POURSUITE. — POUSSER
avec les troupes que le roi lui envoya de la Fraiiclie-f!omlé, el ce qu'il pouvait tirer des places, être en état de tomber diligeminent sur les ennemis, de quelque côté qu'ils voulussent poster leur armée. L.\ Fare. Ulétn., c. vu.)
POURSUITE. I AIRE LA POURSUITE DE QUELQu'u.N, poui' signifier le poursuivre :
L'autre ayant pris la fuite, Philisle a négligé i'en faire ta poursuite. [Lu Veuve, iv, 7.)
POUSSER, V. a., dans le sens de porter en avant. I'ousskr .iusqu'a, suivi d'un infinitif:
Qu'enûn il a poussé nos armes fortunées
Jusques à vous réduire au pied des Pyrénées. [Seit., v, 1.)
— POUSSER, dans le sens de faire jaillir :
Flatteuse illusion, erreur douce et grossière. Vain effort de mon àme, impuissante lumière. De qui le faux brillant prend droit de m'éblouir, Que tu sais peu durer et tôt t'évanouir ! Pareille à ces éclairs qui, dans le fort des ombres, Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres, Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté
Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. [Ilor., m, 1.)
Parti des murailles du ciel, un rayon pousse au loin dans le sein des ombres une douteuse et tremblante aurore. (Chateaubr , Génie du christ., iv, 1-2.)
— POUSSER DES HARMONIES, en parlant d'instruments de musique :
J'avois pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster.
Les quatre contenoient quatre chœurs de musique
Capables de charmer le plus mélancolique.
Au premier violons, en l'autre luths et voix,
Des flûtes au troisième, au dernier des hautbois.
Qui tour à tour dans l'air pomsoient des harmonies.
Dont on pouvoit nommer les douceurs infinies. Le Ment , i, .5.)
— POUSSER AU DEHORS, fig., produire, manifester :
Un auteur est bien embarrassé quand il en a trois (personnages) et qu'ils ont tous trois une assez forte passion dans l'âme pour leur donner une juste impatience de la pousser au dehors. {Exam. de Méd.)
— POUSSER, inspirer, faire éclater ;
Va, ne t'expose point aux premiers mouvements '
Qae poussera l'ardeur de ses ressentiments. Le Cid, m, 1.)
Un moment pousse et rompt un transport violent,
Mais l'indignation qu'on prend avec étude
Augmente avec le temps, et porte un coup plus rude. {Potnp.. iv, 1.)
Cette expression paraît assez singulière; cependant la r(''lle\i()n V fait voir une image vive et énergique.
K.s POUSSER. •
<>oi'iieille emploie encore ijouaser d'une manière particulière, pour signifier mettre complètement à effet :
Pour être à tous moments maîtresse de ta vie,
Pour avoir l'accès libre à pousser ma fureur,
Et mieux choisir la place a te percer le cœur. {Penh., ui, 3.)
— POUSSER, proférer, exhaler :
Et le cœur poussoii mille vœux... (Imii., i, 18, éd. 1651.)
Vous vous échapperez sans doute en sa présence.
Un amant qui perd tout n'a plus de complaisance,
Dans un tel entretien il suit sa passion,
Et ne pousse qu'hiiuie et qu'imprécation. (PoL, ii, 1.)
Voltaire dit sur ce vers : « Cela n'est ni noble ni français. »
L'expression nous paraît et noble et française. Les exemples nombreux qui vont suivre montreront combien le dix-septième siècle affectionnait l'emploi de poussa^ dans le sens de proférer, exhaler, faire entendre :
Puis, souspirani trois fois, Elle pousse avec peine et à genoux ces voix. (D'Aubigné, Les rn;(/.,l.iii.) Lors, les déesses ties poètes, Auparavant pour moy muetes.
Poussèrent leurs charmantes voix, Et, passans dans ma fantasie, Firent un peu de poésie D'un peu de fureur que j'avois. (Theoph., De l'Immon. de l'âme.)
Son âme de tristesse et de douleur atteinte
La forçoit en secret de pousser cette plainte. (Richel., Mirame, v, 5.)
En vain -je pousse aux cieux mes plaintes effroyables.
