II
186 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
maire et un procédé de style qui n'ont pas encore été éclaircis, que nous sachions. Nous croyons utile de les étudier ici à fond, en nous appuyant sur de nombreuses citations, dont on nous pardonnera, espérons-nous, la longueur, en faveur du profit qui en pourra résulter non-seulement pour la grammaire historique, mais pour l'usage pratique de la langue. Ces nombreux exemples, empruntés aux meilleurs écrivains du seizième et du dix-septième siècle, nous dispensent de nous étendre en longue théorie. Nous nous contenterons de dire que le pronom personnel se supprime généralement après les verbes faire , laisser, mener, regarder, sentir, voir, entendre , écouter, suivis eux-mêmes d'un autre verbe qui achève le sens. Alors le régime suit les verbes qui accompagnent faire, laisser, etc., ou bien, s'il les précède, c'est un pronom personnel, un pronom relatif ou un adjectif indéfini, comme tout.
Nous allons présenter successivement des exemples des deux cas, en plaçant toujours en tête ceux de Corneille. Aux exemples des seizième et dix-septième siècles nous en joindrons quelquesuns d'écrivains du dix-huitième siècle qui avaient gardé la tradition de la bonne époque. Nous verrons ensuite quelle est aujourd'hui la pratique habituelle.
Le pronom personnel se supprime donc.
Après faire, précédé du régime :
Mais ce flatteur espoir qu'il rejette en mon âme
ÎS'est qu'un doux imposteur qu'autorise ma flamme,
Et qui, sans m'assurer ce qu'il semble m'oÊfrir.
Me fait plaire en ma peine et m'obstine à souffrir. {Mél., i, 1.)
Me fait plaire, et non pas 7ne faire me plaire.
Lui procurant du bien elle croit la fâcher,
Et celte vaine peur la (ail ainsi cacher. {La Suiv.y m, 6.)
La fait cacher, et non pas la fait se cacher.
Le traître ! j'étois donc destinée à Cléandre! Hélas ! mais qu'à propos le Ciel l'a fat i méprendre, Et ne consentant point à ses lâches desseins. Met au lieu d'Angélique une autre entre ses mains !
{La PI. Roy., iv, 7.)
L'a fait méprendre, et non pas l'a fait se méprendre.
PRONOM PERSONNEL ^f.i.lipsi.: uu). 187
Je combats toutefois, mais le temps qui s'avance
Me fait précipiter en cène extravagance. [Suite du Ment., i, 1.)
Me fait précipiter, et non pas me fait vie précipiter.
Voilà cet accident qui k jail retirer. {Ibid.. v, 5.)
Le fait retirer, et non pas le fait se retirer.
Annibal, qu'elle vient de lui sacrifler,
L'engage en sa querelle et m'en j ail défier. [Nicont., i, 1.)
M'en fait défier, et non pas m'en fait me défier.
La loi du combat qu'il propose à Chiniénc, avant que de le permettre à Don Sanche contre Rodrigue, n'est pas si injuste que quelques-uns ont voulu le dire, parce qu'elle est plutôt une men'&ce pour la faire dédire de la demande de ce combat, qu'un arrêt qu'il lui veuille faire exécuter. {Exam. du Cid.)
La faire dédire, et non pas la faire se dédire.
Je l'ai bien vu, et n'ai point fait de scrupule de cette précipitation, dont peutêtre on trouveroit plusieurs exemples chez les anciens; mais ma paresse dont j'ai déjà parlé me fera contenter de celui-ci, qui est de Térence dans V.indrier.iw. (Trois. Disc.)
Me fera contenter, et non pas me fera me contenter.
Je tiens donc qu'il faut chercher cette unité exacte autant qu'il est possible ; mais comme elle ne s'accommode pas avec toute sorte de sujets, j'accorderois trés-volontiers que ce qu'on ferait passer en une seule ville auroit l'unité de lieu, ilbid.)
Ce qu'on ferait passer, et non pas ce qu'on ferait se passer. On a dit comme Corneille :
Seigneur Dieu ! tu mefais esbahir ! (Lariv., Le Morf.,ii,2.) — ...Révolter tous les citadins d'un Estât elles faire entretuer. (Cholières, Les Apresdiitees, nii, f^ 137, v.) — Sylvandre estoit si prés qu'il put ouïr Phylis qui le fit cscrier de loing : 0 ma maistresse , bouchez vos oreilles aux mauvaises paroles de mon ennemie. (D'Urfé, l'Asirée, i, 8.) — Voyez a quoy l'amour la faisait abaisser, [là., ibid., I, 12.)
La peur ne me fera ny taire, ny dédire. (Rac.w, Derg., iv, 5.)
Encor à ce matin cette bouillante rage, Animant d'Alcidor l'impétueux courage, L'a fait jeter dans l'eau, d'où la force du vent
L'a remis à la rive aussi mort que vivant. (Id., ibid., v, I.)
L'amour des choses nouvelles nous fait lasser d'une trop longue paix. Id., Har . à l'Acad.) '
Le désir d'émouvoir une émeute civile Les a fait assembler et rôder par la ville.
Comme chiens affamez. (Id., l'saum., lviu.)
La crainte que les provinces voisines eurent de l'empereur qui taschoit d'avoir par ce moyen la Silesie, la Moravie, les deux Pannonies et leurs parties
188 PRONOM PERSONNEL (ellipse di).
septentrionales, les fil opposer unanimement à ses efforls. (Rohan, Intérêts des Princes, 1666, p. 9.)— Cela le fit opiniûirer davantage en son entreprise. (Furet., Hom. bourg., i.) — Gaspard, comte de Pembroc, oncle du comte, étant entré dans son comté, le fit soulever en sa faveur. (Marsollier, Ilist. de Henri VII, liv. 2.) — Vous verrez jusqu'où l'ambition de se distinguer, en triomphant d'un écrivain illustre, peut aveugler un esprit vain et le faire égarer dans le fond et dans la manière. (St-Réal, De la critique, c. 7.) — C'est ce qui les fait égarer, ou du moins qui les retarde dans leur course. (Id., Césarion, 1" journ.) — Quoiqu'une curiosité dangereuse m'eût fait égarer et passer par dilïérentes sectes de philosophes et d'hérétiques, je n'avois jamais pu m'ôter de l'esprit la créance d'un jugement. {Chemin., Serm. sur la crainte des jugements de Dieu, i.) Et va errant par un chemin Qui, le détournant de sa route, Le faici eguarer à la fin. (Lariv., Le Laquais, ii, 2.)
Et si du bon chemin on l'a fait écarter.
Deux mots incontinent l'y peuvent rejeter. (Mol., Ëcole des femm., m, 3.) 11 faut qu'il y ait quelque cho>o dans le cœur de l'homme qui le fasse résoudre à tout souffrir malgré son impatience, plutôt que... (Duguet, Leil. mor., édit. 1708^ p. 169.) — Les pèlerins normands ayant appris que la ville de Salerne étoit assiégée par les Sarrasins, un zèle de religion les fit jeter dans cette place. (Ver- TOT, Hist. de Malte, ï.] — 11 craignoit qu'on ne l'eût fait apercevoir des droits qu'il avoit à la couronne. (Id., Rév. de Portugal.) — 11 a suivi l'art des mathématiciens qui ne disent rien qu'avec incertitude, et plutôt en déclinant au hasard qu'en prévoyant l'avenir, et souvent même en suivant l'esprit d'illusion qui les trompe et qui les fait d'autant plus tromper que Dieu permet quelquefois qu'il leur prédise des choses véritables pour les aveugler davantage. (.1/ém. de Pontis, 1. 1, 1603.) — La curiosité de ces merveilles nous fil embarquer. (Fén., Voyage supposé.)
Vois par là quels malheurs j'aurois su m'attirer,
Si je vois qu'à ma honte il m'ait fait déclarer. (Th. Corn., Tliéod., i, 2.)
C'est lui, c'est Théodat qui les fait révolter. \ld., ibid., IV, 2.)
Puisqu'un motif secret vous fit trop abaisser. (Id.. Dar., m, 7.)
Mais le sang pour son nom vous fait trop émouvoir.
Ce n'est qu'une imposture et vous l'allez savoir. (Id., ibid., v, 2.)
