LANGAGE. — LANGUIDE
— De même à l'actif :
Ils n'ont pas voulu voir les défauts de sa conduite et ont laissé enlever leurs suffrages au plaisir que leur a donné sa représentation. [Exam. du Ciel.) — Je me suis résolu de commencer les lettres que je vous enverrai sans préparation, et de laisser conduire ma plume au hazard, comme mes pas dans mes promenades. iR.\c.\N", Lctt., XI, à Chapel.'; — Laissez conduire les détails à la supérieure. (M°^ DE Mainten., Leli. sur féduc, Avis .sur les class., 1705.) — Laissons discuter ces questions rt l'homme juste qui n'a point failli. (.1. -J. Rouss., Co)//r. soc.,n,5.) — Les chi"étiens, invincibles sous le fer et dans les flammes, se sont laissé amollir aux délices de la paix. (Chateaubr., Les Mari., m.)
Voltaire lui-même a très-heureusement oublié sa fausse théorie, lorsqu'il a dit :
Ah ! si le ciel enfin vous parle et vous éclaire.
S'il vous donne en secret un remords salutaire,
Ne le repoussez, pas; laissez-vous pénéirer
A la secrète voix qui vous daigne inspirer. [Oresie, i, 3.)
Laissez toucher à mes tremblantes mains... [Ibid., m, 4.
LANGAGE, sans plus de langage, comme sans plus de paroles :
Donc sans plus de langage, Tu veux bien m'en donner quelques baisers pour gage ?
[Suite du Ment., v, 1.)
— EN LANGAGE COMMUN, daiis le langage de la plupart du monde :
Oui, dans Paris, en langage commun Dorante et le menteur à présent ce n'est qu'un. ^Suite du Ment., i, 8.)
— LANGAGE, fig. LE LANGAGE DES YEUX :
El lorsqu'on se retranche au langage des yeux.
Je suis muette à la réplique. {Agés., iv, 4.)
LANGUEUR, avec le pluriel :
Je ne vous dirai point avec quelles langueurs
D'un si cruel exil j'ai souffert les longueurs. {Tite et Bér., ii, 5.)
LANGUIDE, languissant :
Ne laisse pas mon âme impuissante et languide
Dans la stérilité que le crime produit. [Imit., m, 3.;
Et toute notre ardeur abattue et languide
Tourneroit en arriére au lieu de s'avancer. {Ibid., c. 18.j
A travers tant de soins cuisants Passer comme sans soin, non ainsi qu'un stupide
Que son esprit morne et languide
Assoupit sous les plus pesants. Ibid., c. 26.)
Si ton zèle au contraire, impuissant ou languide. De moment en moment te laisse plus aride, Redouble ta prière et tes gémissements.
Pour arracher de lui de meilleurs sentiments. (Ibid., i\, 12.)
LAS. — LATINISME. 5
(Jii a (lit de même avant et après Corneille :
Il faut désormais s'asseurcr d'une prompte et entière guarison du mal qui a tant afflige nosire pauvre royaume, puisqu'il a pieu à Dieu, par .sa bonté infinye, après en avoir manifesté la cause, de faire embrasser aux principales et plus languides parties d'iceluy le vray et unique remède, provenant de l'establissement de nosire auctorilé. [Lell. miss, de Henri IV, 1 avr. 1594, t. iv, p. 136.)
D'une voix et lawjuide et mourante. (T. (Iorn., Les Illusi. eiiiie)n.,i\, 1.)
Ce mot est indiqué, sans exemples, dans le Glossaire manuscrit de Sainte-Palaye. Il est omis ou imparfaitement présenté par les dictionnaires modernes.
LAS. LA FORTUNE LASSE, pour désigner la fortune qui était comme fatiguée de favoriser Pompée :
Ce déplorable chef du parti le meilleur.
Que sajoriune lasse abandonne au malbeur,
Devient un grand exemple, et laisse à la mémoire
Des changements du sort une éclatante histoire. (Powp., i, 1.)
LATIN. RÉDUIRE QUELQu'iiN AU BOUT DE SON LATIN, le mettre à bout d'expédients :
Leur mécompte pourtant, quel qu'il soit, me console,
Et, bien qu'il me réduise au bout de mon latin,
Un peu plus en repos j'en attendrai la fin. {La Suiv.. iv, 4.)
