‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 157 sur 344 · RAGOUT. — RAI · texte numérisé non relu

RAGOUT. — RAI

— RAGK, avec le pluriel :

Je porte, malheureux, après de tels outrages,

Des douleurs sur le front, et, dans le cœur, des rages. [Lu Sitiv., ni, 4.)

Songez donc mieux qu'un père â ces affreux ravages

Que partout de ce monstre épandirent les rages. (Androm., ii, 4.)

Le sang de Polyeucte a satisfait leurs rages. [Pol., i, 3.)

« liages ne se dit plus au pluriel, je ne sais pourquoi; car il faisait un très-bel effet dans Malherbe et dans Corneille, » observe justement Voltaire.

Voici les vers superbes auxquels le commentateur de Corneille l'ait allusion :

Oui n'ouit la voix de Ballonne,

Lasse d'un repos de douze ans,

Telle que d'un foudre qui tonne,

Appeller tous ses partisans ;

Et déjà les rages extrêmes,

Par qui tombent les diadèmes,

Faire appréhender le retour

De ces combats, dont la manie

Est l'éternelle ignominie

De Jarnac el de Moncontour ? (Malh., Od.. 1. m, Poui la mère du roi.)

Corneille a dit encore :

L'ivrogne et le gourmand lecevronl leurs supplices

Du souvenir amer de leurs chères délices,

Et ces repas traînés jusques au lendemain

Mêleront leur idée aux rages de la faim. Imii., i, 24.)

RAGOUT, au fig. et avec le plur., dans le sens ancien de chose qui flatte le goût, les sens :

Je vois mes cheveux gris, je sais que les années Laissent peu de mérite aux âmes les mieux nées... Que les plus beaux esprits, que les plus embrasés. Sont de méchants ragoûts, quand les corps sont usés.

[Œuv. dit., Jalousie.}

Il serait superflu de citer des exemples analogues. RAI, rayon :

Le soleil qui commence à luire Ne te brillera point dans la chaleur du jour;

Et quand la lune aura son tour, Ses ?ai« les plus malins ne pourront plus te nuire. Trad. du Ps. cxx.)

On a dit comme Corneille, au sens propre :

Certainement cilz est Dieu vray

Qui sur nous fait luire ce ray. [Le Geu des trois roijs.)

Ainsi la nuit je contente mon âme, Puis quand Phœbus de ses rays nous enflâme,

J'essaye encor mille autres jeux nouveaux. (Desportes, Ckansom,

0 bienheureux qui peut passer sa tIc : etc.) La lune avec beaucoup d'écint lUuminoit tout mon grabat,

Perçant de ses rais ma fenêtre. (Scarron, Virgile travesti, m.)

Combien de fois la lune a leurs pas éclairés. Et, couvrant de ses rais l'émail d'une prairie. Les a vus à l'envi fouler l'berbe fleurie ! (La Font., Adonis.)

Et au figuré :

Bien leur enjoint de fermer la porte purement et simplement audit Mardy- Gras et ses supposts le Vendredy etSamedy, sur peine d'estre injuriés, querellés et appeliez de leur nom ; particulièrement l'enjoint à ceux qui ont encore quelques rays du soleil de la vraye recognoissance illuminant leur âme. {Exil de Mardy-Gras. 1603. In-8".)

Quelques dictionnaires citent des emplois modernes de ce mot, même en prose ; le désir de contribuer à le faire plus décidément rentrer dans l'usage nous a déterminé à l'inscrire dans ce Lexique.

RAISON. TIRER s.\ R.\iso>, comme tirer raison :

Il fut toujours permis de tirer sa raison

D'une infidélité par une trahison. f.Wé/., ii, 3.)

Mourir sans tirer ma raison! [Le Cid, i, 9.)

On trouve d'une manière analogue :

Quant li rois Phelippe connut Que li papes sa raison ut Vers France ses oz ravôia.