La joie à vos genoux m'a fait d'abord jeter. (Id., .Mort d'Achille, ni, 2.)
Le brusque entêtement qui vous fit marier
Fut un coup de jeune homme, il le faut oublier.
(Id., César d' Avalas, m, 1.) Si m'étant confronté je ne le fais dédire. Je demeure coupable, et c'est moi qui conspire. (Id., Maxim., v, 7.)
Polixène, madame, a des malheurs secrets
Qui ta font consumer en d'éternels regrets. (Pradon, La Troade, i, 1.)
La gloire de lui obéir la faisait volontairement soumeHre à tout ce qu'il lui plaisoit de lui ordonner. (Bours., LeiP^de Chavigny.) — Le canon dont on la battit (la citadelle) désola les ennemis et les fil rendre bientôt. (Pelliss. , Leii. hist., 19 juin. 1675.; — On le fit expliquer davantage. (Id., ibid., 10 juin 1676.) — Cette crainte religieuse, unie à une ardente charité, la fanoii prosterner à leurs pieds. (P. Anselme, Orais. fun. de la reine, ii.) — L'honneur qu'il a (le clergé de France) d'être assemblé presque sous vos yeux le fait acquitter avec plaisir d'un devoir qu'il vous fend avec justice. (Fléch., Lett. , à la reine d'Anglet., 4 juin 1695.) — Ce qui me fait toutesfois moim, esionmr de cest acte, est... (H. Estienne, Apol. pour
PRONOM PERSONNEL icllu-sk du). 189
llérod., c. xv.)— Onnous fit des salves à droit et à gauche qui me font encore étonner comment nous ne fûmes pas tués. (Bussy, Mém., 1649.) — La crainte qu'il a que les François qui abusent aisément des familiarités qu'on leur donne ne choquent le respect qu'ils lui doivent, le fait tenir plus réservé, (Id., ibid., 1665.) — Je sentois une joie secrète dans l'emploi que je m'étois donné, qui auroit pu me faire défier de moi-même. (M"' de Villed., Carmanie, i, 2.) — H se servit de je ne sais quelle autre illusion pour me faire trouver aux Tuileries avec lui à des heures suspectes. (Id,, lie de Il.-Sylvie de Mol., v.) — Je veux voir celte personne qui a si bien servi l'État; et vous la ferez trouver au Val-de-Grâce quand j'irai. (M'"^ de La Guette, Mém., p. 114.)— Ce qui me fil étonner d'avoir la vue si bonne à mon âge. (Id., ibid., p. 213.) — Avouez que le procédé de mon oncle est bien infâme, de m'avoir fait venir où je suis pour me faire rendre à mon mari par famine. (M""» de Counc, Lett., x.) — La grandeur du péril le fit alors souvenir d'invoquer le Dieu que sa femme lui avoit souvent prêché. (Mézeii., /J^r. de l'Hist. de France, ann. 106.)— Tout cela, ma mère, méfait retranchtr au pur nécessaire. (M"= de Maint., Lett. fiist., à M"* de Glapion, 25 août 1712. ) — Madame
vous ordonne d'en avoir bien soin et de la faire tenir au lit. (Id., ibid.) La
crainte du châtiment les fit rassembler le soir pour chercher les moyens de s'en garantir. ( La Rochef., Mém., Prison des princes.) — Le même amour qui lui avoit inspiré de si forts sentiments de jalousie et de fureur le fit intéresser à sa guérison. (La France galante, Junonie.)
La déesse, attentive aux destins des guerriers,
A se sécher sans fruit condamna mes lauriers,
Et me fit consumer dans une plainte vaine.
Quand, jusqu'à Colletet, tous trouvoient leur Mécène.
(SÉNECÉ, Satires, Les Travaux d'Apollon.)
Tous les exemples précédents présentent pour régime, avant faire, un pronom personnel. En voici avec le pronom relatif :
Ceux que l'opinion fait plaire aux vanités Font dessus leur tombeau graver des qualités Dont à peine un dieu seroit digne.
(Malh., CItans. pour le duc de BeUeij.)
Et ses sages avis, m'apprenant mieux à vivre, M'apprendront à remettre au chemin qu'il faut suivre Tous ceux que mon exemple en a fuit égarer.
(Racan, Psaumes, i.)
L'offense du mauvais traitement que l'on recevoit, augmentée par l'exemple du bon traitement des autres, faisoit perdre la fidélité à ceux (/«e l'intérêt ni l'espérance des biens n'avoient pu jusques alors faire éloigner de leur devoir. (Richel., Mém., VII.) — Il avoit avec lui quatre mille Espagnols, six mille Italiens et quinze cents chevaux, sans le déluge d'Allemands qu\\ espéroit faire joindre à ses troupes. (Id., ibid., XX.) — Le fleuve célèbre qui baigne nos superbes remparts n'a point vu de témérité comparable à la mienne depuis'ce jeune présomptueux ija'une ambition trop déréglée fit précipiter dans ses eaux. (.St-Réal, Pun. de ta réy. de Madame Royale.)
Avec tout :
Un coup de plat d'épée a tout fait écouler. [Suite du Ment., iv, 6.i
A foui fait écouler, et non j)as a tout fait s'écouler.
190 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
— Après faire, suivi du régime :
Quel envieu\ démon, et quel charme assez fort
Faisait enire-choquer deux volontés d'accord? [La Suiv., v, 8.)
Faisait entre-choque7\ et non pas faisait s'entre-choquer.
Si i'avois fait descendre Jupiter pour réconcilier Nicomède avec son père, ou Mercure pour révéler à Auguste la conspiration de Cinna, j'aurois fait révolter tout mon auditoire. (Deux. Disc.)
J'aurais fait révolter, et non ^dii j'aurais fait se révolter. On trouve de même :
La grandeur de son amour faisait esmerveitler tout le monde. (Marg. d'Ang., L'Hepiam., 19" nouv.) — Il pourra sembler à la compagnie que, pour luy faire moins d'honneur, l'on y avait fait trouver des fruictières, des femmes de meuniers et autres racailles. (Caquets de l'accouchée, 3« journ.) — Il a fait jendre la terre pour ensevelir les rebelles de son Estât. (Senault, De l'Usage des passions, l"p., 1" tr., 2«disc.)
Mais il faut s'emploj'er à /aire adroitement
Dissiper la vertu de cet enchantement. (Tristan, Mariamne, i; 3.)
Ses intrigues firent mutiner leur armée. (Mézer., Hist. de France avant Clovis, 11, 11.) — Il vouloit employer la force pour faire retirer les François d'Italie, s'ils ne le vouloient pas faire de leur bon gré. (Richel., Mém., xx.] — Léon Brulart... fit tenir incontinent après, au mois d'août, à Soleure, une autre assemblée des Treize-Cantons, i^ld., ibid.)
Qu'en ton zèle, en ta flamme,
Toujours ton intérêt /au déguiser ton âme. [Th. Corn., Commode, i\, 6.) Alcibiade ne rendit pas seulement la ville d'Athènes considérable parla mer^ mais il lui donna encore le moyen de s'agrandir par terre, en faisant souvenir les jeunes Athéniens du serment qu'ils prétoient de ne reconnoître point d'autres terres du pays d'Attique que les champs où croissent les blés, les vignes et les oliviers. (M"* de Villed., Les Amours des grands hommes, Alcibiade.)
De même dans des écrivains du dix-huitième siècle :
Ce fut par une action si hardie qu'il fit apercevoir le peuple de sa puissance, et de la faiblesse du sénat. (Vertot, Révol. rom., xiu.) — Je n'ai point trouvé de meilleur expédient pour /afre ressouvenir les Anglais de moi, que de... (Volt., Lett., à M. Thiriot, nov. 1730.) — Une lettre imprimée ne ferait que /aire souvenir de moi le public et mes ennemis, dont je cherche à être oublié. (J.-J. Rouss., Leti., à M. Laliaud, 4 fév. 1769.)
— Après laisser, précédé du régime :
Pour moi, je suis d'avis que vous les laissiez battre. [V Illus.com., \u, 3.) Les laissiez battre, et non pas les laissiez se battre.
Va flatter, si tu veux, la douleur de Flavie,
Et me laisse éclaircir de l'état de ma vie. {Théod., iv, 1.)