LATINISME
Aucun de nos grands auteurs, peut-être, n'offre en aussi grand nombre que Corneille des phrases purement latines. La liste de ses latinités entraînerait un grand article. Il suffira, pour en donner une idée, de présenter quelques-unes des principales, sans commentaires superflus.
Corneille imite très-souvent l'ablatif absolu, comme dans ces vers :
Voilà son écuyer dont la pâleur exprime
Moins de traits de la mort que d'horreurs de son crime,
Et ces deux reconnus, je douterois en vain
De celui que la fuite a sauvé de ma main. [Clii., i, 9.)
Tout beau, j'aurois regret, ta santé hasardée.
Si tu m'allois quitter sitôt que possédée. [Ibid.,\, 3, l"" éd. jusq. 1644 incl.)
Et Philisle demain, cette nouvelle sue.
Sera de belle humeur, ou je suis fort déçue. [La Veuve, m, 10.)
Alors, ta flamme en vain pour Philiste allumée.
Tu lui voudras du mal de l'avoir trop aimée. [Ibid., iv, 1.)
La moitié d'une nuit passée en ma puissance
A d'étranges soupçons porte la médisance ;
Cela su. présumez comme on pourra causer. (La PU Roy.,\, 1, éd. 1354.)
LATINISME
Ainsi tous les acleurs d'une troupe comique.
Leur poème récité, partagent leur pratique,
L'un tue, et l'autre meurt, l'autre vous fait pitié. {L'Illus. com., v, 4.)
Ainsi Xavare 501/ d'un brigand assouvie.
Il s'impute à pitié de nous laisser la vie. [Méd., m, 3.)
L'ingratitude en l'âme, et l'impudence au front,
Une Scythe en ton lit te fut lors un affront,
Et moi, que tes désirs avoient tant souhaitée,
Le dragon assoupi, la toison emportée,
Ton tyran massacré, ton père rajeuni,
Je devins un objet digne d'être banni.
Tes desseins achevés, j'ai mérité ta haine,
Il l'a fallu sortir d'une honteuse chaîne. ([bid.)
Qu'ils le combattent, sire, et, le combat fini,
J'épouse le vainqueur si Rodrigue est puni. {Le Cid., iv, 5.)
Les divertissements t'y sembleront si doux,
Ton àme en un moment en sera si charmée,
Que, tous ses déplaisirs dissipés enfumée.
On gagnera sur toi fort aisément ce point.
D'oublier un objet que tu ne connois point. [PoL, 1, 9.)
A force de présents il se croit acquitter.
Mais le redoublement ne fait que rebuter.
Si le premier oblige un homme de mérite.
Le second l'importune, et le reste l'irrite,
Et passé le besoin, quoi qu'il lui puisse offrir,
C'est un accablement qu'on ne sauroit souffrir. (Suite du Meut..
Sa puissance établie, il a soin de sa gloire. (Pomp.,
Je ne sais si sa flamme est pour moi foible ou forte. Mais la reconnoissance morte.
L'amour doit courir grand hasard. [Agés., i, 1.)
11, 3.) IV, 1
Il fait absolu :
souvent aussi du participe présent un participe
De quoi se mêle Rome, et d'où prend le sénat. Vous vivant, vous régnant, ce droit sur votre Ëtat?
{JSicom., Il, 3.
Ce n'est pas ici seulement un latinisme, c'est encore un reste de la syntaxe de notre vieille langue, comme dans ces deux phrases prises au hasard entre mille :
Voiant toz, fit .1. sairemant. (Herbers, Dolopalhos, v. 9052.)
Voiant toz, videntibus omnibus.
Là l'esposa li quens lor cuz veeni De son cors e d'anel de blanc argent.
Lo7^ euz veent, eorum oculis videntibus.
(fier, de RossilL, p. 390.)
Le grand tragique affectionne davantage encore l'emploi du participe passif remplaçant un substantif avec de, Crassusmort,
LATINISME
pour dire la uiurL de Crassus, les Romains défaits, [\o\i\' dire la défaite des Romains, etc. :
Après la mort du comte, et les Maures défaits,
Faudroil-il à ma gloire encor d'aulres eiïets? (Cid, v, 1.)
