‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 123 sur 344 · PRENDRE · texte numérisé non relu

PRENDRE

noble, « Répondez du succès, ou je m'en prends à vous. » De plus, « se prendre, » ne signifie pas attaquer, comme Corneille le prétend ici; il signifie le contraire, chercher un appui, un secours. En tombant, il se prit à un arbre qui le garantit. Dans le malheur, on se prend à tout, c'est-à-dire on se fait une ressource de tout ce qu'on trouve; dans le malheur, « on s'en prend à tout, » signifie on accuse tout, on se plaint de tout. »

Au temps de Corneille , on disait très-fréquemment se prendre à quelqu'un, et même se prendre à quelque chose, pour signifier, attaquer ou provoquer; et le quinzième et le seizième siècles avaient employé ces locutions dans le même sens encore donné comme usuel par les dernières éditions du Dictionnaire de l'Académie :

Il s'ensuiveroit Que ung meschant homme se porroit

Prendre aux plus succrées et drues. (Coquillart, Playdoyer.)

Il luy fut remonstré que ce n'estoit pas le faict d'ua sage homme de se prendre à un fol. (Des Périers, Nouv., xxxu, éd. La M.)

Soit pour fléchir le peuple, ou soit pour faire entendre

Aux princes qu'il ne faut à ton maistre se prendre. (Rons,, Amours div.)

Permettez mes sanglots mesme aux fiers dieux se prendre-

(JoDELLE, Cléop., act. 1.) Que n'ay-je ici à qui me prendre

Pour ma colère descharger? (Godard, Le* Desguisez, m, 4.)

Se preignent-ils à moi? Il leur vaudroit mieux... (Fr. d'Amboise., Les Neapolilaines, v. 10.;

Comment! que je souffrisse avec impunité

Qu'elle ait osé se prendre à mon aulhorité. (Véronn., L'Impuiss., i, 3.) A qui donc me prendrai-]e en ce mal-heureux sort? (Id., ibid., iv, 1.) Mais aussi de se prendre à un qu'on sait plus fort.

(Alex. Hardy, Alcesie, ou la Fidélité.) Puis tout à coup se prenant au duc de Beauvilliers et au roi, et accusant son éducation: c Ils n'ont songé, s'écria-t-il (le duc de Berry), qu'am'abétir.i (Saint- Simon, Mém., 1712, t. X, c. 38.)

— De même, se prendre a quelqu'un de, comme s'en prendre à quelqu'un de, dans le sens d'attribuer :

Cependant, malheureux, à qui me dois-je prendre

D'une accusation que je ne puis comprendre? {Clii., iv, 7.)

Tu veux que je te perde, et que je le regrette. Que j'approuve, en pleurant, la perte que j'ai faite, Que je t'estime et t'aime avec la lâcheté,

Et me prenne de tout à la fatalité. [La Tois. d'or, m, 3.)

Il me semble que mes œuvres leur doibvent meshuy dessiller les yeux et desmentir ceux qui se preigneni à moy de leurs maux. {Leu. miss, de Henri lY, t. iv.

PRENOTION. — PUES. 175

p. 711.) — Qui se intiment aux autres du mauvais succès qu'ils ont altiro par lout imprudence. (Nicule, Ess-, De la Connaissance de soi-même, vu.)

Un pourrait citer quelques exemples modernes de se prendre à, pour s'en prendre à :

Avant de se prendre à des croyances j)lus sérieuses, l'esprit de seepticisn)e se tourna contre les croyances littéraires, espèce de jeu avant le combat véritable. (ViNET, Chresiom. franc., t. iii, Disc, sur la litt. franc.) — En vérité, la presse catholique aurait une belle réputation, si elle se trouvait uniquement dans leurs mains, ou si la discrétion qu'ils mettent encore dans leur audace leur permettait de se prendre à d'autres adversaires que nous.(L. Veuillot, Mél., 2« sér., t, i, p. 286.) — Dieu se prend donc aussi à ceu.\-là. (Id., ibid., 1" sér., t. vi, p. 654.)

Lorsque l'on met en, la locution ne change pas pour cela de signification. Cet en est le régime indirect de cause. Je m" en prends à vous, c'est-à-dire : je m'attaque à vous à cause de cela; en, avec un second régime indirect, forme donc pléonasme.

