‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 116 sur 344 · POSER. — POSE · texte numérisé non relu

POSER. — POSE

On rencontre encore, à plusieurs fois, cette même acception , après Corneille, dans une tragédie qui, malgré son incroyable faiblesse de versification, otfre quelques emplois curieux :

Va, dans ce traître cœur je ne veux plus de place.

Si l'amour m'y logea, la trahison m'en chasse;

Et ce dieu tout-puissant qu'irrite ton forfait

A déjà dans le mien effacé ton portrait. {MoxTFL.,£,n Mon d'Asdr., ii, 3.)

Et si ma passion a mérité ta haine.

Si l'amour dans mon cœur imprima ton portrait.

Venge-toi de l'amour, détruis ce qu'il a fait;

Suis ces grands mouvements que l'inspire ta rage,

Et de ta propre main efface ton image. (Id., ibid., iv, 4.)

Et au dix-huitième siècle :

Dites que ma beauté vous charme et vous enflamme ;

Dites que mon portrait est gravé dans votre âme ;

Et que, si notre hymen ne se fait dans ce jour.

Vous allez expirer de tristesse et d'amour. (Destouches, L'Irrés., m, 3.)

On trouve, dans ce même sens, une curieuse alliance de mots,

/e portrait de son image :

Croyez que ce peu de ressemblance qu'elle a d'elle faict que mes yeux ne se peuvent lasser de la regarder ; aussi n'ay-je maintenant autre chose en l'esprit que le pourtraict de son image. (Larivey, La Veuve, i, 1.)

Pour bien comprendre ces emplois, il faut savoir que portrait

a signifié d'abord image, et dessin en général :

Le drap est d'un riche samit,

Il est a merveilles bien fet;

Molt honorera le porirel

Et les ouvrages qui i sont. (Du Mantet mautaillé, v. 252.)

Dessous ces parements, les héritiers insignes Du manteau, du roseau et couronne d'espines. Portent les diables peints ; les anges en effect Leur vont tenant la main autrement qu'en portraict.

(D'AuBiGNÉ, Les Tragiq., m.)

On trouve encore chez les vieux auteurs portrait, pourtraict, dans le sens d'image, ressemblance, en général :

Les Gays ont en leurs pennaiges quelques pourtraicis des armes de France. Rabel., I. IV, anc. prol.)

POSER POUR, présenter comme :

Aijantnne fois posé Sabine pour femme d'Horace, il esV nécessaire que tous les incidents de ce poëme lui donnent les sentiments qu'elle en témoigne avoir. 'Exam. d'Horace.)

POSÉ QUE, supposé que :

Je ne sais même si les personnages qui paroissent deux fois dans un même acte [posé que cela soit permis, ce que j'examinerai ailleurs , je ne sais, dis-je, s'ils "tnt le loisir d'aller d'un quartier de la ville a l'autre. [Exam. de Mél.)

l.iS POSSEDER. — POSSESSION.

On a (lit de même :

Td es descendu de la lignée du roy Guion, qui fut filz .Melusine, ma saur, cl je suys ta tante, et tu es si prez de mon lignage, posé ores que je me consentisse de toy avoir, l'église ne se vouldroit pas consentir pour tant. (Jehan d'Ar- RAs, Mélus., éd. Brun., p. 418.)

Ung chevalier, posé qu'il soit vaincu

.Aucunes fois, mais qu'il soit renommé,

Excusé est par deffaulte d'escu,

Ou l'en dira qu'il estoit mal armé. [Débat de la dame et de l'escuyer, par H. Baude, Poés. fr. des xv^ ei xvi' .v., bibl. elzév., t. iv.) Posé (/«'aucuns leur tournassent à impropère les sacrifices dont ils usoient, comme peut-estre trop cruels. (Pasq., Rech., i, 1.) — Car posé qu'il y ayt telle différence de luy à Dieu... [Traicié du Chasieau ou Demeures de l'ame, trad. par I. D. B. P. et L. P. C. D. B., 1601, i, cl.) — Et posé que les ecclésiastiques d'Hiponne ne fussent qu'un corps de chanoines réguliers ; posé que cette règle prétendue soit en effet de saint Augustin... {Patrd, Plaid., xv.)

On a dit aussi poseï^ que, comme supposer que :

Posons que on les veyst defaillans, pour pluseurs raisons. (Crist. de Pizan, Le Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V, -i'p., ch. 18.) — Poson que un enfant luy monstrast. (Id., ibid., ch. 21.) *

POSSÉDER, employé neutralement :

Cependant je possède, et leur droit incertain

Me laisse avec leur sort leur sceptre dans la main. 'Hodoii-, ", '^-^

Hardiesse très-permise, et qui tait un bel effet, «^omine le l't^connaît Voltaire.