Me laisse éclaircir, et non pas me laisse m'éclaircir.
PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 191
A'ous verrez qu'ils auront pour vous trop d'amitié
Pour vous laisser méprendre au choiv d'une moitié. (Sophon., m, 2.)
l'ous laisse?' méprendre, et non pas vous laisser vous méprendre.
Le sieur César fit un pas de clerc de s'amuser aux forts, et 7ioiis laisser cependant/or/i/i't'r. (MoNTLUc, Comment., ii.) — Les Romains les laissoieut consumer par leurs propres forces. (.Mézer , Uisi. de France avant Clovis, xxii.) — Ainsi finit avec lui le second royaume d'Italie; ou. si vous voulez, il passa aux princes germains qui, par leur pesanteur et négligence, et par leurs discordes continuelles, l'ont malheureusement laissé dissiper et auéuniir. (Id., Atjr. de l Hist. de France, anu. 966.) — Si un des associés s'est associé quelque autre personne en sa portion, et qu'il l'ait laissé enlremciirc àquelque affaire de la société, il sera tenu du fait de cette personne. (Dom.vt, Lois civ., 1>'^ p., 1. i, lit. 8, sect. 4, ix.) — Us se plaignoienl déjà qu'elle éloit gâtée ; et de peur de la laisser corrompre davantage, ils se résolurent de la marier dans le carnaval. (Furet., Le Roman bourg., i.) — Amasis les ayant remerciées de leur bonté, et conjurées de divertir par quelque agréable entrelien la mélancolie d'Araxez, les laissa aller mettre à table. (Gomberv. , Cylhérée, 2^ p., 1. u.) — Au lieu de les poursuivre, il les laissa sauver. (Mém. de Monglat.) — Est-on raisonnable quand on ose s'élever devant une (elle majesté qui n'a qu'à retirer sa main pour nous laisser briser en tombant? (Duguet, Inslii. d'un prince, 5«p., c. xi, art. 8.)
Je vous laisse éclaircir avec lui. (Qui.N'., Phaél., i, 2.)
L'idée confuse et imparfaite de la Providence qu'ont la plupart des hommes ne produit pas tant de mauvais effets que vous le pensez dans les vrais chrétiens, quoiqu'elle trouble l'esprit , et qu'elle inquiète extrêmement le commun des hommes, qui remarquent souvent qu'elle ne s'accorde pas avec l'expérience. Mais il vaut mieux qu'ils en aient cette idée, que de n'en point avoir du tout : ce qui arriveroit peu à peu, s'ils la laissoient effacer de leur esprit par un silence pernicieux. (M.\LEBR., Entrel. sur la méiaph., xiii, 6.) — La plupart des merveilles de Dieu nous échappent et, après les avoir légèrement regardées, nous les laissons effacer de notre esprit. (Nicole, Contin. des Ess., Sur l'évang. du mercr. des quatre-temps de l'Avent.) — Ces grandes vues de la foi ne vous laissent point occuper de l'homme. (M"* de Mainten., Lett. hist-, aux relig. de St-Louis, 28 janvier 1711.) — Tout ceci n'étoit que feinte, et, s'il eût sçu qu'on l'eût laissé battre ainsi, il n'en eût jamais parlé. (Sorel, Francion, vu.)
L'exemple que nous avons à dessein placé en dernier est des plus frappants ; l'eût laissé battre est pour l'eût laissé se battre. De même au dix-huitième siècle :
La connaissance qu'il avait des sauvages lui fit craindre qu'ils ne 7ious laissassent point retirer aussi tranquillement qu'ils l'avaient promis. (Prév., Clev., liv. 4.) — Il y aune heure que je suis dans l'eau jusqu'au cou, et il n'est pas honnête de me laisser morjondre. (Volt., L'imjénu, c. iv.)
...Ils 710US laisseront égorger. (Destouches, L'Obst. imprévu, iv, 5.)
Ce dernier exemple est des plus remarquables, le sens est : ils nous laisseront nous égorger.
— Après laisser, suivi du régime :
Digne soif de vengeance, à quoi m'exposez-vous,
De laisser affaiblir un si juste courroux ? ( L'Illus- com., lu, 6. )
Laisser affaiblir, et non pas laisser s'affaiblir.
192 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
Si l'on conrt au grand crime avec avidité,
Laissez-en ralentir l'impétuosité. (OUi., v, 2.)
Laissez-en ralentir, et non pas laissez-en se ralentir.
C'est peu de laisser assoupir La ferveur du plus saint désir, Par notre lâcheté nous la laissons éieindre. {Imit., i, 18.)
Laisser assoupir, et non pas laisser s'assoupir; laissons éteindre, et non pas laissoiis s'éteindre. Le second exemple se rapporte aux faits précédents.
Ne laisson perdre en vain le temps. (Roxs., Od., v, xxiv.)
Brienne s'arrêta tout court , et laissa évaporer la bile de Colbert. (Choisy, Mém., II.)
Et qu'avec un plaisir extrême
On laisse, quand on est auteur,
Endormir à ce bruit flatteur
La connaissance de soi-même! (Chaul., Od., à Dangeau.)
i'ai trop laissé d'un lâche affermir le pouvoir; Pour me chasser du trône il n'a plus qu'à vouloir.
(Th. Cobn., Théod., iv, 3.) Si, par votre négligence, nous laissions fortifier les Espagnols aux États du duc de Mantoue, les avantages qu'ils auroient contre nous en Italie rendroient tous nos efforts vains. (Richel., Mém., xx.) — On laisse échapper son cœur après mille objets mondains. (Fléch.,. Panég. deSte Thérèse, i.) — Ne seroient-ils donc pas bien mal conseillés d'ébranler eux-mêmes, les premiers, ces fondements éternels de la tranquilité publique, et de leur propre sûreté, en ne s'attachant pas inviolablemenf à la religion , et en laissant affaiblir dans les autres le respect pour elle? (Duguet, Inniii. d'un prince, 3' p., c. 7, art. 3.) — Pourquoi décider par avance en leur faveur une question si douteuse, au lieu de profiter de son obscurité pour suspendre toutes sortes de résolutions et laisser, pour le moins, tellement affaiblir par la guerre, et par l'interruption du commerce, ces deux puissances voisines, qu'épuisées d'hommes, d'argent et de forces, elles ne fussent plus en état de s'opposer à ce que les justes prétentions du roi sur la Flandre l'obligeroient d'entreprendre à l'avenir? (Pelliss., Hist. de Louis XIV, 1. 3.) — Son retardement à donner quelques propositions de paix par écrit,... laissa écouler inutilement le temps que les armées attendoient pour se mettre en mer. (Id., ibid.) — Qui sait s'il ne trouva pas à propos de laisser retirer tranquillement les Sarrasins? (Bayle, Dict, hist., art. Abderame, rem. H.) — La Suéde croit que son intérêt n'est pas de laisser agrandir l'Angleterre de ce côté-là. (Id., Leit. hist., 8 août 1673.) — Il laissa séparer son armée victorieuse. (Mézer., Àbr. de l'Hist, de France, ann. 1587.)— Ils ne laissent pas affaiblir cette gloire. (Boss., Polit., 1. 1, art. 1.) — Votre tempérament est tout ensemble mélancolique et vif; il faut y avoir égard, et ne laisser pas trop attrister votre imagination. (Fén., Lett. spirii., cxLi, éd. St-Sulp.) — Mes discours animoient son ressentiment, de sorte que je fus contraint de laisser calmer cet orage. ^M"' de Yilled., ili"« d'Alençon.)
On trouve de même, dans des écrivains du dix-huitième siècle :
Laissant emporter son esprit, qui manque naturellement un peu d'assiette, aux impressions précipitées de la surprise. (Valven., Caract., 18.) — Quelques soins
PRONOM PERSONNEL (km.ii-si; du). WKi
que la maison de Guise eût pris de ne point laisser affaiblir l'opinion que le puûlic avoit depuis longtemps de la puissance royale, il doit paroître surprenant qu'un prince qui succédoit à des rois aussi odieux et aussi méprisés que Charles IX et Henri 111 ait pu reprendre subitement le pouvoir le plus absolu. (Mably, Observ. sur l'Hisi. de France, viii, 3.) — J'ai voulu, monsieur, mettre un intervalle entre votre dernière lettre et celle-ci, pour laisser calmer mes premiers mouvements. (J.-J. Rooss., Lett., à Dusaulx, 16 févr. 1771.)
