‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 117 sur 344 · POUR · texte numérisé non relu

POUR

Pour douce que nous suit laideur qui nous consume,

Tant d'importunité n'est point sans amertume. Ibid., ii, 8.)

Sa vertu laisse lieu de douter à l'envie

De ce qu'elle feroit, s'il le voydit en vie :

Pour grand qu'en soit le prix, son péril en rabat. (l'omp., w 1.)

Cependant vous savez, jiour grand que soit ce crime,

Ce qu'a juré Placide en favtur de Didyme. {Théod., v, 2.)

Un roi, quoique \aincu, garde son caractère.

Aux fidèles sujets sa vue est toujours chère ;

Au moment qu'il paroîl, les plus grands conquérants,

Pour vertueux qu'ils soient, ne sont que des tyrans. {Penh., v, 2.)

L'amour passe ou languit, et pour fort qu'il puisse être,

De la soif de régner il n'est pas toujours maître. [Oili., m, 5.)

Pour surprenant que soit l'essai de son courage,

Les vertus d'empereur ne sont point de son âge. [Pulcli-, m, 1.)

Tes maux, pour grands qu'ils soient, ne peuvent mériter

Le bien qui test promis en la gloire future. [Imii., ii, 12.)

II nous serait trop facile de multiplier les citations d'écrivains vivant du temps de Corneille, ou même ayant écrit assez longtemps après lui, qui ont employé cette forme reprochée à Corneille comme surannée, même dans la première partie du dix-septième siècle. Nous nous restreindrons à quelques exemples :

Utez-en (des lettres de Balzac) monsekjntur et voire ires-humble serviteur, elles seront tout ce qu'il vous plaira qu'elles soient, et il n'y aura litre, pour superbe qu'il Suit, dont elles ne puissent soutenir l'éclat et la dignité. (Le Prieur Ogier, Apol. pour M. de Balzac, p. 153, 1627.) — Si nous ne savions point que tout ce qui est en nous de réel et de vrai vient d'un être p'arfait et infini, pour claires et distinctes que fussent nos idées, nous n'aurions aucune raison qui nous assurât qu'elles eussent la perfection d'être vraies. (Descartes, Disc, de la mélh.. iv.) — Il ne faut pas mépriser les dons de la nature, pour petits qu'ils soient, quand on les a dans leur perfection. (La Fare, Mém.) — Que sont les pensées d'un homme, pour grand qu'il soit, quand elles ne sont qu'humaines? (Duguet, Inslil. d'un prince, 3"^ p., c. IX, art. 6.)

A propos de la locution que nous étudions, Voltaire fait cette remarque un peu emphatique :

« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes.

« Cette phrase a vieilli : elle était fort bonne quand Corneille s'en servit. Il est honteux pour l'esprit humain que la même expression soit bonne en un temps et mauvaise en un autre. On dirait aujourd'hui : Quelque fjrmids que soient les rois, tout grands que sont les rois. >:>

(Cependant quelques écrivains de ce siècle n'ont pas fait diffi-

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