(Rac.4N, Berger., iv, 2.) D'uue voix cent fois interrompue de soupirs, il pousse à demi ces paroles, que son cœur, pressé de son repentir et de sa douleur, étouffe presque dans sa bouche. ^Fléch., hauéy de S. Thomas, ii.) — La pythie pouisoif une voix plus qu'humaine. (FoNTEX., Hisi. des oracles, l" dissert,, c. xii.)
(jue dit-on des soupirs que je pousse pour elle?
Ouel succès attend-on d'un amour si fidèle? (R.^cixe, Dérén.. u, 2.)
11 attiroit les yeux de l'assemblée entière
Par l'ardeur dont au ciel il poussoit sa prière. {Mol.. Le Tan., i, 6.)
La prière intérieure peut être fort courte, et néanmoins très-pure et trésardente. Plusieurs solitaires en Egypte prioieut ainsi. Ils aimoient mieux rendre leurs prières plus vives et plus pénétrantes, en les poussant comme des traits enflammés, que de s'exposer à tomber dans la langueur en les continuant plus longtemps. (Dcguet, Traité de ta prière. S' part., 12« moyen, ix.) — Mais il faut pousser ce désir avec toute la pureté de la nouveauté chrétienne. (Boss., iv^serm. pour le jour de Pùq-, i.)
Lorsque la voix d'his poussait quelque chanson Avec une douceur extrême,
L'écho tout aussitôt la répétoit de même. Perr., Porir. de la lotx d'Iris.
• PrtUVniH. 169
Un seul coup l'asservii Ovide, Anacréon, L'ami de Mécénas, l'amante de Phaon.
Aux charmes de Lesbie assujettit Catulle, Fil célébrer Itélie el soupirer Tibulle, Anima les regrets que Pétrarque a poussés.
(SÉNECÉ, Satires, Les Travaux d'Apollon.)
POUVOIR, V. JE NE PUIS OIE JE NE., je ne puis m' empêcher de; et avec un nom de chose, ne pouvoir que ne, ne pouvoir point ne pas... :
Ce reproche vraiment ?îe peu* qu'il ne m'étonne. {La Suiv., ii, 7.)
Je ne puis, cher ami, qw'avec loi je ne rie
Des subtiles raisons de sa poltronnerie. {Ibid., iv, 5.)
Ainsi tout est égal ; s'il me chasse, il la quitte ;
Mais ce peu qu'il m'a dit ne peut qa'û ne m'irrite. {Tiie et Bér., m, 4.)
Mais je ne puis que je «'avoue du moins que la vieille habitude qu'on avoil alors à ne voir rien de mieux ordonné a été cause qu'on ne s'est pas indigné contre ces défauts. [Premier Disc.) — Le retranchement de cette faveur, à laquelle vous m'avez accoutumé, ne peut qu'il ne me soit sensible au dernier point, (Lett.)
Cette forme, un peu lourde, a été longtemps d'un très-grand usage :
J'ay receu un tel contentement du sieur de Ramberviller, lieutenant général au baillage de l'évêché de Metz, du livre qu'il a composé et m'a présenté, intitulé Les dévots Élancements du poëte chrestien, que je ne puis que je ne vous le tesmoigne par ce mot. (Lett. miss, de Henri IV, t. v, p. 219, 1600.) — Je ne puis quelques fois qu'k juste occasion je ne me rie de la plus part de nos modernes Italiens, lesquels se pensent avantager giandement en réputation envers toutes autres contrées, lors que faisarïB mention des guerres que nous avons eues contr'eux, ils nous appellent barbares. (Pasq., Rech., i, 2.) — On a vu peu de grands hommes déchoir du haut degré de la fortune sans tirer après eux beaucoup de gens; mais la chute de ce colosse n'ayant été suivie d'aucune autre, je ne puis que je ne remarque la différence qu'il y a entre ceux qui possèdent les cœurs des hommes par un procédé obligeant et leur mérite, et ceux qui les contraignent par leur autorité. (Richel., Mém.) — Je ne puis, certes, que je ne l'avertisse en ce lieu que ces remarques peu dignes de lui ne répondent pas à l'opinion de science qu'il s'est acquise parmi les siens. (Boss., Kéjut. du Cai. de Ferry.) — Il ne peut pas qu'il ne soit, lui qui possède la plénitude de l'être. (Id., Traité de la connaiss. de Dieu, iv.) — En vérité je ne puis pas, mes chers auditeurs, que je ne déplore noslre misère et notre foiblesse. (Bourd., Serm. pour le ni* dim. de l'.iv., i.) — Uuand je considère la constance et la vigueur avec laquelle ce grand saint (saint Charles) a soutenu la discipline ecclésiastique, et quand je me représente la manière' dont il parle, ei dont il agit dans les conciles, je ne puis que je «'admire combien ses pensées étoient différentes de celles de quelques-uns. (Arnauld, De la fréq. comm., préf., xxv.) — // ne peut qu'il ?z'agisse selon ce qu'il est. (Malebr., Entret. sur la métapk., jx.) — On ne i>eut qu'on ne soit touché de compassion, quand on fait un peu de réflexion sur la conduite des hommes. (ChemI-n., Serm. sur la crainte des juyem. de Dieu, u.) — Je ne puis que je ne fasse ici réflexion sur nous et sur notre lâcheté. (Fléch., Punég. de S. Thomas de Camorb-, n.)