— Après sentir, précédé du régime :
Me sentant affaiblir, je devins plus tranquille et je perdis un peu la fureur des voyages. J.-J. Rouss., Confess.,y.)
— Après senti?', suivi du régime :
Et je sens refroidir ce bouillant mouvement,
Quand il faut pour le suivre exposer mon amant. [Cinna, i, 1.;
Je seris refroidir, et non pas^e sens se refroidir.
Au seul écart de leur secret ombrage
Je setis (juarir une amoureuse rage. (Hon.-;., Amours, i, 9 )
Car, quand je veux louer Quelque homme ou quelque Dieu, soudain je sens nouer La langue à mon palais. (Id., Odes^ ii, xxiii.)
Et jà de peu à peu sent
Haute eslevcr sa ceinture. (Id., ibid., m. xx )
Contemplant tes beaux yeux, ma pauvre ame paisible En se pasmant se perd ; lors je sens amaaser Un sang froid sur mon cœur, qui garde de passer Mes esprits, et je reste une image insensible.
(Id., Sonn. pour Hélène, i, LViii.) Je sens, je sens glacer .Mon sang, mon cœur, ma voix, ma force et mon penser.
(Jou., DiU., act. II.) Je \ay, le plaisir esprouvant, Qu'un aveugle iroit recevant.
Semant déserrer sa paupière.
;J. DE LiNGENDEs, Les Cliamjem. de la ber(j. Iris.) Je sens d'un nouveau feu rallumer ma chaleur.
(Ao.^M BiLLAUT, Ode, à Mgr le card. de Riche!.)
Je sentis pourtant peu à peu modérer beaucoup cette joye par la crainte que j'avois. (Dassoucy, Avant. d'Italie, c. 5.)
Mais je sens affaiblir ma force et mes esprits. (Rac ,, Miltir., v,5.)
D'abord on s'amuse et on se flatte, puis on se dissipe, et on sent ralentir toutes ses bonnes volontés. (Fén., Leit. spirit., cxlix, éd. St-Sulp.) — Le roi, qui aïoit senti fortifier son courage par le succès de la dernière campagne, brùloit d'impatience de poursuivre ses conquêtes. (M'"'' de Villed., Carmanie, l'" p., 1. i.^ — Et sentant rallumer en son cœur la plus violente flamme qui fût jamais : faut-il mourir, continua-t-elle, sans voir encore une fois ce perfide? (Id., M'-'' de Tournon, H.) — Votre Altesse, qui a demandé d'abord, quand un honnête homme commençoit d'aimer, quel étoit son but, n'a pas prétendu parler de ces éventés qui font l'injure à l'amour de le prendre pour un autre, et qui, au lieu des flammes H. 13
#94 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
pures et durables qu'il a coutume de répandre dans une belle âme, lui attribuent les feux folels dont ils sentent consumer \a. leur. (Bours., Le M" de Cliaviguy.) — Chaque jour, chaque instant, je sens ajouier de nouvelles peines à mes peines. (M"^ D'AuLNOY, Hisl. d'HypoL, i.) — L'empereur, qui le jour précédent avoil perdu l'impératrice, sa mère, sentit renouveler sa douleur quand il apprit la mon du père Verbiest. (P. Le Comte, Mém. sur la Chine, Lett. 2.)
De même au dix-huitième siècle :
Ce père, s'étant fait expliquer tout ce qui me regardait, sentit lui-même enflammer son zèle. (Prév., Cléveland, 1. vi.) — Et P"*, au désespoir qu'elle ne soit pas morte, et qu'elle ait accepté sitôt une consolation, dont il la croyait incapable, a senti rallumer son amour par ce qui aurait dû l'éteindre. (Crée, fils, Lcii de la marq. de M'", lv.)
Mais enfin il demande un éclaircissement, Et je sens épuiser toute sa patience.
(SÉNECÉ, Dialofj. des dieux, L'Hymen. l'Am. et la Rais.) i'iii senti ranimer ma force languissante. (Volt., L'Orph. de la Chine, i, 2.) Je sens renouveler ma juste défiance.
(La Chaussée, La Princ. de Sid., prol., 4« enlr.) Avouez, entre nous.
Qu'en voyant arriver étoffes et bijoux.
Vous sentirez un peu dissiper vos alarmes?
(Fabre d'Eglant., L'Iniiifjut épisi., i, H.)
— Après voi)\ précédé du régime :
Si j'avois un prétexte à me mécontenter,
Tu me verrais bientôt résoudre à le quitter. {La Gai. du Pal., ii, 6.)
Tu me vendais résoudre, et non pas tu me verrais me résoudre.
Mais ces fureurs enfin ne sont qu'illusion.
Pour vous donner, seigneur, quelque confusion.
Ne vous étonnez point, vous /'en verrez dédire. {Penh., m, 'à.)
Vous l'en verrez dédire, et non pas vous l'eii verrez se dédire.
Bien serois aise que les veisses Bien entrebaiire encore ung coup.
(Le Débat de la Nourrisse et de ta Chamberière.) David la vit bien despoiller
Et laver en une fontaine. [La Grant malice des janmes.)
L'évcsque Milo avoit des procès un million, et disoit que c'estoil son exercice; et prenoil plaisir a les voir multiplier. (Despér., JSouv., xxxvi, éd. La M.) D'assez loin tu vois redoublé
Dans le blé Ta face, de cinabre teinte, Dans le blé qu'on voit réjouir
De jouir De ton image en son verd peinte.
(Bons., Odes, Od. retranch., bibl. elzév?, t. u, p. 430. Des roses plautées près un bit".)
PRONOM PERSONNEL (klmpse du). 195
Telle qu'on voit la colombe amoureuse
En son mal- heur s'estimer bien-heureuse Quand elle rompt les rets qui la pensoient tenir, El que dans les douceurs de l'amour conjugale
On la voit leiinir A celuy dont la flâme à la sienne est égale. (R.\can, /'s., cxxiii.)
Vous la verrez alors (la femme) etijler d'orgueil, et enflatnmcr ny plus ny moins qu'une chienne enragée, ou un tigre. (Tahureau, Premier Dial. du DemocrUic, éd. 1602, p. 47.) — Quand il sera aux abois, lu me verras jertr sur son corps et pleurersur son visage, ni plus ni moins que sij'étois son fils. (DASSoucY.,/lt'an(. d'Italie, c. 18.) — Le dépil de les voir multiplier s'éloïl tourné en fureur. {Flecry, ilaurs des cliréi., xwii.) — Il se donna bien de garde de séparer ces combattants qui s'embrassoienl forl peu amoureusement; mais disant aux assistant.'' qu'il les prenoit à témoins, il écrivoit cependant à la hâte une requête de plainte, et tant plus il les voijoit battre, tant mieux il rôloil. (Furet., Le Roman bourg., ii.)
Les peuples, pipés de leur mine, Les voyant ainsi renfermer, Jugeoient qu'ils parloient de s'armer Pour conquérir la Palestine.
(Malh., invectives contre les mignons d'Henri lll.)
Rui Gomez se retira après l'avoir vu coucher. (M'"'' de V'illed., Don Carlos.) — Donnez-moi la satisfaction de vous voir défier de toutes choses, et je vous tiendrai compte de ce que vous ferez pour vous mettre à couvert de vos ennemis. i\d., Astérie, il.) — Voilà pourquoi j'avois tant de peur de vous voir raccommoder avec votre première maîtresse. (Id., Le Porte-feuille.) ^
Le peuple fut timide, et, vous voyant armer,
Préféra le tyran qui pouvoit l'opprimer. (T. Corn., Comm., i, 2.)
Il semble que tu sois fâchée de me voir si bien porter. (Dukresny, Le Malade sans maladie, ii, 5.)