PRÉNOTION, connaissance de l'avenir, avec le pluriel :

C'est le salutaire suprême.

Que vos saintes prénoiions

Vous ont fait préparer vous-même

Devant toutes les nations. [Trad. du Cantique de S. Siméon.)

PRES, adv., comme proche :

Qu'est ceci, Fabian, quel nouveau coup de foudre

Tombe sur mon bonheur et le réduit en poudre ?

Plus je l'estime près, plus i! est éloigné. C'o/., iv^ 6.)

— MENACER DE PRÈS, être ti'ès-imminent :

Peut-être ce malheur rf'assez près te menace. [Agés., ii, 7.)

— l'HESSER UE l'RÈs, presser vivement :

Mais sans mentir ma sueur vous presse un peu de près.

[Suite du Ment., m, 3.)

— PRÈS DE, suivi d'un inlinitit' :

Si près de te quitter... [Clii., m, 2.)

Prés d'être environné, ses meilleurs soldats morts.

11 voit quelques fuyards sauter dans une barque... [l'omp., v, 3.)

Et près de rendre compte à son juge éternel,

FI craint d'y porter même un désir criminel. {Tfièod., iv, 5.)

On le trouva percé d'une large blessure,

Si baigné dans son sang, et si près de mourir,

Qu'il fallut une année et plus pour l'en guérir. {Œd., m, 4.)

Et qui se voit si près de perdre tout son bien

Se fait armes de tout, et ne ménage rien. {Tite ei Bér., ii, 3.)

17»3 PKESCRIHK.

Ainsi prés de tomber dans un mallieur extrême

J'en écartois l'idée en m'abusant moi-même. {Pulch., u, 1.)

Si près de voir sur moi fondre de tels orages. {Hor., i, 1.)

« Si pi'ès de voir, dit Voltaire, n'est pas français, près de veut un substantif; près de la ruine, près d'être ruiné. »

Il y a encore ici plusieurs confusions et erreurs. Le verbe être n'est pas un substantif, et l'on emploie près de avec un verbe comme avec un substantif : si près d'arriver au terme de ses désirs, près de partir, ou près de mon départ. Chez tous les écrivains, et chez Voltaire lui-même, on trouve pt^és de employé avec un infinitif aussi bien qu'avec un substantif, dans diverses nuances de signification, l'n petit nombre d'exemples suffiront :

Et molt en fui près de morir. [Floire et Btanch., éd. du lier., \ ."2150.) Croyez-moi, plus j'y pense et moins je puis douter Que sur vous son courroux ne soit près d'éclater. (Racine, Àilialîe. \, 1., Pour prix d'un tel effort et d'un tel sacrifice. Du reste de ce jour souffrez que je jouisse ; Et que si près, seigneur, de vivre sous vos lois.

Je sois en liberté pour la dernière fois. (BotJRs., German,, m, 4.)

.lumais un homme n'a été si prèa rf'être parfait. (M'"* de Sévigné, Leu., à iM""" de Griguan, 31 juill. 1685.)

Voltaire lui-même a dit :

Je voudrais que tout homme public, quand il est près de faire une grosse Sv,ttise, se dît toujours : L'Europe te contemple. — Près de mourir de colère et de faim. {La Princ. de Babyl.)

On a dit pareillement de nos jours :

Sur sa lèvre attendrie et pùle a-t-elle encore

Ce sourire toujours mourant ou près d'éclore? (Lamart., Jocelyii, ti^ép. Une fois arrivés sur ce point, si les Russes persistaient à franchir la Passarge, nous étions déjà sur leur flanc, et irés-près de les avoir débordés. (Thiers, Hisi. du Consulat et de l'Empire, liv. xxvi.)

Du reste, au dix-septième et dans une grande partie du dixhuitième siècle, on disait plutôt prêt de que près de, devant un infinitif, et c'est ce qui explique la remarque de Voltaire. Voir notre article PRÊT DE.

PRESCRIRE A, pour prescrire de :

Ton rang, loin d'alléger le poids de ton fardeau. En redouble la charge, et jusques au tombeau Il te met sous le joug d'une loi plus sévère.-

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