170 POUVOm. — PRATIQUE.
Je ne puis qu'en cette préface Je ne partage entre elle et vous Un peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse.
(La Font., Fables, xii, -26.) Je ne jniis cette fois que je ne les excuse. (Boit., S«i., x.)
Et je ne puis, seigneur, que je ne sois surpris De voir qu'à tant de gloire on joigne un si haut prix.
(T. Corn., Maxim., i, 1.) J'oublîrai cette ingrate, Mais il ne peut encor r/«e ma douleur «'éclate.
(RoTROU, Laure perséc, m, xi.) Cette affaire ne pouvait qu'eWe ne fit grand bruit.
[La France cjalanie, La France devenue italienne.)
POUVOIR, subst. FAIRE SON POUVOIR A [\x\\ infinitif) :
A vous les rapporter je/erai mon pouvoir. {La Suiv., ii, 4.)
Madame, toutefois elle a fuit son pouvoir,
Du moins en apparence, à .vous bien recevoir. {La Veuve, i. .5.)
— DE PEU DE POUVOIR, qui a peu de pouvoir :
J'ai prié, menacé, mais sans vous émouvoir,
Et vous m'avez cru fourbe ou de peu de pouvoir. (l'ol., v, 6.)
PRATIQUE, pour signifier manière d'agir :
Je sais des gens de cour quelle est la politique.
J'en connois mieux que lui la plus fine pratique- [Pol., v, 1.)
La Harpe souligne pour les critiquer ces expressions. Elles sont familières, mais nous paraissent ne pas mal convenir au bas et vil Félix.
Pratique se trouve employé très-anciennement dans le sens de façon d'agir :
Qui bien sçavoir veult l'art théorique Avant qu'il soit bon rhetoricien IIII. points fault avoir en ssl pratique.
lEfST. Deschamps, Poés. msi., fui. iîS:^, col. 4.)
— PRATIQUE, relation, habitude, commerce :
Du moins, s'il faut quitter cette douce pratique,
Ne mets point en oubli l'amitié d'Angélique. La PI. Hoy., i, l.\
Alidor à mes yeux sort de chez Angélique,
Comme s'il y gardoit encor quelque pratique. [Ibid., m, 7.)
— PRATIQUE, l'argent que les comédiens se sont procuré par leurs représentations et qu'ils partagent entre eux :
Ainsi tous les acteurs d'une troupe comique,
Leur pot^me récité, partagent leur ;)ra/îg«e. {L'Illus. com. v, 5.)
PHATIUL'EK. 171
Pour bien s'expliquer cet eni[)l()i, il taul savoir «jue iirntitpii se disait autrefois dans le sens de tinance :
Advisez-\ ous, toutes gens de inatique Marclians d'argent, exigeurs de finance Qui en estes devenus ydropiques, Purgier vous fault, vivre par ordonnance.
{EusT. Deschamps, f'oés. mss., fol. 331, col. -i.)
PRATIQUER, V. a, i)0ui' signifier accomplir, en parlant de choses mauvaises :
Va pratiquer ailleurs tes noires actions. ' Méd., ii, -2.)