De même, en plein dix-huitième siècle, et avec le relatif pour régime :
Accord admirable de l'intérêt et de la justice, qui donne aux délibérations communes un caractère d'équité qu'on voit évanouir dans la discussion de toute affaire particulière, faute d'un intérêt commun qui unisse et identifie la règle du juge avec celle de la partie. (J.-J. Rouss., Le Contrat social, n, 4.^
— Après voù% suivi du régime :
Un bien qui nous est dû se fait si peu priser,
Qu'une femme fût-elle entre toutes choisie.
On en voit en six mois passer la fantaisie. {.Uél., i; 1. )
Voit passer, et non pas voit se passer. On pourrait, dans cet exemple, regarder passer comme un verbe neutre.
Jamais étoile, lune, aurore, ni soleil.
Ne virent abaisser sa paupière au sommeil. [Méd., ii, 2.)
Virent abaisser, et non pas virent s'abaisser.
196 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
Et sitôt que je pense à tes divins attraits,
Je vois évanouir ces infâmes portraits. (L'Illus. com , iv, 7.)
Vois évanoui)', et non pas cois s'évanouir.
L'onde qui les reçut s'en irrita pour elles.
J'en ris enfler la vague, et la mer en courrou.v
Rouler à gros bouillons ses Ilots jusques à nous. [Audrom.. i, 1.)
Vis enfler, et non pas vis s'enfler.
Flaminius y demeure en assez méchante posture, voyant réunir toute la famille royale, malgré les soins qu'il avoit pris de la diviser. {Exam. de Nicom.)
Voyant réunir, et non pas voyant se réunir.
Qu'il attende le temps qu'avecque ma fortune
Nous voyous appaiser et les vents et Neptune. (Jod., Didon, m.)
A peine de leurs lacs roi-je sauver personne. (D'Aubig., Les Tray.. i, 2.) Le roi de Navarre, les mains derrière l'eschine, void lever une bande de mandiiles orengées qui couchoient en joue. (Id., Hisi. univ., ii, 7, l"éd.)
Ne ris-tu pas hier éclipser un soleil? (Véronn., L'impuiss., iv, 1.)
Eux, aussi gaillards que s'ils n'eussent combattu de tout le jour, recommencèrent à verser leur sang, et à r'ouvrir leurs blessures avec tant de cruauté que chacun avait pitié de voir perdre deux personnes de telle valeur. (D'Urfé, l'Astrée, 1, 9 ;
Tandis que vous verrez couvrir en la saison
Vos costeaux de raisins, vos campagnes de gerbes. (Racan, Ps.. xxxvi.)
Que je perde à jamais la raison et la voix
Si mon plus grand désir n'est de roi>- sous tes lois
.Souiiieiirc avecque moy tout le reste des hommes. (Id., ibid., xxxviu.]
Chacun prenait plaisir à voir de jour en jour
Aurjmenier à la fois notre âge et notre amour. (Id., Bera., i, ^.)
Le ventre couché sur le gazon d'une rivière et le dos étendu sous les branches d'un saule, qui se mire dedans, je roi* renouveler aux arbres l'histoire de Narcisse. (Cyraxo, Leit.div., Sur l'ombre que font des arbres dans l'eau.) — A cet aspect, je vis rasséréner son beau visage, et je sentis aussi rassurer mon cœur. (Dassolcv, Avant. d'Italie, c. 2.) — Un peintre qui travailloit dans une chambre haute répondant sur cette rivière, ayant mis la teste à la fenestre pour prendre un peu d'air, et voyant noyer Pierrotin, courut promtement. (Id.^ ibid. , c. 9.)
Yerroient-ïls transformer le chyle en crudités?
(SÉ.NECÉ, Sat., à M. le maréchal de Noailles.)
Nous en verrons bientôt ralentir son audace. (Th. Corn., Dar.. v, 3.)
L'État, pour qui cent fois on vil armer son bras,
Lui doit peut-être assez pour ne l'oublier pas. (Id., Comte d'Essex, ii,3.)
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage. (Racine, Androm., v. 1.;
L'année 1661 fut troublée sur la fin par la crainte de voir rallumer la guerre entre les couronnes de France et d'Espagne. (PelIiss., Hisi. de Louis XIY, 1. 1, 1661.) — L'on crut voir renouveler en nos jours l'ancien zèle des chrétiens pour la continuelle méditation de la parole de Dieu les nuits et les jours. (Boss., Justif. des Réflex. mor., § i.) — A vu briser son vaisseau. (Fén., Télém., i.) — Les assemblées profanes cessent pour venir grossir l'assemblée sainte au temps de l'instruction ; et les siècles qui ont vu refroidir le zèle des chrétiens sur tous les
PRONOM PERSONNEL (elmpsr du]. 197
autres devoirs de la religion, n'ont pu . ce semble, le ralentir sur celui-ci. [Mass., Serm. pour le 1'^'' dim. de car., \.] — La France, en voijuni perpétuer le sang de saint Louis sur le trône, verra perpèiuer a\cc lui sa gloire et sa félicité. (Fd., Mandemeni, 22 sept. 1730.) — Serions-nous destinés à la douleur cruelle de voir tant de dispositions magnanimes devenir la proie de quelque langue servile; de voir démentir des commencements qui promettent de si grandes suites? (Saint-Rkal, Paniij. de la ré(j. de Madame lioyale.) — L'on voit éva)iouir comme une ombre la probité purement humaine quand elle a perdu ses appuis, (Dugukt, Initit. d'ii7i prince, 3* p., c. ti, art. 3.)
De même chez des auteurs appartenant pleinement au dixhuitième siècle :
Vous verrez contre vous armer tout l'univers. (Créb., Pyrrfi., v, 2.)
Tout affligée que j'étois de voir toujours prolonger mes inquiétudes. (Mariv., Marianne, xi.) X l'avènement de Louis XIII au trône, le gouvernement se trouvoit dans la même situation où il avoit été sous les régnes des princes qui virent allumer les guerres que Henri IV avoit éteintes. (Mauly, Observ. sur l'Hist. de France, viii, 5.) — A ce léger mouvement, je vois chamjer la face de la terre et déciderldi vocation du genre humain. (J.-J. Rouss., De l'oriy. des long., c. 9.) — C'est un château en Espagne; et de tous ceux que j'ai faits en ma vie, je n'en ai jamais vu réaliser aucun. (Id., Leit., a M. Dupr., 3 fevr. 1778.)
— Après écouter, précédé du régime :
Veux-tu que de sa mort je l'écoute vanter? [Le Cid, v, 5.)
Je V écoute vanter^ et non pasye t' écoute te vanter. Voir les exemples de Régnier à l'article PLAINDRE.
— Après oi«>, suivi du régime :
Elvire qui avoit ouï lever dom Gusman et qui, au travers de la jalousie dont je pense avoir parlé, avoit eu la joye de le voir partir pour se rendre où elle lui avoit promis de le revoir, s'étoit contentée de lui souhaiter un bon voyage, puis s'étoit recouchée fort judicieusement. (Bouus., Ne pas croire ce qu'on voit, i.)
— Après envoyer, précédé du régime :
Je connois des gens d'esprit, et des plus savants en l'art poétique, qui m'imputent d'avoir négligé d'achever le Cid, et quelques autres de mes poèmes, parce que je n'y conclus pas précisément le mariage des premiers acteurs, et que je ne les envoie Tpoiïil marier an sortir du théâtre, (rrem/ér Discours.)
Je ne les envoie point marier, et non pas^e ne les envoie point se marier.
Les troupes victorieuses n'ayant plus d'ennemis à combattre, et estant riches du butin de plusieurs abondantes provinces, Araxez les envoya rafraichir dans les lieux les plus propres à passer l'hyver. (Gomberv., Cytltér., 1'^ p., 1. 6.)
Que le verbe pronominal ait le sens réfléchi ou le sens passif, la règle est la même. Pour exemple du sens passif nous nous contenterons de citer la phrase suivante :
Prenez garde que, \oyant un caillou, vous n'y apercevez point de feu, mais si
498 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
vous le frappez, ou avec un autre caillou, ou avec quelque chose de plus dur, vous le voyez incontinent tout couvrir d'estincelles, et par ainsi le feu caché se découvre. iD'Urfé, l'Astrée, ii, 6.)
