PORTRAIT
Un polirait que j en veux tellement effacer.
Que le sommeil ait peine à me le retracer,
Hâtez-vous de sortir sans plus troubler ma joie. [Mél., ui, 1.)
Laissez, mon cavalier, laissez aller Théante,
Il porte assez au cœur le portrait d'Amarante,
Je n'appréhende point qu'on l'en puisse effacer,
C'est au vôtre à présent que je le veux tracer. {La Suit., i, 5.)
Il forme des desseins beaucoup plus relevés,
Et de plus beaux portraits en son cœur sont gravés. {Ibid., i, 8.}
Le traître n'eut jamais porté son cœur ailleurs;
Puisqu'il m'étoit donné, je m'en fusse saisie,
Et, sans prendre conseil que de ma jalousie,
Puisqu'un autre portrait en efface le mien.
Cent coups auroient chassé ce voleur de mon bien. [La l'I. Hoy., ii, -i.)
Isabelle, toi seule, en réveillant ma flamme,
Dissipe ces terreurs et rassure mon âme,
Et sitôt que je pense à te.< divins attraits,
Je vois évanouir ces infâmes portraits. {L'Illus. coin., iv, 7,)
Thomas Corneille, imitant encore la langue de son illustre frère, a dit :
Dans les maux que pour moi chaque moment redouble
Pouvez-vous m'envier la douceur de ce trouble,
Et voir avec regret qu'outré de mille ennuis
Je règne en votre cœur autant que je le puis?
Puisqu'on va me l'ôter, laissez-y-moi, de grâce,
Jusqu'à ce dur moment occuper quelque place,
Ce portrait que l'amour y peut avoir tracé
En sera, s'il le faut, assez tôt effacé. [Pyrrhus, i, 2.;
On a dit de même, ou d'une manière analogue :
Quand je la vey, quand mon ame esperduë
En devint folle, et d'un si poignant trait
Le fier destin l'engrava dans mon âme.
Que, vif ne mort, jamais d'une autre dame
Empreint au cueur je n'aurai le portrait. (Ro.ns., Amours, i, -2.)
Amour coula ses beautez en mes veines,
Qu'autres plaisirs je ne sens que mes peines,
Ny autre bien qu'adorer son portrait, [là., ibid., i,4, var. del'éd. posth.)
En te suivant je volerois aux cieux ;
Mais ce portrait qui nage dans mes yeux . Fraude tousjours ma joye entre-rompue. Jd., ibid., i, xxix.)
Toujours au cœur nous revient ce portrait,
Et maugré nous toujours nous accompaigne. (Id., ibid., i. cm.)
Devant les yeux nuict et jour me revient
Le saint pourtraii de l'angelique face. (Id., ibid.)
Alors que dans ton sein mon portrait fut tracé,
Le portrait de Tibère en fut-il effacé ? (Cyrano, Mon d'Agripp., ii, 3.) J'avois beau deffendre à ma mémoire de m'entrelenir de vous, beau commander à ma fantaisie de ne me représenter point vostre pourtrait. (Thkoph., Episire U.Aciéon à Diane, ou le Chasseur amoureux.)