De U01 parents perdwi le vif ressentiment
Nous apprit nos devoirs en un même moment. [Cin., v, 2.)
Le seul Flaminius, trop piqué de l'alTront
Que son père défait lui laisse sur le front. {Nicom., i, 5.)
Pour gagner mon amour il faut servir ma haine. A ce prix est le sceptre, à ce prix une reine. Et Grimoald puni rendra digne de moi
Quiconque ose m'aimer, ou se veut faire roi. {Penh., ii, 1.)
Moi-même au fond du cœur, de même horreur frappé, Je veux fuir le remords de son trône occupé. [Œd-, v, 1.)
■V peine d'Artabase eus-jo signé la paix,
Que j'appris Crassus tnort, et les Romaini défaits. [Sur., m, 1.)
11 est bon de se re^^oser après la bataille gagnée. [Lelt. au P. Co«/(m/, 10 juin 1656.)
[l emploie encore le participe passif de plusieurs autres manières également imitées du latin :
Que vous m'étourdissez!
IS' est-ce point assez dit que votre âme est éprise? Que vous allez mourir si vous n'avez Florise? [La Suiv.y ii, L)
As-tu cru que le ciel consentît à ma perte,
Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte ? [La PI. Roy., ii, 3.)
C'est-à-dire jusqu'à soutïrir que ta lâcheté restât couverte, cachée.
Après votre beauté sans raison négligée.
Il me punit bien moins qu'il ne vous a vengée. {Ibid., v, 1.)
11 est parti soudain après votre amour sue. [L'Illus. corn., iv, 2.)
Malgré l'aversion d'entre nos deux familles De mon tyran Pélie elle gagne les filles; Et leur feint de ma part tant d'outrages reçus.
Que ces faibles esprits sont aisément déçus. [Méd., i, 1.)
Qui plaint du sexe en vous les respects violés. [Ttiéod., ui, 3.)
Flavie est aux abois ; Théodore échappée
D'un mortel désespoir jusqu'au cœur l'a frappée. [Théud., v, 1.)
Le combat contre lui ne te sera permis
Qu'après deux fiers taureaux par ta valeur soumis. [La 'fois, d'or, i, 4.) Quoi! vous vous ofTensez d'Hijpsipile quittée!
D'Hypsipile pour vous à vos yeux maltraitée'. [Ibid., iv, 3.)
Mais, quand j'aurai vengé Rome des maux soufferts, ' Je saurai le braver jusque dans les enfers. {Cin., ii, 2.)
A propos de ces derniers vers, Voltaire fait une remarque trèsjuste :
« L'esprit de notre langue, dit-il, ne permet guère ces participes; nous ne pou-
vons dire des maux soufferts, comme on dit des maux passés. Soufferts suppose par quelqu'un ; les maux qu'elle a soufferts : il sérail à souhaiter que cet exemple de Corneille eût fait une règle; la langue y gagnerait une marche plus rapide. »
Quelquefois l'on rencontre aussi chez Corneille la proposition infiiiitivo purement latine, comme dans ce vers où Voltaire a vu à tort un solécisme :
Je ne me croyais pas être ici pour l'cnlendre.
On dirait très-bien mot à mot en latin : Non 771e credebam hic adesse ut hoc audirem.
Le grand poëte dit encore de même :
Dorise se Jeini é/ce un jeune gentilhomme. [PréJ. de Clil.)
Inutile d'observer que l'emploi de la proposition infmitive était des plus fréquents dans l'ancienne syntaxe :
Qui persuade aux peuples la religieuse créance suffire seule et sans les mœurs à contenter la divine justice. (Montaigne, Ess., m, 12.)
Corneille affectionne aussi la forme optative , comme dans ce vers :
En fussions-nous tous trois à jamais ignorants. [Œd., v, 5.)
11 se sert du pronom relatif d'une manière toute latine :
Comte, c'est un effort à dissiper la gloire
Des noms les plus fameux dont se pare l'histoire,
Et que le grand Auguste ayant osé tenter
N'osa prendre du cœur jusqu'à l'exécuter. {Perth., ii, 5.)
• Il emploie plus que comme le 77iugis quam ut des Latins , dans le sens de trop pour :
Vois-tu, par tous moyens je te veux soulager;
Mais j'ai bien plus d'esprit qwi de m'en affliger. [La PI. Pioy, i, 2.)
Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise.
Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise. (la Gui. du Pal , ii, l.j
L'exacte correction demanderait: Je vous juge trop sage, et je crois que vous aimez trop votre aise pour... Du reste, c'est encore un latinisme comme dans la phrase précédente : Te sapientiorem puto quam ut. Plus ai77ier, après plus sage, qui paraît un peu singulier et moins heureux, est également imité du latin.
On le voit assez par les exemples que nous avons réunis, les latinismes de Corneille ne sont pas les latinismes lourds et gênés du seizième siècle. Ils sont toujours clairs, vifs, ils facilitent et varient la versification en enrichissant la langue.
LE, pronom relatif, accordé, bien qu'il ne se rapporte pas à un substantif, mais à un adjectif ou à un verbe.
Vollaiio a signalé cet emploi comme iino faute chez Corneille :
Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas. {l'oiiip., v, 2.)
«. Un sait aujourd'liui, dit-il, qu'il i'aul /c ne le suis pas; ce le est neutre. Etes vous satisfaites ? nous le sommes, et non pas nous les sommes. »
Et encore :
Vous en êtes instruits, et je ne la suis pas. (D. Sauc, i, 3.)
« Observez qu'il faut, « et je ne le suis pas. » S'il y avait là plusieurs reines, elle dirait, « nous ne le sommes pas, » et non, « nous ne les sommes pas. » Ce le est neutre. »
C'est seulement dans la seconde partie du dix-huitième siècle qu'on a établi invariablement la règle que toutes les fois que le remplace un adjectif, masculin ou féminin, singulier ou pluriel, ou bien une proposition résumée par ellipse, il est neutre et invariable.
Tout le dix-septième siècle a parlé comme Corneille :
Les chaloupes mettoient nos soldats à terre auprès du marabou, où la descente avoitparu/a plus aisée, et l'étoit en effet. (Pelliss., Hist.de Louis XIV, 1. ii, 1664.) — Je ne veux point qu'elle soit malade, encore moins qu'elle se la fasse. (Boss., Letl., à M™* du Mans, 17 janv. 1692.)— J'ai parlé ce matin à madame de Maintenon, et lui ai même donné une lettre que je lui avois écrite sur ce sujet, la mieux tournée que j'ai pu. (Racine, à Boil., 30 mai 1693.) — La lettre que vous m'avez écrite est parfaite, soit pour le caractère, soit pour l'orthographe ; le style est simple et net; il n'y a rien d'inutile, et on ne peut en être plus contente que je la suis. (M"^ DE Mainten., Letl. sur l'éduc, Aux dem. de la classe bleue, 1700.) — II n'est pas môme question de parler beaucoup en ces sortes d'occasions, où il ne s'agit que d'être lepentante de ses péchés, comme je ne doute point que vous ne la soyez. (M™* Du Noyer, Œuv. mêl., p. 117.) — La pauvre idiote se crut condamnée, quoi qu'elle ne la fût pas. (Id., ibid.) -— Je ne puis vous l'avoir dépeinte aussi prudente, aussi juste, et aussi capable de porter la couronne, qu'elle la parut à ce commencement de sa nouvelle dignité. (M"^ de Villed., Alcid., i, 1.] — Je vois bien que j'ai encore quelque temps à souffrir de votre éloignement^Au moins, crojez bien que c'est celui de tous mes maux auquel je suis la plus sensible. (M*^ DE CouRC, Leu., XIX.) — Je n'ai jamais été affligée au point où je la suis. (Id., Und., xiv.)
VALMiRE.Mais vous seriez toujours demeurée insensible. iLDEGo.N. Je l'avoue, et sans doute encor même aujourd'hui,
S'il n'avoit rien aimé, je la serois pour lui. (T. Corn., Tliéod., u, 1.)
Contentez-\ous d'aimer les personnes qui en sont aussi reconnaissantes que je la suis. (Madame, duch. d'Orl., dans les Mém. de D. de Cosnac.)
M""* de Sévigné, on le sait, aurait trouvé ridicule d'employer le dans des cas pareils : elle se serait crue transformée en homme.
