CHAQUE BOUT DE CHAMP, coiiime à tout bout de champ :

.1 chaque bout de champ vous mentez comme un diable. (Le Ment., m, (i.)

BOUTADE. POUSSER par boutade, produire d'un soufïle ,

d'une seule inspiration :

Ou comme d'un sonnet ou d'une ode, qu'une chaleur extraordinaire peutpo»*ser par boutade, et sans lever la plume. [Mél., préface.)

BRAISE, dit plaisamment pour signifier chaleur d'amour :

Et, pour la maintenir, j'éteindrai bien ma braise.

[La Veuve, iv, 4, 1" éd., jusqu'à 1644 inclus.) Vienne cet heureux jour! mais jusque-là, mauvaise, N'avoir point de baisers à rafraîchir ma braise! [Ibid., v, 3.J

Si je feins un peu de braise

Alors que l'humeur m'en prend ;

Qu'on me chasse, ou qu'on me baise,

Qu'on soit facile ou mausaise,

Qu'on me chasse, ou qu'on me baise.

Tout m'est fort iudilférent. [Chanson.)

On a dit de même avant Corneille, en une poésie qui voulait

être sérieuse :

Car l'humeur du baiser appaise,

S'escoulant au cœur peu à peu, ,

Geste chaude amoureuse braise

Dont les yeux allumoyent le feu. (Ru.ss., Amours, 1. 1, Baiser, 1572.)

UKANIXiN — I5UA.MJ-: 97

Scai'i'on a employt'î cctto expression dans des vers (|ui ne peuvent pas être cités. Elle se rencontre chez plusieurs autres auteurs coniiipies ou burles(jues, presque toujours employée d'une manière plus ou moins obscène. Nous nous contenterons de citer cet exemple d'un prédécesseur de Corneille :

Pour un momenl modérés cette braise.

Vous baiserés chez moi plus ;ï voire aise. (Hardy, Ix Triomphe d Amour.)

RRAXDON, employé pour /lajnmes, en parlant du feu dont est brûlé le corps de Creuse couverte de la robe empoisomu'îe de Médée :

Mais cette infortunée à peine l'a vêtue (la robe\

Qu'elle sent aussitôt une ardeur qui la lue ;

l'u fou subtil s'allume, et ses bnnidons épars

Sur votre don fatal courent de toutes parts. {Méd., v. 1.;

Ih'andon s'est autrefois. employé pour feu en général, conformément à l'étymologie allemande hrand, feu, incendie, hrennen, brûler. On le trouve assez souvent au seizième siècle, avec cette signitication au figuré. Ronsard s'en sert plusieurs fois. Un de nos anciens poètes, moins connu, a dit dans le même sens :

Laisseras tu en deuil et ennuy celles

Que les brandons et vifves estincelles

De Cupido alouchent de si prés,

Que eaux de Damât/, marjolaines, cyprès

Et roniarains, veids lauriers et lavandes

Ne leur font rien. Creslin

(Mi trouve de même, an dix-seplii'me siècle, dans le sens d'r-

ti lice/ le :

Je fais une description d'une nuit dans laquelle je m'arreste à parler, entre aunes choses, de certains \ers luisaiis qui volent comme les mouches, et dont toute l'Italie et tous les autres pays du Levant sont remplis. Il n'y a rien de si agréabli? au monde que de les voir, car ils jettent de dessous les ailes, a chaqtuniouvemenl, deux brandons de feu gros comme le pouce, et j'en ay veu quelquesfois tous les crins de nos che\aux tout couverts, et tous nos propres cheveux mesmes (St-.\ma.nd, Moyse sauvé, préface.)

lii'nndnn est encore usité dans (pIellple^ piuviin l'S p(tnr signifier des feux. Ainsi, en Picardie, on appelle brandons les feux de la .Saint-Jean ; dans la mêim> province, on nomnn' aussi hnmdtm tout It^n de courte durée, comme un feu ilt! paille, un feu de broutilles; on dira : Faites-moi viti- un bon brandon.

r.RAM.I', lig. i.i: iiiiAM.i". m: i.\ noi i; i»r. i.\ ioutink

.\insi de notre espoir la fortune se joue.

Tout s'élève, ou s'abaisse au branle de sa roue. <lUus. corn , v, h.]

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