L'ellipse se rencontre même clans des cas où le verbe réfléchi est séparé par plusieurs mots de faire, laisse)', voir, etc. :
Ces dains, ces cerfs, ces animaux craintifs Qui dans vos rets deviennent vos captifs, Ces hostes des bocages, Tous ceux qu'on voit dans l'air et la terre mouvoir,
Ou privez, ou sauvages.
Sont tous également soumis à mon pouvoir. (Rac.\n, Ps.. xlix.)
Dans des cas aussi où le régime est séparé du second verbe par plusieurs mots :
On voyait baisser sous le joug de l'obéissance des tètes faites pour commandei . et destinées à porter des couronnes. (Fléch., Panég. de S. Bem., i.)
Des exemples analogues se trouvent répandus dans cette étude.
Quelquefois on ellipse le pronom personnel dans un premier membre de phrase, et on l'exprime devant un second verbe qui a le même régime :
Ainsi, Dieu m'ayme, on voit icy
Maints aveuglez, qui sont ainsi
Que les flots enflez de la mer,
Quon voit lever, puis s'uùyrner
Jusques au plus profond de l'eau. (Jod., Eugène, ii, 2.)
Il est assez du bon sens de laisser un peu consumer les ennemis, et se rebuter par la résistance des assiégés, avant que de rien entreprendre. (Pelliss., Leli. hist-, 15 sept. 1673.)
Quelquefois laisser, voir, etc., est suivi d'un verbe neutre, puis d'un verbe réfléchi. Dans ce cas, on emploie devant ce dernier le pronom personnel :
Que sera-ce de ceux dont le cœur languissant, Ou rarement en soi forme un projet semblable, Ou le laisse flotter et s'éteindre en naissant"? (Tmii., i, 19.)
Lors sentiray croistre et se réjouir
Mes os, ma force, et veitu déclinée. (Cl. Mab., l'salm., li.)
Ce corps fut encore repoussé et relâché par eux, jusques à ce que la deuxième ligne, et le comte de Lorge s'avançant, les firent plier, et se retirer à la hâte et en désordre. (Peliss., Leu. Iiisi., 10 oct. 1674.) — Ce n'était point une tristesse superficielle que le même moment peut voir naître et se dissiper. (Prév., Clével., ii.)
Ce n'est pas là cependant une règle. Des exemples nombreux
PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 199
et de très-bonne autorité montrent la pratique contraire, c'cst-à- (iire un verbe neutre après laisser, voir, etc., et un second verbe, (|ui devrait être réfléclii, subissant l'ellipse du pronom :
Grand Dieu, qui jais naistie et calmer,
Et sur la terre et sur la mer,
Noslre crainte et nostre assurance, Preste l'oreille à ceux qui révèrent tes loix. (Racan, P5., lxiv.)
El qui /ait tout vivre et mouvoir. (St-Amant, La Généreuse.}
A la moindre chose qui leur arrive, vous les voyez fondre ei résoudre en larmes. [hwentairc universel de Taharin, xxvi.) — Il voii, à la faveur de cette lumière céleste, et des grâces intérieures qu'il reçoit, décroître ces grandeurs, que nous élevons dans notre opinion et dans notre estime ; rétrécir ces vastes espaces, que l'ambition dilate dans l'imagination des hommes. (Fléch., Patiéij. de S. Bern., i.) — La grâce de l'imposition des mains est éteinte en eux; vous ne la ressusciteriez pas, et vous verriez infailliblement périr et^<e!/i(/re la vôtre. (Mass., Confér., Conduite des clercs dans le monde, 2° réflex.) — Nos siècles, encore plus dissolus que ceux qui nous avoient précédés, oui vu encore croître et multiplier à l'infini ces recueils énormes de cas et de résolutions. (Id., Serm, pour le dim. de la Pass.)
De même au dix-huitième siècle :
Milord maréchal me marquait qu'il se sentait vieillir et affaiblir. (J.-J. Rouss., Leli. sur la botanique, à la duch. de Portl., ii.) — La puissance législative ne pouvant pas faire des lois qui aient tout prévu, il faut nésessairement qu'elle voie languir une foule d'affaires, multiplier les abus, et perdre les conjonctures les plus favorables pour agir. (Mablv, Observ. sur l'Hist. de France, ii, '•^,)
Les exemples suivants, malgré l'inversion qu'ils présentent, rentrent dans la classe de ceux qui précèdent, mais moins rigoureusement, à cause de la si fréquente habitude qu'avaient les écrivains du seizième siècle d'employer le neutre pour le réfléchi :
Croistre je vmj d'un costé ta douleur, Et amoindrir d'un aultre ta couleur.
^CL. Mar., Épistre à Papillon, contre le fol amour.)
* Nonobstant que vostre amitié ferme
Toujours fleurisse en sa verdeur fréquente,
Certes encor ton épistre éloquente
Prés du ruisseau Cabalin composée,
Lui a servi d'une douce rosée,
Qui reverdir la fait et esltver
Comme la rose au plaisant temps de ver.
(Id., Épistre pour un (jeiit. répond., elc.)
Le marchant tout effrayé de ce que devant ses yeulx périr voyait et noyer ses moutonSj s'efforçoit les empescher et retenir de tout son povoir. (Rabel., 1.iv,c.8.\
L'ellipse se pratique dans des cas où le pronom personnel est régime indirect :
Je me souviens d'avoir vu dans une de vos lettres de l'inquiétude sur la course qui me fit démettre le pied. (M'« de Courc, Lett., xu.)
200 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
Quelquefois l'ellipse n'a pas lieu, pour éviter l'équivoque, pour donner plus d'énergie, ou parce que le second verbe est trop éloigné du premier :
Laissez-les s'échapper, je vous dirai qui c'est. {Suiie du Meiii., m, 4.)
Tu le vois à mes pieds pleurer, gémir, prier,
Mais ne crois pas pourlanl le voir s'Inimilier. [Théod., m, 6.)
Quel orage s'apprête !
Que je vois se former une horrible lempête ! ' Ibid , v, 6.)
Qui croit les posséder les seni s'évanouir (les douceurs du sceptre). Et la peur de les perdre empêche d'en jouir. (Hcracl., i, 1.)
Là l'on voit s'accorder Flore avecque Pomone.
[Poés. dit., Le Presbyl. d'Hénouv.)
Là de mesme manière Qu'aux théâtres on vid s'escliauffer les Romains,
Ce peuple desbauché applaudissoit des mains. ;D'Alb.. Les Tr^uj., m.) S'il regarde en pitié mon vieil âge mourant,
La sanlé qu'il me rend Par le chaud ni le froid jamais ne se dérègle ; ttd'un vol aussi haut comme il est glorieux,
Me rend pareil à l'aigle.
Qu'on voit se rajeunir pour s'élever aux cieux. (Haca.v, Aï., eu.)
Et ne savez-vous pas qu'afin de l'irriter, En tous lieux à dessein je Y ai fait s arrêter .
(T. CoRX., Le Charme dt la voix, m, 2.)
Fait arrêter aurait présenté un sens louche.
La reine, nous dis-tu, t'en a fait confidence?
Qui la fil s'expliquer ? (Id., Pyrrfi., v, 6.)
Mais enfin, aujourd'hui qu'une fureur ouverte
Le (ail obstinément s'atiacher à ma perle.
Pour en rompre le cours, c'est le moins que je puis
Que d'avertir le roi du péril où je suis. (Id., l'ers, ei Déméir , i, 1.)
Fait obstinément attacher eût produit la plus désagréable cacophonie.
Cette peau, quand on l'apporta, Terriblement l'épouvanla.
Et lajii de son sort amèrement se plaindre.
(Perrault, Contes eu vas. Peau-d'Ane.)
Vous ne sentirez jamais s'élever au dedans de vous ces troubles secrets qui vous reprochent votre propre foiblesse. (Mass., Serm. pour le mardi de la trois, sem. de Carême, I.) — 11 les {ail prier, méditer, travailler et se taire. Il prie lui-même, il médite, il travaille et se tait. (St-Kéal, Apol de l'abbé de la Trappe.)
Dans cette dernière phrase, fait taire aurait présenté un sens fort différent, celui d'imposer silence.
