‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 78 sur 253 · I:> CHALEUR · texte numérisé non relu

I:> CHALEUR

— CHAI.Kl II l'Ol U l,A r.i.oiiŒ :

Souiïrez que pour la fjloire une chaleur égale,

D'une amante aujourd'hui vous fasse une rivale.

Le ciel oiïre à mon bras par où me signaler ;

S'il ne sait pas combattre, il saura m'immoler;

El si cette chaleur ne m'a point abusée.

Je deviendrai par là digne du grand Thésée. {Œd., u, 4.)

— LA CHALEl U DE l' ATTENTION :

Le moindre mot que j'en eusse laissé dire, pour en prendre soin, eût rompu toute la chaleur de iatleniion, et rempli l'auditeur d'une fâcheuse idée. [Exam. da Cid.)

— DANS LA CHALEUR DES AR.MES, comme, dans la chaleur du combat :

Ayez l'œil sur le roi dans la chaleur des armes,

Et conservez son sang pour épargner mes larmes. {l'omp., iv, 5.)

— CHALEUR, au fig., avec le pluriel:

Modérez ces chaleurs de votre espn'i jaloux.

Prenez des sentiments plus justes et plus doux. {La Tais. d'Or, iv, 3.)

Seigneur, vous pardonnez aux chaleurs de son âge. [Nicom., u, 3.)

« Chalmrs de son âge, » mauvais terme, » dit dédaigneusement Voltaire.

Nous dirons, au contraire, « chaleurs de son âge, » expression très-poétique, comme « ces chaleurs de votre esprit, » que Voltaire n'a pas repris, uniquement peut-être parce (ju'il n'a jugé digne d'aucune note la tragédie où se trouve cette alliance de mots. Il faut d'ailleurs remarquer i\\i esprit est ici, comme souvent chez Corneille, employé dans le sens à'animus. V. notre article esprit.

En prose comme en poésie, chaleur s'emploie parfaitement au pluriel dans ses divers sens figurés :

Les chaleurs de mon enthousiasme. {D'Auii-, Traij., v.) — Je ne saurois nier que, lorsque j'étois jeune, je n'aie eu les chaleurs de folie qu'ont les jeunes gens ; mais ce n'a jamais été jusques à pouvoir aimer une femme qui ne me rendît la pareille. TMalh., Leil., à Kacan.) — S'il étoit permis d'imiter ici vos chaleurs, j'aurois bien plus de sujet que vous de dire que.... Arn., De la frcq. comin., ii, 9.) — .attaché il ses sentiments par persuasion et non par caprice, souvent contraire aux avis des autres, parce que souvent ils étoient injustes ou déraisonnables, conservant toujours dans les chaleurs et dans les vivacités de son esprit la bonté et la tendresse même de son cœur. (Fléch., Or. fun. de Moniaus., m.;

A vous poursuivre épuiser mes chaleurs,

Pour vous ravir quelqu'une de ces lleurs

Qu'a pleines mains, pour tant d'autres avares.

Vous prodiguez aux Chaulieux, aux La P'ares.

(J.-Ii. RoLss., Épïi., 1,1, aux -Muses.)

CIIA.MIV — CIIANGK. U3

On a (lit (le même de nos jours :

M. Richond des Brus et M. Duchâtel , le premier calme comme l'innocence, le second imligné comme la vertu, ont fait tomber toutes ces chaleurs. (L. Veuill., Méiang., 20 janv. 1818.) — Emporté par de puériles c/ia/eurs de colère. 'Jd., ibid.,

Cornoille a encore employé chaleur au pluriel, dans un sens

iroiii(|ue :

Quand vous m'avez reproché mes vanités, et nommé le comte de Gormas un capitan de comédie, vous ne vous êtes pas souvenu que vous avez mis un a qui /i7, au-devant de Lyadammi, ni des autres t7ia/f«rv poétiques et militaires qui font rire le lecteur presque dans tous vos livres. (Leti. aixilog.)

CHAMP. DONNER LES CH.vMPS, comiiie OH dit donner In rUf

des champs :

Je chasse un fugitif avec trop de raison,

Et lui donne les champs quand il rompt sa prison. La PI. îioij.. ii, 3.

CHAMPTOURNÉ, chantourné, évidé en dedans :

Trois vases qui portent, l'un des orangers, et les deux autres diverses fleurs en confusion, cbampioui nées et découpées à jour. {La Tois. d Or, i, décor, du I"'acte.)

Cette orthographe dément l'étymologie de y.v.-jOo; , coin, (pi'on donne quehjuet'ois à ce mot.

CHANGE, pour changement , en parlant des sentiments:

Nous leur ferons bien voir que leur change indiscret

Ne vaut pas un soupir, ne vaut pas un regret. {Mél.. m, 5.)

Pourquoi m'aigrir contre elle? En cet indigne change,

Le beau choix qu'elle fait la punit et me >enge. La Veuve, m, 3.)

Sinon, faites état qu'il va courir au change. [La Suiv., i. 8.)

Ne meurs pas, chère épouse, et dans un second chawje

Vois l'ilTet merveilleux où ta vertu me range. [L'illus., v, 3.1

N appelle point amour un chamjc iné\il3ble.

Où Creuse fait moins que le sort qui m'accable. [Méd., m, 3 )

Mon butineur oiTensé sur moi-même se venge.

Et vous m'osez pousser à la honte du change! (Le Cid, m, 6.)

Quoil vous appelez crime un change raisorfnable? Hor., i,2.j

Contentez-vous de voir que mon frère aujourd'hui

L'estime et l'aime assez pour le loger chez lui,

Et d'apprendre de moi que mon cieur se propose

Le change et le tombeau pour une môme cliose. {La Suite du Ment., v. .■■).)

El mes ardents souhaits de voir punir son change,

Assure ma conquête à quiconque me >enge. [Penh , ii. 1.)

Ce mot, dans ce sens, était très-ancien dans la laiigiit\ et a été usité longtemps encore apri's Corneille, mais surtout dans le style familier :

Femme sans cueur, qui ne se peut tenir d'aller au change. (Cl. Mah.. Rond, de celug de qui l'amye a (aici nouvel ainy.)

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