On trouve encore.au dix-huitième siècle des exemples de cet emploi du féminin, tels ({ue les suivants :
J'ai un fils qui est un fort honnête homme, dont j'ai toujours été très-contente, et dont je ne la suis pas aujourd'hui. (Mariv., La Vie de Marianne, w.)
Aux exemples cités de Corneille on en pourrait ajouter plusieurs autres, comme :
Il faut de deux raisons que l'une vous retienne: Ou vous aimez Placide, ou vous êtes chrétienne. THÉOD. Oui, je la suis, madame, et le tiens à plus d'heur
Qu'une autre ne tiendroit toute votre grandeur. [Tlièod., ii, 4.)
Il faut aussi rapporter aux faits précédents cette phrase plus singulière :
Je plains cette abusée, et c'est moi qui la suis
Peut-être, et qui me livre à d'éternels ennuis. (Olh., ui, 1.)
— De même, les pour le :
Infidèles témoins d'un feu mal allumé,
Soyez-/es de ma honte. [La Gai. du Pal., m, 10.)
Cela nous doit suffire pour... avoir de la défiance des choses mêmes dont nous croyons être les plus assurés. (Nie, E.s.s. de Mor., t. viii, lett. lxiii.)
— LE, LA, explétif, ou remplaçant que, lequel :
Ce qu'il faut entendre un peu plus généralement que las termes ne semblent porter, et /'étendre à la réconciliation de toute sorte de mauvaise intelligence, {Prem. Disc.)
Corneille, lorsque sa langue semble le plus particulière, est toujours dans la tradition antique et constante. Les exemples assez nombreux qui suivent montreront dans toutes ses variétés un fait non encore observé , que nous sachions :
Benoist est l'homme, sire, que vous avez apprins et endoctriné, et /'avez enseigné en vostre loy affin que vous luy soyez doulx et débonnaire es maulvais jours. {L'Iniern.consot.,\\,S.) — Ce duc Jehan augmenta, par acquest de ses deniers, la maison de Bourgongne de la comté de Charolois : laquelle il achepta , et la paya au comte d'Armignac, qui la possedoit par héritage. (Oliv. de La Marche, Mém., introd-, c. m.) — Ayant affaire à un homme hardy et adventureux, que jamais il ne pouvoit attirer à bataille rangée, ny /'attraper en pleine campaigne. (Amyot, Vies, Sertorius.) — Et feirent sçavoir de leurs nouvelles à eeulx de dedans la ville par des lettres qu'ils attachoycnt à des flesches, et les tiroyent par dessus les murailles. (Id., ibid., Cimon. — Il réfute entièrement le discours de ceulx qui maintiennent que ce feut une pointe de rocher, que la violence d'un tourbillon de vent arracha de la cime de quelque montaigne, et le porta par l'air tant que... (Id., ibid., Lysandre.) — Nous trouvons qu'en ces nouvelles terres, presque toutes les choses que nous estimons icy tant, et les tenons nous avoir esté preniierement révélées et envoyées du ciel, estoient en créance et observance commune plusieurs mille ans auparavant qu'en eussions ouy les premières nouvelles. (Charron,
La Sag., n, 2.) — Il en faul dire autant de Francus, que le Manethon du même Annius nous supose pour fils d'Heclor de Tioye, et /'amené en Gaule pour y être gendre et successeur du roy Renuis. (Mézer., Ilist. de Fr. av. Clov., i, 1 ) — Les Florentins luy détenoient Montfellre, et quelques autres terres que Léon X avoit prises sur luy, et les leur avoit engagées. (Id., Ahr. de l'Ilisi. de Fr., an 1527.)
— Ce qui répugne à notre raison s'accorde nécessairement à une raison plus haute que nous devons adorer , et non tenter vainement de la comprendre. (Boss.. Serm. pour le vendr. de la trois, sem. de car., i.j — Saint Paul parloit obscurément de ces choses, ou par respect pour les puissances établies de Dieu, ou pour ne point exciter la persécution que les fidèles doivent attendre en silence, et non la provoquer par aucun discours. (Id., Frarj. sur div. mat. de coitlrov., 5« frag.)