POSSESSION. KTRE E.N POSSESSION DE t' uu infinitif), avec un nom de chose pour sujet, avoir accoutumé, avoir habitude de :

Le succès en fut surprenant. Il établit une nouvelle troupe de comédiens à Paris, malgré le mérite de celle qui éloit en possession de s'y voir l'unique. {Exam. de Mél.) — Et qu'enfin l'amour n'ayant point de part en cette tragédie, elle etoit dénuée des principaux agréments, qui sont en possession de gagner la voix publique. (Exam. d'Œd.) — Ne cherchez point dans cette tragédie les agréments qui sont en possession de faire réussir an théâtre les poèmes de celte nature. Exam. de Sert.)

On trouve rarement un nom de chose pour sujet de être en possession de. Du reste, cette locution aujourd'hui restreinte à un petit nombre de cas, et assez peu employée, était au dix-septième siècle trè's-fréquerament usitée et se variait de cent manières très-heureuses; ainsi on disait :

J'espère qu'il nous sera aisé de continuer la possession en laquelle nou>, sommes, de les battre. [Leti. miss, de Henri IV, t. iv, p. SOT, à M. de Brèves, 8 juili. 1097. — 11 est en possession de réussir mal en tout ce qu'il entreprend. (Malh., Leil.. à M. Colomb.) — Les grandes maisons d'Allemagne sont en possession de croire que

POSSIBLE. i;i«>

les princes, s'ils n'épousent les princesses, n'ont point d'enfants qui puissent succéder à la principauté, quoiqu'ils soient légitimes. (Peluss., Leil. hist., 7 mai 1076.) — Ce qui faisoit bien parler les Romains, qui sont en possession, comme ihacun sait, de raisonner sur toutes choses. (L'abbé Aunauld, Mém., 2' p., 1646.) — Combien, tous les jours, ne voit-on pas de ces esprits pernicieux qui, par un secret jugement de Dieu, semblent n'approcher les grands et n'avoir part à leur faveur que pour les corrompre par les détestables maximes qu'ils leur inspirent, et par les damnables conseils qu'ils soiîi en possession de leur donner ! (BouRD., Serm.pour le deux. dim. de l'Av., Sur le scandale, i.)

On disait très-souvent aussi mettre, se mettre, s'établir en possession de, et quelquefois ce mot possession était modifié par un qualificatif :

La journée de Lens, encore plus triomphante, acheva de meure ce prince dans la juste et incontestable possession où il se vit alors d'être le héros de son siècle. (BouRD., Orais. fun. de Coudé, I.) — Il faut, ma fille^ tenir un milieu avec les sœurs, ne leur laisser rien passer de considérable, car ce leur seroit un titre pour 5e mettre comme en possession de mal faire. (Boss., Lett., à M""* Du Mans, 31 décembre 1674.) — Les prétendus réformés... se sont mis en possession, depuis longtemps, d'imputer aux catholiques comme des points de leur religion, sans lesquels ils ne pourroient être vraiment catholiques, tout ce qu'ils peuvent trouver de plus odieux dans les opinions que des particuliers de l'Église ont pu enseigner. (Ahn., Apol. pour les caiiioL, ii, 1.) — Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai reconnu qu'ils se sont mis en possession, depuis longtemps, d'avoir différents langages, et différents sentiments sur les mêmes choses, selon leurs différents intérêts. {Id., ibid., c. XIV.) — Je parle de ceux et de celles qui par esprit de dissipation, qui par accablement de soins temporels, qui par attachementaux plaisirs du monde, qui par froideur pour Dieu, qui par indifférence pour le salut, qui par oubli de leur religion, se sont mis dans la possession malheureuse de ne plus prier. ( Bodrd., Serm. pour le v«. dim. après Pâq., i.) — Si donc je ne la garde pas (la règle), et surtout si je m'obstine à ne la pas garder, il doit s'élever contre moi. Il doit s'opposer à l'injuste possession où je voudrais m'établir de l'enfreindre impunément. (Id., Exhort. sur l'observ. des rerjles, m.)

On trouve, d'une manière analogue, laisser dons la possesliioH de :

Le schisme est actuellement déjà commencé. Ceux qui l'ont fait le soutiennent, et en triompheront, si on ies,/ame impunis dans la paisible possession de rejeter les jugements du Saint-Siège reçus de toute l'Église. (Fén., Mém. sur la voie de procéder co)itve les huit prélats, m.)

POSSIBLE, }3eut-être :

Mon cœur, j'en suis honteux; mais songe que possible ■ Si j'eusse moins aimé, j'eusse été moins sensible. (MéL, \, 3.)

Cette expression ne se trouve (|ue dans les éditions de 163;i à Kioi.

L'adverbe /^os.*^^/e vieillissait déjà au commencement du dix-

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septième siècle, et ne passait plus pour être du beau style. Vau- {^^elas conseillait de ne pas l'employer :

« Possible, pour peut-être.

« Les uns l'accusent d'astre bas, les autres d'estre vieux. Tant y a que pour une raison ou pour l'autre ceux qui veulent escrire poliment ne feront pas mal de s'en abstenir. »

Molière s'en est cependant servi dans une pièce d'un style élevé :

Son heure doit venir, et c'est à vous, possible,

Qu'est réservé l'honneur de la rendre sensible. [La Princ. d'Élide, i, 4.)