On pourrait citer un certain nombre d'autres exemples où
l'ellipse n'est pas observée, contrairement à la pratique orMinaire, et sans que l'emploi du pronom personnel soit nécessain.' pour la clarté ou pour l'énergie de la diction :
Avecque leur bonheur L'on voit s'évanouir leur vaine renommée. (Racan, Ps., cxxx:x.)
Le voilà en un moment arrivé au logis de sa dame, qu'il trouva en i;i compagnie de celles qui l'avoienl vu se pâmer. (Sobel, Francioti, vu.) — Les pièces et les morl'ers n'ont pas tiré trois fois qu'il ne faille les relever, parce qu'on les voit s'enfiincer, (Pelliss.. Lelt. hisl., 23 oct. 1688.) — Ils paraissent inconsolables de voir s évanouir tant de richesses. (St-Réal, Vie d'Octavie.) — La violence des accidents, la vitesse avec laquelle on les voit s'augmenter. (Helvétius, Observ. sur la petite vérole.)
Ces exemples particuliers ne sont pas suffisants pour nous faire restreindre la généralité de la règle que nous avons formulée.
L'ellipse du pronom personnel, dont nous venons d'exposer la théorie d'après des faits très-nombreux curieusement étudiés, peut être regardée comme un reste de l'ancienne langue où la plupart des verbes s'employaient neutralement avec le sens du réfléchi. Voir la liste que nous donnons des principaux de ces verbes à notre article ÉVADER,
Nous avons montré précédemment ( article S'APPRENDRE ) comment le pronom personnel s'employait explétivement dans des cas où le neutre serait aujourd'hui de rigueur, et même devant des verbes maintenant essentiellement intransitifs. L'étude que nous venons de présenter sur l'ellipse de ce même pronom a un caractère beaucoup plus pratique. C'est ici une règle de grammaire non-seulement historique, mais usuelle. Cependant des philologues éclairés paraissent l'avoir complètement ignorée ; ainsi M. Génin, dont on lit cet article erroné dans son Lexique de Molière :
« PRONOM RÉFLÉCHI supprimé :
Les mauvais traitements qu'il me faut endurer
Pour jamais de la cour me feraient retirer. {Les Fâcheux, m, 2.)
Je ne feindrai point de vous dire que le hasard nous a fait couuoitrc il y a six jours. [Malade imayin., i, 5.)
« Molière a voulu fuir le mauvais effet de la répétition nous a fait nous connoifrc, me feroient me retirer. Il pouvait dire, nous a fait connoître l'un à Vautre; mais il a pensé que la rapidité de l'expression ne faisait ici rien perdre à la clarté, et pour un dialogue était assez correcte. »
202 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
Il n'y a rien ici de particulier à Molière; il ne s'agit pas de préoccupation d'harmonie ; l'expression était parfaitement correcte pour toute sorte de style; cette suppression était tout simplement, nous l'avons montré, un fait constant de la langue.
Les rédacteurs du Dictionnaire historique de l'Académie paraissent n'avoir pas non plus remarqué cette règle autrefois si généralement suivie de l'ellipse du pronom personnel avec certains verbes. On lit, dans leur article S'ABSTENIR, à propos d'un emploi actif d'abstenir, tiré du Blason des faulces amours, de Guillaume Alexis :
« A cette manière ancienne d'employer abstenir se rapporte une locution donnée par le Dictionnaire de Monet : Abstenir ses yeux, ses mains d'une chose, réminiscence de la locution latine : Absfinere oculos, manus a.
«.< Le même dictionnaire donne cette autre phrase, dans laquelle le pronom personnel semble simplement sous-entendu : // faut faire abstenir le malade de trop manger. On peut citer de cette manière de parler l'exemple suivant :
« .... La crainte des châtiments et des récompenses ?,e.vik faire abstenir les hommes du mal.
« Leibnitz, Théodicée, De la bonté de Dieu, 1" partie, § 71. »
La véritable explication de ces faits, qui n'ont rien de particulier, est celle que nous avons donnée dans toute cette longue étude.
Le croirait-on? même au dix-septième siècle, où cette façon de parler était si fréquente, les critiques, les grammairiens, n'en avaient pas pénétré la théorie , ne connaissaient pas les lois de son usage. On en jugera par cette remarque de Ménage sur Malherbe :
(. Malherbe aime fort ces omissions de pronoms possessifs ; ainsi il dit glisser, pouv se y tisser ; plaindre, pour se plaindre; évanouir, pour s'évanouir ; renfermer, pour se renfermer. Pétrarque a dit de même wiwot'trpuur inuoversi.y>
On le voit, Ménage signalait un goût particulier de Malherbe où il aurait fallu relever une pratique générale de la langue ; il oubliait que Malherbe prétendait faire et faisait de la grammaire théorique en même temps que de la poésie, que toutes ses œuvres étaient à la fois le produit de l'inspiration de l'homme de génie et de la réflexion de l'érudit.
Les écrivains de la fin du dix-huitième siècle et ceux du dix-
PRONOM PERSONNEL (ri.mi'Sk nu). 203
neuvième ne suppriment pas généralement le pronom personnel, même dans des cas où le dix-septième siècle l'aurait toujours ellipse :
Je sens s'affaiblir la résolution de poursuivre mon entreprise. 'M'"^ Roland, Mbtn. part,, 2" p., p. 59.) — On hùs.sait s accroître immodérément la richesse et la domination sacerdotales. (J. Chkn., Disc, sur les proijr. des conn.) — De laisser s'ciahlir dos familles laborieuses et d'ignobles ménages sous ces lambris témoins de tant d'illustres débauches! (P.-L. Courier, Simple dise.) — Ce qui me lâche le plus, c'est que je vois s'accomplir cette prédiction que me fit autrefois mon père : « Tu ne seras jamais rien. » (Id., Lett. à MM. de l'Acad. des inscript, ei belles-leit.) — L'immortel Newton, qui traça le chemin aux comètes, vit se mouvoir tous les mondes. (Chateaubr., Ess. sur les révoL, ii, 24.) — Tandis que le polythéisme voyait se multiplier ses temples, une cause de destruction avait germé dans son sein. Les écoles de Thaïes et de Pylhagore voyaient chaque jour s'augmenter leurs disciples. (Id., ibid., 32.) — Chaque jour voyait ainsi, l'une après l'autre, se dissiper mes chimères. (Id., ibid., 33.) — Nous verrons sans émotion se former peut-être de nouveau ces compagnies connues dans la révolution sous le nom de compagnies noires. (Id., Discours, 21 mars 1817.) — Ce n est pas sans une profonde douleur que je vois s'établir de plus en plus cette intolérance politique. (Id., ibid., 19 janv. 1818.) — La Grande-Bretagne s'était toujours repentie d'ai;o/r laissé s'établir un gouvernement constitutionnel à Lisbonne. (Id., Polémiqite, 19 juill. 182G.) — Le christianisme, qui renouvela d'abord la face du monde, a vu depuis se transformer les sociétés auxquelles il avait donné la vie. (Id., Disc, 10 mars 1829.) — Il avait vm périr trois cent mille hercules de charrue, compagnons de ses travaux, et se changer en un désert de cendres cent lieues carrées d'un pays fertile. (Id., Liiiér. angl., iv.) — Ces contemporains qui avaient vu se former son empire en déplorèrent la division. (Id., Analyse de l'Hisl. de France.) — Ce vieux prêtre (Fleury) rendit des forces à la France épuisée en la laissant se rétablir d'elle-même, à l'aide de son tempérament robuste. (Id., ibid.)
— Est-il étonnant que les peuples soient enclins à laisser s'accroître le pouvoir d'un prince dont le despotisme a un semblable but? — (Bignon, Histoire de France.) — Le général Duchesne sentit qu'il était impossible de laisser s'accomplir un pareil dessein. (Thiers, Histoire du Consnlui et de l' Empire, liv. xxxi.)