On a dit très-anciennement dans le même sens :
Toute la fraude qui se pouyoil practiser. (IS'ouveau coutumier (jénéral. Coutume de Bruxelles, t. i, i^. 124>, col. 1.)
— Corneille a fait avec ce verbe, dans le sens de ménager, plusieurs heureuses alliances de mots qui ne sont plus guère employées, ou qu'au moins les dictionnaires omettent de signaler :
Las de céder ma place à son discours frivole.
Et n'osant toutefois lui manquer de parole,
Je pratique un quart d'heure à mes affections. (La Suiv., ii, 8,)
Contre un si grand rival j'agis à force ouverte,
Sans blesser son honneur, sans pratiquer sa perte. [Nicom,, m, 8.)
L'espoir d'en voir l'objet entre ses mains remis
A pratiqué ])a.v lui le retour de mon fils. [Ibid., i, 5.)
Rappelons Bérénice, Sous le nom de César pratiquons son retour. (Tite el lier., i, 3.)
On a dit dans le même sens :
Ainsi, tout prêt à voir l'entreprise détruite,
De Martian Licine a pratiqué la fuite? (T. Cuun., Maxim., v, 3.)
Non-seulement je voyois que, pendant ce temps-là, il (Fouquet) pratiquait de nouvelles subtilités pour me voler, mais ce qui m'incommodoit davantage étoit que, pour augmenter la réputation de son crédit, il afîectoit de me demander des audiences particulières. (Louis XIY, Œuv.) — Le roy de France faisoit pratiquer unes trêves pour celle saison. (Oliv. de La Marche, Mém., ii, 1.)
— Corneille a dit encore d'une manière plus particulière , mais toujours dans le sens de ménager :
Pour donner plus de dignité à l'action, j'ai fait Félix gouverneur d'Arménie, el ai pratiqué un sacrifice public afin de rendre l'occasion plus illustre. Exam. de Vol.) — Je puis dire que c'est un heureux original dont il s'est fait beaucoup de belles copies sitôt qu'il a paru. Sa conduite diffère de celle-là, en ce que les narrations qui lui donnent jour sont pratiquées par occasion en divers lieux avec adresse, et toujours dites et écoutées avei intérêt. [Examen d'Hérael.)
172 PRECEDER. — l'KENDRE.
Je 1 en pressai dés hier, mais son peu de coura^'e
Aima mieux pratiquer ce rusé témoignage,
Par où m'éblouissant il put un de ces jours
Renouer sourdement ses muettes amours. [La Veuvt, iv, 4.)
11 peut n'être pas sans utilité, au jjoiut de vue historique, de siyjialer les emplois suivants, (juoicjue assez différents de ceux de Corneille :
Elle fut inttrrrompuc par la femme d un ijuiuquallier, honjme d'iionneur el grandement à son aise, laquelle fut fort peu honteuse de dire qu'elle avoii cydevant practiqué assez d'inventions pour estre continuée aux bonnes grâces d'un receveur. [Cuq. de L'accoucliée, 5^ journ.) — Elle ne put si bien cacher les visites quelle rendoil au sieur Scarron qu'on n'en eût connoissance dans le monastère, et du- mariage qui ce praibiuoii. (Le P. Lagville, Fracj. de Mém. sur la vit de 1/°"' de Mainieno)i.)
On ne dit plus guère aujourd'hui que pratiquer des intelligences, des menées, des intrigues, chez les ennemis, dans une place; et les dictionnaires n'indiquent pas d'autres emplois de pratiquer dans le sens de ménager. On trouve cependant encore des emplois comme le suivant, qui est dans la tradition du dix-septième siècle :
Craignant les trahisons que pouvaient pratiquer les nobles Génois. (Thiers, Hisi. du Cous, ei de l'Ewp., 1. m.)
PRECEDER quelqu'un en, l'emporter sur lui en :
S'il précéda Philiste eu vaines dignités,
Philiste le devance en rares qualités. (La Veuve, u, i.
PRÉCIPICE, tîg., abîme de maux :
Ne vous exposez point au même précipice. t'erili., iv, 6.)
PRÉCIPITER jusqu'à, suivi dun infinitif, pousser à l'extrémité funeste de :
Quel astre, de votre heur, et du nùtre jaloux,
Vous a précipité jusqu'à rompre avec nous? (Sophon., iv, 2.