X INTRODUCTION
Du reste, ce latinisme n'a rien de particulier à Corneille. Il a été fréquemment employé au seizième siècle, notamment par Joacliim du Bellay, par J.-A. de BaïF, et on le retrouve au dixseptième siècle dans Mairet, dans Rotrou, dans La Fontaine, dans madame Deshoulières, dans Fénelon.
Corneille a aussi beaucoup de latinismes de syntaxe. Comme les latins, il emploie volontiers le comparatil' pour le superlatif, mieux, pour le mieux :
« Et je tiendrois des deux celui-là jwieux épiis
Qui... » (Don Saitclte, lu, 4.)
Plus, pour le plus :
« Ton sexe qui défend ce que plus il désire. » {Clit., v, 3.)
On verra dans le Lexique combien ce latinisme était fréquent au seizième et au dix-septième siècle.
Il aime à employer j^lus sans négation, dans le sens de davantage, encore :
« Tais-toi, si jamais plus tu me viens avertir... » (Le Meni., i, 5.)
Le latinisme se retrouve également dans le genre que Corneille donne à certains noms , comme épigramme, épitaphe, idole, insulte, limite, voile, qu'il fait masculins, et âge qu'il fait féminin.
Il se retrouve aussi dans la préférence qu'il accorde à certaines formes, comme intrigue, qu'il préfère à intrigue, parce que le premier se rapporte davantage à l'étymologie latine intricœ.
On vient de voir combien, dans la langue de Corneille, le latinisme est dominant. L'archaïsme ne l'est pas moins. La diction de ce poète réformateur et créateur, qui contribua tant à fixer le génie de notre langue, se rattache par quantité de points à la langue et à la littérature qui finissaient quand il débuta. Il aime certains vieux termes qui commençaient à n'être plus guère usités, et quelquefois il en fait l'usage le plus poétique. Nous ne les avons pas consignés tous dans notre Lexique parce que plusieurs sont très-connus, et qu'ils ne donnaient lieu à aucune observation particulière, par exemple, coupeau pour sommet, cime :
« Tiens-y toi solitaire, et tel qu'un passereau
Qui d'un arbre écarté s'est choisi le coupeau. » [Imil., iv, 12.)
Il emploie dosage pour enclos :
<i Un Lœuf piqué du taon, qui, brisant nos dosages... »(C//t.,ii, 7, f'éd.)
INTRODUCTION. xi
Il dit oncore, avec Brantôme, snasion pour perauasion. Il se sert (Valh'fjcnnce pour dire soulaf^emcnt : foible allégeance, vaine et fausse allégeance, donner une fausse allégeance, pour mon allégeance.
Comine Klienne Pusquier, comme Malherbe, il se sertd(î couche, au sin^'ulier, pour siL,^nirier eniantetnent, couches :
<: Vierge devant ta couche, el vierge après ta couche. »
(Œuvr div., Louanges de la Vierge.)
Dans la préface de Clitnndre, dans Vlllusion comique, dans le Mi'iitcKr , dans les Discours sur le poème dramatique* Corneille donne à occasion le sens de raison, motif, sujet, comme on le fit jusqu'à Voilure, un dps derniers chez qui on trouve des exemples de cette sii^nification propre au stîizième siècle.
A l'exemple de Montaigne, et par latinisme, il donne à conférer, dans l'Imitation, le sens d'être utile à, de contribuer, de servir à :
' A son avancement l'un el l'autre conjhc. • {Irnit., i, 19.)
II emploie au figuré, et avec le pronom personnel, le vieux verbe déglacer, qu'on rencontre dans les Poésies de Loys le Caron, et qui est inséré dans les dictionnaires de Cotgrave et d'Oudiii. Il dit :
« Tout mon corps se déglace... » [L'illas. com.)
Il se sert du verbe épartir, avec le pronom personnel, pour signifier se répandre, se distribuer :
c La bruine à son choix s'épart sur les humains,
Comme s'éparuron la cendre..., ■» [Ttad. du Ps. 117.)
• •mployant ainsi une expression qui se trouve non-seuleiuent dans Vauquelin de la Fresnaye, dans Théophile, mais dans un , lie nos i)his anciens et de nos plus célèhros trouvères :
« Vil la porriore [poussière) qui s'espuri conlrenionl Que font saillir li destrier arragon. »
(Haimdeiit de Paius, Oijicr de Danemnrche, V. G461.)
Il dit posé que, pour supposé que, anciiMuic locution qu'on trouve, dés le quatorzième siècle, dans Jehan d'.\rras.
Il em[)loie plusieurs fois comme pour comment, avec ou sans interrogation.
Un siècle manie et conduit ses pensées tout dilféreminont d'un autre sièclo. La succession di-s t'-nips, le changement dt's mn>urs, mille causes graves ou légères, amènent dans la langue, comine