‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 80 sur 253 · CHAPEAU. — CHAPITRE. I · texte numérisé non relu

CHAPEAU. — CHAPITRE. I

Expression assez rare, (|u'(iii ifiicdiitre cependant, comme dans cet exemple :

Ce récit tout nouveau me surprend el me climuje. (Riciiel.. Mirame, m, 2.)

— CHANGER DE.... EN..., avec mi adjectif après de et en :

Flallez mieux les désirs de voire ambitieuse.

Et ne la cluinrjcz pas de (iére en furieuse.

Elle vient vous parler. [Tiie et lier., v, 1.)

— ciiANtiEU IN AMANT, Ic ((uittcr poiir uii autrc :

Mais puisque sans raison la volage vous change,

Faites qu'avec raison un changement vous venge. (La Gai. du Pal., iv, 4.)

Henri IV écrivait à Gabrielle d'Estrées :

Resolvés-vous donc, ma maisiresse, de n'avoir qu'un serviteur. Il est en vous de me changer, il est en vous de m'obliger. ( Leli. miss, de Henri IV, t. 4, p. 291. )

— CHANGÉ DE, suivi (l'un substantif :

Si jamais jusque-là votre guerre m'engage,

Je serai bien changée ci rf'àme et de courage. [Nicom., m, 1.)

« Je serai bien changée et d'ame et de courage » mauvaise façon de parler, dit Voltaire. » Cette façon de parler ne paraîtra pas si mauvaise, si l'on réfléchit que courage est employé ici dans la signification de cœur, dont «mi verra des exemples à un des articles suivants.

(lian{/é de se rciic(»iilrc souvent ainsi avec un snhsl. :

Voila qu'il vient à nous tout changé de visage. TiiiST., Marianne, ii, 8.)

— SE (.HANdKi!, piuir signifier changer de sentiments :

Faites, dieux loul-puissants, que PhWhic se change . [I.a Veuve, m, 1.)

Nous n'avons pas rencontr»' d'exein])!»' de cet emploi.

CHAPEAU. noNNEU in coi p de ciiai-km aoi ei.ui 'i n. le saluer (riiii cniip (le cliMpean :

fysatidre sort de chez i'.élidèc, el passe sans s'arrêter, leur donnant sruUmem un coup de chapeau.

MVppoi.iTE. Peut-être l'avenir... Tout heaii. coureur, tout beau,

(lii n'e>t pas (juille .liiisi jinur nn coup de chapeau. [La Cul. du l'ai., ii, -J.)

(.IIAIM rUi^ lAiiu: IN itoN (.iiai'HIu;, faire une lionne renion- Iraiice :

L'amour excuse toul dans un cœurenllamme. Et tout crime est léger, dont laulenr est aime.

IK; CllAUCiv — CHARMEUR.

.1(3 scrois ])Ius sévère, et tiens qu'ajuste tilre,

Vous lui pouvez tantôt en faire un bon chapitre. [Suite du Ment.. iv,3J

CHARGE. AUX CHMt(;Ks que, pour, à lu charge que :

Là j'aurai tout loisir de le le raconter,

Aux charges (/«'à nioii tour aussi l'on m'entretienne.

Nous n'avons pu rencontrer cette locution ailleurs que chez Corneille.

CHARGEANT, fig., pesant, lourd, fûdicux :

Je ne vous en chargeai qu'afin de me défaire

D'un rniretien clinrrjeant et qui m'alloil déplaire. {Ln Gai. dit Pat., ii. 8.'

CHARMANT, subst. le charmant, opposé à l'ufilp :

Clierche moi Spitridate, et l'amène en ce lieu, Et nous \ errons après s'il n'est point de milieu

Entre le charmant et l'utile. (Cinna., iv, 4.)

CHARME. PRÉSENT CHARMÉ, pour désigner la robe que Médée envoya à Creuse, après l'avoir empoisonnée par ses charmes magiques :

Hélas! vous recevez par ce présent chnnné

Le déplorable prix de m'avoir trop aimé. (Méd., v, 5.)

CHARMEUR, adj. :

Quiconque aime l'époux, Cria-t-il, de sa voix trouve l'accent si doux, Que de ses tons charmeurs l'amoureuse tendresse,

Sitôt qu'il les entend, le comble d'allégresse. {Imit.. iv, 17.)

