‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 7 sur 253 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

Il oflre autant de latinismes d'adjectifs que de latinismes de substantifs.

11 prend célèbre dans le sens de publie, solennel, éclatant :

«Je n'ajouterai rien aux célèbrea témoignages que la voix publique vous rend.* [Pomp., Au cardinal Mazarin.)

Nous rapportons des exemples analoi^ues, comme ceux-ci :

« Le roi ne songcoitqu'à rendre ces noces célèbres par des diverlissements où il pût faire paroître l'adresse et la magnificence de sa cour. » (.M'"' de La Fayette.» «Eli'auroit percé de mille coups s'il ne l'eût réservé aune vengeance plus célèbre. > (Regnard.)

Honnête, chez notre poëte, signifie honorable, glorieux, comme le Isii'm honest us. Il dit: « Un trépas plus honnête n [Othon], pour, un trépas plus honorable.

Il emploie content dans la sévérité de son étymologie latine, contentus, qui se contient, qui se renferme dans ce qu'il a, qui se résigne sans peine, comme l'explique Forcellini :

« Périssant glorieux, je périrai content. » {PoL, iv, 6.)

Il donne à funeste l'acception première de fitnestxs, dérivé de fiinus, funèbre, lamentable : « Funeste spectacle, funeste état, péril funeste. »

Il emploie imbécile, imbécillité, dans le sens d'imbecillus, imbecillitas, faible, faiblesse.

Il donne à sublime la signification primitive et toute latine d'élevé :

« Si votre hymen m'élève à la grandeur sublime. > [Sert., i, 3.)

Il dit être récent de son latin, pour signifier sortir de l'étudier, et en avoir encore la mémoire toute fraîche, comme Fronton a dit : «Tu, qui a grcecis litteris recentior es. »

Que de verbes aussi sont employés par Corneille d'une manière toute latine ! Il dit céder, pour le céder, comme le cedere latin :

■.< Et si le sang des dieux cède à celui des rois. » {indrom., m, 3.)

« On ne peut plus rien faire Dont la gloire ne cède à celle de Sévère, >

dit de même Thomas Corneille, dans Maximian, i, 1.

Ce latinisme a, du reste, été conservé, même en prose, après

INTRODUCTION. ix

Corneille. C'est ainsi que riiis[oi'i(!n de la Ciinjurtitian des (i/uct/ues a dit :

« Ses vertus personnelles ne cédoioii ni à eelles île son pC'rc, ni à celles de sa inére. »

Obligei^ôans l'auteur d'/7o?-fl/:c, a la force du latin o/jlùjnre, et veut dire lier par un devoir, mettre dans une certaine dépendance inoralii à l'é.^arcl de quelqu'un :

« Envers un ennemi ({ui nous \>cu\. obliger ? y 'llur., i, '^.)

Construisant eyj/'o^w/' comme le latin ^'x/>6n"or, il Ir; l'ait suivre d'un qualiticatif:

<< Toujours de plus en plus je l'éprouva cruelle. » {L'Ii'us., ii. 1.)

Crél)illi)n a dit triiiic iiiaïuèn' t(jute scinblahle :

« Cruelle! si l'amour vous éprouve injlexible,

A ma triste amitié soyez du moins sensible, y (Uluiduiii . i, 1.)

Suivant La llar[)e, «ranioiir vous éprouve in/lcxiôle n'est [las l'rançais'. » 11 aurait mieux valu observer que c'est un latiidsme peu usité en français moderne. Crébillon, d'ailleurs, all'ectait cette coustruction ; on la rencontre jusqu'à trois fois dans un seul acte d'une de ses pièces :

« Si ma trisie douleur vous éprouve inflexibles;

Du moins ne laissez pas succomber ma vertu

Sous les divers transports dont je suis combattu. » [Pijnhus, i, 1.)

. Je lui dois d'un ami le secours et la fol :

Il ne l'éprouvera lé)j'ere, ni perfide. » [Ibid.)

» Mes pertes, mes périls n'ont rien d'assez terrible Pour un roi que l'honneur éprouve seul sensible. » . Ibid., i, 2.)

Corneille dit s'oiiilicr de, avec un substantif, par imitation ilu latin obliviscor, avec un génitif, « s'oublier de son néant. »

Les adverbes, les pré[)Ositious, les conjonctions nous donneraient lieu de relever bleu des latinismes de Corneille. Pour le moment, nous nous contenterons de si^^uder um3 manièrtî trèscurieuse il'enqjloyer l'adverbe ainsi., à l'imilatiou du Sic te diva païens Cijpri, d'Horace :

c. yti/ivi vienne bientôt cette heureuse journée

(Jui nous donne le reste en faveur d'Iiyménéu. » {Mcl., i, 1.)

' Lycée, 3» p., 1. 1, cil. IV, secl. 1.

Page 1