A propos de ces vers, M. Génin, dans son Lexique de Molière, exprime avec raison le regret qu'on ait laissé tomber cet emploi, tandis qu'on a conservé la signification adverbiale à beaucoup d'autres adjectifs , conformément au génie de la langue où presque tous les adjectifs étaient en même temps adverbes.

POSTE. PRENDRE LA POSTE A l'autre MONDE, prendre le moyen le plus court de partir pour l'autre monde :

Et comme en un naufrage on se prend où l'on peut.

En ûlle obéissante elle veut ce qu'on veut.

Voilà donc le bon homme enfin à sa seconde.

C'est-à-dire qu'il prend sa poste à l'autre monde;

Un peu moins de deux mois le met dans le cercueil. {Suite du l/t-w/., i, 1.)

POSTURE, fig. ÊTRE EN BONNE POSTURE DE, suivi d'uu infinitif, être en position favorable pour :

Je suis auprès de vous en fort bonne posture

De passer pour un homme à donner tablature. (Le Ment., i, 1.)

POUR, devant un subst., à cause de :

L'empereur fait publier un édit très-rigoureux contre les chrétiens; cette publication donna un grand trouble à Néarque, non pour la crainte des supplices dont il étoit menacé, mais pour l'appréhension qu'il eut que leur amitié ne souffrît quelque séparation ou refroidissement par cet édit. (Po/., Abr. duMart. de S. PoL)

Poiœ s'employait autrefois bien plus souvent qu'aujourd'hui dans le sens d'à cause de. Nous croyons superflu de le prouver par des exemples.

— POUR, devant un substantif, équivalant à quelque, pour chose QUE, quelque chose que :

Sans relâcher en rien son allure ordinaire

Pour chose que le monde en veuille condamner. {Imii., m, 28.)

POl R. Mil

N'altendez pas jusqu'à demain

l'our somme d'argent qu'il nous cousti".

{Farce nouvelle des femmes (/«i Imil ri-Joudrc leurs manjx. ) Elle ne rompt son chemin et son train po»»- oro^e qu'il fasse. (Montaigne, Ess , u, 3.) — Et suis tant jaloux de la liberté de mon jugement, que mal-aisément la puis-je quitter pour passion que ce soit. (Id., ibid-, xvn.)

Pou)\ ainsi placé devant un substantif sans article, ne inaiwpie souvent que la cause :

Une infinité se vantoit de l'avoir rencontré; mais pliui'it pour se fairu du fête que pour vérité qu'ils sussent de cette affaire. (Malh., Leii., à Peiresc, 20 février 1614.) — Je vous jure qu'il parla de vous et de vos écrits avec une modération si grande, qu'il sembloit plutôt proposer des scrupules pour en avoir l'avis de la compagnie, que pour dessein qu'il eût de nuire à voîre réputation. (Id., ibid., à Balzac.) — Vous devez croire que je n'ai point écrit ceci par un esprit de vengeance ni pour aucun mal que je vous veuille. (Descartes, Leti., à M. Roecman, 17 octobre 1630.)

— POl U, suivi d'un substantif marquant la qualité, i^olk lk SKXE, appartenant au sexe, n'étant qu'une femme; pour r\ grand Mo.XARQUE, étant un grand monarque :

Commander à ses pleurs en cette extrémité

T'est montrer, pour le sexe, assez de fermeté. Ilor., i, 1.)

C'est pour un iirrnvl monarque avoir bien du scrupule-. 'OEd , i, 3.)

Un trouve de même :

Vous êtes un grand extravagant, pour un petit homme. (Scakk., Le Rom. corn., 4* p., c. 11.1 — Pou\oit-on, pour un habile homme, pousser la dissimulation plus loin et plus gratuitement? (St-Simox, Mém., c. xvi.)

Pour des amants la méthode est nouvelle. Dest., Le Cur. impert.,]\i, 4 }

r— poiH, suivi d'un snbst. on d'une proposition, flans le sens de pour ce qui est de :

Ami, pour des rivaux, chaque jour en fait naître.

Vous en pouvez avoir et ne les pas connoître. {.Suiie du Mtni., iv, 4.,

Ah ! pour en être digne, il l'est, et plus que tous. (''''/(., n, 4.)

— poiR, devant lui adj. pour crand que, si grand ([uc, etc. :

J'ai toujours cru que, pour belle que fiît une pensée, tomber en soupçon de la tenir d'un autre, c'est l'acheter plus qu'elle ne vaut. 'Mél., préf.) Mais il y faut venir, c'est en vain qu'on recule. C'est en vain qu'on refuit, tôt ou tard on s'y brûle. Pour libertin qu'on soit, on s'y trouve attrapé. [MéL. i, I.)

Pour criminel qu'il fût, ne seroit qu'un baiser. Ihld., iv, I, l" éd.)

Après elles et vous il n'est rien dans Paris, Et je n'en sache point, /our belles qu'on les nomme, Qui puissent attirer les yeux d'un honnête homme. !.a Gui. du Pal., i, :{ ; 11. 11

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