A la première vue un objet qui nous plaît N'inspire qu'un désir de savoir quel il est, On en veut aussitôt apprendre davantage. Voir si son entretien répond à son visage, S'il est civil ou rude, importun ou charmeur, Éprouver son esprit, connaître son humeur. {La Gai. du ['al., i. 8.)

Corneille dit de même subst. :

Eloignez quelque temps ce dangereux charmeur. 'La Veuve, ii. 2.)

C'est un des mots nombreux que Corneille gardait de la

langue du seizième siècle :

(Platon) veut que ce soit pareillement l'office de la fortitude combattre à l'enontri' de la douleur, et à ['encontre des immodérées et charmeresses blandices de la volupté. {yiosT.,Ess., m, 13.) — Je m'en vais, lui disoit-il, vous monstrer. et faire voir sans lunettes, si n'estes du tout aveugle, qu'il y a une vertu charmeuse cachée es yeux. (Rouchet, Serées, xix.)

On a dit comme Corncillf au dix-septième siècle :

Vos yeux, ces Iteaux charmeurs, avec tout leur éclat,

Ne sont point accusés de tant d'assassinats. (Rotbou, reHC.iii, 4.)

CHATOUILLE. — ClIATdllLLKUX. 117

CHATOUILLE, fig. chatouillé pak l'espoiu :

Et clialoiiillé (l'ailleiiis /mr l'espoir qui le Halle

l)v faire avec plus d'iicur la [.'iieire a Mitluidale ,

Il biùle d'être à Home. {Seii., i, 2.)

('HATOUILLEMENT. Curiioillc emploie plusie'urs loi.s ce iiK^t ail liy., avec de, suivi (11111 subslaiitit' :

Souvent même l'esprit de ces i)elerinages

N'est qu'un chatouithincttt de curiosité,

El l'atlrail qu'a, toujours en soi la nouveauté

Vers ce qu'on n'a point vu tire ainsi les courages. [Imii., iv, 1.)

Et que tout autre attrait elïacé par le tien

Me laisse abhorrer comme un crime Les vains clunouillaiieuin de tout autre entretien. Ib'id.)

— 11 l'emploie aussi sans régime , dans h; sens de paroles , d'exhortations flatteuses, séductrices :

Va, dangereux ami que l'enfer me suscite,

Ton damnable artifice en vain me sollicite,

Mon ca'ur inébranlable aux plus cruels tourments.

A presque été surpris de les cltalouillcme)tu. [Tliéod., \, 3.)

— UN FAUX ciiAToi ! iJ.io.M ii.NT, poiif sii^iiilicr un taux plaisir :

Et pour l'indigne attrait d'un/aux cliaioiiitlcment,

Pour un bien passager, un plaisir d'un moment,

Amoureux d'une vie ingrate et fugitive,

Ils acceptent pour l'ànie une mort toujours vive,

Où mourant à toute heure et ne pouvant mourir,

Ils ne sont immortels que pour toujours soutltir. Iniii., m, 12.;

Cll.\r< tL'tLLEUX, lig. cuAiui ii.i,i:i X \ivsri.ni; , iunsIcic lait l>nui' pi(|uri- la curiosité :

L'échu de ces faveurs dont vous enveloppez

De Votre faux secret le cliuiuuiltcux vty.sirre,

Dit SI haut malgré vous ce que vous pensez taire,

Que vous êtes ici le seul que vous trompez. (Aijé»., m, -1.)

C'est ainsi tpie le frère de mtlir iioclc a dit chiitnnUlvr la chriusitë, pour piquer lu curiositr :

El ce n'est après tout ipie la dilliciillé Oui chttloutlle .lujourd hui sa curiosué.

T. Coii.v., I.e Charme lie laioi.r, m , 1.)

— iMi'itKssioN (.11 \T(ii II. 1,1.1 si;, iiiipic>si(iii ipii irmin' les sens, impression voluptueuse :

Si j'avais a y exposer ci'lle de David et Betsabéc , je ne décrirais pas comme il en de\inl amoureux en la voyant se baigner dans une fontaine, de peur que l'image de celle nudité ne fît une iwpressiun trop clialouilkuse d.iii'i I •■Nprit de l'auditeur. [Exum. de Polyeucte.)

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