— Il se trouve de nos jours, dans le sein de la population fidèle, une foule d'hommes qui, sans être ennemis de la religion, pour laquelle ils professent, au contraire, des sentiments de respect, ont néanmoins laissé s'obscurcir, s'effacer en eux la foi. (M?"' Gerbet, Mandement pour le Carême, 1856.) — Les murs de l'édifice empruntent leur rigueur à leur pierre primitive, tirent de son flanc robuste le nerf qui les fait se tenir debout. (M?'' Berteaup, Ltti. pastorale, 28 mars 1847.) — Des flots splendides sont-ils accourus d'ailleurs pour J aire s'épanouir sous notre ciel la fleur sans pareille? (Id., ibid.. Car. de 1854.) — Il a des forces qui gouvernent la matière et qui la. font s'écouler el se renouveler sans cesse. (Floure.\s, De la vie et de l'intelligence, i, 3,)
Hélas! sans la toucher j'ai laissé se jlélrir
La palme qui m'offrait un verdoyant feuillage. (M"' Tastu, L'Ange gard.) Le régne de Henri II avait vu s' augmenier encore, sans que ce prince y fût pour rien, l'éclat dont les lettres environnaient le régne de François \". (H. Martin, Hisl. de France, 1547-1559.) — Le pape livre cet agent que, plus lard, l'autorité française même laissa s'évader. (Villemain, La Tribune mod., M. de Chateaubriand, VI.) — Qu'est-ce qui nous/a/V nous tourner vers eux, sinon le bruit qu'ils font et l'admiration qu'ils excitent dans leur pays? (Nisard, Hisi. de la littéral, franc., 1. ii, c. 4, § 2.) — Je tenais ses deux mains dans les miennes. Je les sen-
soi PROiNOM PERSONNEL (ellipse du).
lats se ranimer à la vie. (Lamaut., Grazictla.) — Elle n'avait point de repos quelle n'cûi fuit se rtuconircr chez elle ses amis de Lord opposé, qu'elle ne les eût conciliés sous une médiation clémente. (Ste-Beuve, Causer., 26 nov. 1849.) — Il s'aj;issait, en désespoir de cause, d'introduire .M"' de Lavalette au château , nonobstant les consignes les plus sévères, et de \a. faire se trouver sur le passage du roi et de la duciiesse d'Angoulème. On choisit exprés le temps où Louis XVIII était à la messe. (Id., ibid., 12 avril 1852.; — Mais quand Louis XIV en personne traverse la Bourgogne à la tète de son armée dans l'hiver de 1668, quand on va faire la conquête de la Franche-Comté sous les yeux de Bussy et ù sa porte, il n'y tient plus, il laisse s'exlialer sa douleur. (Id., ibid., 10 févr. 1851.) — L'intelligence établie entre la marquise et lui n'avait pas échappé au commandant Saint- Mauris, qui avait hâte de ressaisir et de confiner celui qu'il avait trop laissé s'émanciper. (Id., ibid., 7-8 avr. 1851.) — Avec une conscience de plus en plus vive, une intelligence de plus en plus raisonnée de l'art, l'artiste sent s'accroître son impuissance. (Proudhon, Lu Justice dutis la révol., 9* étude, i, 6,) — Dans ces moments de presse, il est arrivé parfois que du Pin a laissé s'introduire quelques légères traces de sa propre écriture au milieu de l'imitation de celle du maître. B. DE XiVREY, Letl. miss, de HenrilV, t. i, préf., p. xxi.)
La plupart des phrases qu'on vient de lire, et dont plusieurs appartiennent à des écrivains éminents, sont irréprochables au point de vue de l'usage courant, mais sont absolument contraires à la pratique de l'ancienne et bonne langue. Celles qui vont suivre la choquent positivement, et quelques-unes du moins, quoique extraites d'écrivains remarquables ou supérieurs, n'auraient pas échappé à la plume même de bons auteurs du dix-huitième siècle :
On le conduit dans la salle du festin, on le fait s'asseoir dans une belle chaise d'ivoire. (Chateaubr., Génie du christ., ii, 5.)— Assis insouciant, les jambes croisées à la porte de sa hutte, il laisse s'écouler ses jours sans les compter. (Id., Ess. sur les révol., i, 46.) — Je m'arrêtais sur les ponts pour voir se coucher le soIeiL (Id., Reyié.)
Jamais on n'aurait dit au dix-septième siècle voir se coucher.
Depuis l'abolition, en 1789, des chambres des comptes, il n'avait existé qu'une
commission de comptabilité, indépendante à la vérité, mais privée de caractère,
trop peu nombreuse, et ayant laisse s'arriérer un nombre immense de comptes.
(Thiers, Hisi. du Consulat et de l'Empire, liv. xxvui.) — Mon mari me reprochait
de laisser «e/a?jermes jolies toilettes. (E. Sue, La Famille Joufj'roy, 2" p., 3' v., viii.)
Pour sauver mon cœur chaste et garder mon œil pur,
Entre le monde et moi mis l'épaisseur d'un mur.
Est-ce moi qui l'ai fait s'écrouler sur ma téte?(LAMART., Jocelyn, 6' époq.)
Chez nous, la tragédie est chose morte; chaque absence ou chaque maladie de M'" Rachel fait se recoucher Melpoméne dans son sarcophage de marbre. Jh. Gautier, Feuill. du Moniteur, 31 août 1857.) — Et tout au fond, dans la rougeur incandescente du couchant, l'on devine la silhouette démantelée de Sylac, ce colosse d'orgueil, dont l'ancien des jours a fait se léz'irder les muraillesen appuyant la main à son sommet comme un bâton trop faible. (Id., Caprices et zigzags, p. 373.) — Un odieux assemblage d'objets informes, représenlaiit le mauvais goût de toutes les époques, objets sans valeur, sans style, sans art, laid< à
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l'œl, incommodes à l'usage, qui fnnt s'èo.infmir d'horr(»iir les peiiilres et les rapins. (M""= DE (.MKAiiuix, Lctt. paris., 3 sepl. 1848.. — Déjà la mémorable guerre de Grèce avait /bi7 .vt- retourner tous les peuples de ce côté. (V. IIl'GO, f.es Orientales, préf.;
Le malheur, ce vieillard à la main desséchée, Voit s'incliner leur tête avant qu'il l'ait touchée.
(Alfrep dk Musset, l*rem. poés., Le Saule.) Depuis quelque temps Robin Hood se sentait s'ajfaibln . (Nisaiui. Étud. de rrii. /i«.,p. 261.)
Le scrupule grammatical a bien mal inspiré l'illustre académicien qui nous a fourni ce dernier exemple. Nous avons vu plus haut Jean-Jacques Rousseau dire, suivant le génie de la langue, me sentant affaiblir, et non pas me sentant m'aff'niblir.
Nous sommes loin de vouloir ici l'aire de la critique ù rencontre de nos maîtres. Nous constatons seulement la différence tranchée de la pratique de notre époque et de celle du dix-septième siècle sur un point de grammaire très-considérable, et nous hasardons d'indiquer notre préférence, au moins quant à la généralité des cas, et lorsque la clarté est parfaite, pour la manière de notre grande ère littéraire et pour la tradition ancienne de la langue.
Nous devons ajouter que l'emploi de la forme complète et rigoureusement grammaticale, c'est-à-dire avec le pronom personnel exprimé, constitue souvent une nuance de signification assez différente de la forme elliptique. Alors, comme dans un certain nombre des exemples précités, notre théorie doit céder à l'instinct du goût.
Bien que l'usage ait changé profondément sur ce grand point de langue, comme nous venons de le voir surabondamment, nous devons conclure en observant qu'on trouve néanmoins dans les écrivains de notre siècle des exemples de la suppression du pronom personnel; entre mille nous citerons les suivants, uniquement parce que nous les avons sous la main :
Le Parnasse français voyait ternir son lustre. (J. Chén., Ess. sur la sut.) Lumay, de ses transports /aw5aH« calmer l'ardeur... fid., La Bataviade, i.) On m'erivoija coucher à neuf heures, comme à l'ordinaire. (G. Sand, Histoire de ma vie; La Presse, 10 mars 1855.) — J'aurais dû vous laisser débrouiller avec le follet comme vous auriez pu. (Id., La Petite Fudctie, xiii.) — Hier je voulais aller l'oir /ei'er la lune sur l'Adriatique. (Id., Lett. d'un voyaij., n.) — Regarder lever la lune. (Id., ibid., vi.) — Pour le retenir dans ses pénates, son père imagina de lui donner un carré de terre, sur un coteau ravissant, où je peux te mener promener la premiéie fois que tu viendras nous voir. 'Id., ibid. — J'ai vu lever le soleil.