(G. GuiART, Branches aux royaux lignarjes^ ms. , fol. 109, v.) .l'en auray tousjours ma raison-, Il m'aime, et sçay qu'il est de race De gens de bien ; puis une place

Ne luy peut manquer chez le roy. Belleau, La Reconnue, i, 3.)

Par le sang! j'auray ma raison De ce villaque et ce poltron

Qui mon bien ne me veut pas rendre. (Godard, Les Desguis., m, 4.) Vous estes méconnaissantes, ha! j'en auray ma raison. (Lariv., Les Tromper., >, 1.)

Et dans un sens différent, dans celui de répondre, particulièrement :

Que la rusée principalement Se mesloit d'aimer par amours, Et qu'elle sçavoit tant de tours,

Tant de rusos, tant de blason,

Qu'elle entretenoil les plus gours

Et leiXTfaisoU bien leur raison. (Coquillart, Enqueste.)

On disait plus habituellement, sans l'adjectif possessif, firer la

rai&nn :

Et tirer la raison courageuse et publique

D'un outrage si grand, aussi lasche qu'oblique.

(ScHELANDRE, Tijr et Sid., 2^ journ., ii, 8.)

Enfin, las d'employer la force de mes mains A punir icy bas l'audace des humains, Contre le firmament j'ai planté l'escalade Pour tirer la raison de la mort d'Encelade.

(Racan, Épigr. pour un Cnpiiau.)

Cette locution se modifiait de diverses manières; ainsi ou trouve : .

De sorte que le dit Martissant, se voyant par la perte d'iceluy navire et marchandises quasy du tout ruyné, seroit allé en vostre royaume, où il a demeuré l'espace de deux ans, sans avoir peu tirer aucune raison de la dicte prinse, quelque poursuite qu'il en ayt faite. {Lett. miss, de Henri lY, 20 janv. 1593.)

On trouve de même avoir la raison de, pour avoir raison de :

Et, pensant avoir aisément la raison de moy, d'autant qu'ils me \ oyoient seul, de tout loing qu'ils m'ont aperceu se sont pris à crier : Mets la main à l'espée, poltron ! (Tournebu^ Les Coniens, iv, 2.) — Il me coustera plustost la vie que je n'en oye la raison. (Id., ibid-, v, 4.) — Le roi s'estime avoir été infiniment oflensé, et prend toutes sortes d'avis pour en avoir la raison. (Pasq., Lett., xi, 11.) — C'étoit l'occasion pour laquelle il se résolvoit d'en avoir la raison, (li , ibid., xiit, 5.) — Si Sa Saincteté faict autrement, je sçay bien comment il en faut avoir la raison. (Sat. Mén., Har. de M. le Lient.)— Pour le regard de ce que mes ennemys ont entrepris en vostre gouvernement durant voslre absence, il en fault avoir la raison. {Lett. miss, de Henri IV, t. m, p. 737.) — Le mareschal d'Aumont a en la raison du château de Morlais. (Ibid., t. iv, p. 235.) — ... Le moyen par lequel nous pensions en avoir la raison. (Ibid-, p. 589.' — Si la reddition ne se fust faicte ce jour-là, à grande peine en eussions-nons jamais eu la raison. (Du ViLLARS, Mém., u, 1551.) — Ah! dit-elle^ traistre visage à ma maladie, pour laquelle tu n'as changé (car elle le monstroit aussi beau que jamais) ! mais bientost la mort qui s'approche en aura la raison, qui te rendra pourry et mangé des vers. (Brant , Les Dames gall., 8« dise.)

Cette locution se variait encore de diverses manières :

Et voila que ces débauchez qui ont esté cause de toute nostre peine, voyant qu'ils n'en pouvoient avoir auire raison, se sont résolus de le tuer dans son Met. D'Urfé, iÀfitrée, i, 8.)

Après avoir dit que Rapin fut chassé de Paris pour être bon serviteur du roi, Lestoile ajoute :

De laquelle justice il se vengea sur le papier par des vers, n'en pouvant avoir autre raison. [Journal de Henri IV-)

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