— C'est cette bonne intention qu'il faut renouveler souvent pendant le jour, et continuellement prier Dieu de la fortifier. (Id., Méd., Serm. de N.-S. sur la montagne, XXIX.) C'est ce qu'on ne sauroit assez vous rappeler, ni vous le mettre trop dans le cœur. (Id., Leti., à M"" D'Alb. de Luyn., 5 nov. 1694.) — Ce fond étoit le domaine de la couronne, lequel il vouloit entièrement dégager, et /'accroître par quantité de nouveaux droits. (Péréf., Hist. du Henri /F, 3'p., 1608.)— C'est ainsi qu'ils en ont usé cuntre le curé de Libourne eu Guyenne, qu'ils firent accuser de jansénisme par des récollets, et le citèrent devant des commissaires qu'ils lui firent donner par les gens du conseil de M. l'archevêque de Bordeaux. (Le Maist., Leii. d'un avec, au Pari., etc.) — Le second fut David de la tribu de Juda que Dieu trouva selon son cœur, et le fit sacrer avec de l'huile sainte par le prophète Samuel. (Fleury, Catéch. hist.,V^ p., xvi.) — Comme l'hymne de S. Athénogène, ancien théologien du même siècle, qu'il chanta avec joie étant prés d'entrer dans le feu, et la laissa par écrit à ses disciples. (Id., Mœurs des chr et., xxii.) — Défaut naturel au sexe, qu'on doit combattre de bonne heure, et non /'entretenii et /'augmenter en s'y livrant. (Roll., Traité des Fiud., 1. 1, c. 2, art. 2, §4 ,
De même en plein dix-huitième siècle, mais par une reprochable infraction aux lois de l'usage et de la logique :
C'est un homme qu'il faudrait enlever de chez lui, et le prendre par force pour lui faire faire ce qu'il veut. (J.-J. Rouss.,Ip//., àM"'^ d'Épinay, à l'Ermitage, 1756.)
— Ce fut un de ces plaisirs de l'àme que les persécuteurs ne sauraient connaître ni les ôter aux opprimés. (Id., Confess., xii.)
Lrii, régime indirect, jouait souvent le même rôle :
On eût pu lui donner le nom de bonne aussi bien que celui de grande, si elle n'eût pas traité si inhumainement, comme elle fit, sa cousine germaine Marie Stuart, reine d'Ecosse, qu'elle tint dix-huit ans prisonnière, et puis lui fit couper la tète. (PÉRÉF., Hist. de Henri IV, 3" p., 1603.) — Par quels organes meltra-telle en œuvre la matière à qui elle doit donner tant de force, et lui inspirer nonseulement le mouvement et la vie, mais une imitation de la raison? (Duguet, Œuv. des six jours, vi.)
Nous indiquerons comme faits analogues les exemples suivants :
Hastivement passa la terre, Dont il osta jadiz la guère Qui à toz ses ancessors fu,
E il meïsmes cuens eti fu. [Vie du pape Gréijoire le Grand.)
Ils se figuroientune infinité de dieux, à qui ils donnoient différents noms selon
les pays, et en contoient mille fables ridicules. (Fleury, Petit Catécli. hist., viii.)
— C'est un autre ennemi qu'il faut combattre, et en porter tout le poids et la violence. (Fol.\rd, Traité de la colonne, v.)
Dans ces phrases, en tient la place de do7it, comme, dans d'autres, le lient la place de que, lequel, laquelle, et lui, la place de à qui, auquel, à laquelle, etc.
— LE, pronom, se rapportant à un substantifque l'article n'accompagne pas :
Quand je me fais justice, il faut qu'on se la fasse. (Cm.)
Il me fera justice encor qu'il soit bon père,
Ou Rome, à son refus, se la saura bien faire. (Nicom.. m, 3.)
Mais, seigneur, étant seuls, je parle avec franchise.
Bannissant les témoins vous me /'avez permise. [Sert., m, 1.)
La rigueur de la grammaire ne permet pas aujourd'hui de rapporter ainsi un pronom à un substantif sans article. La même vétille pourrait être relevée dans Corneille à propos du pronom en, de sien, lui, elle, eux :
Faites grâce, seigneur"; ou souffrez que j'en fasse.
Et montre à tous par là que j'ai repris ma place. Pomp., iv, 3.)
Allez lui rendre hommage, et j'attendrai le sien. [Ibid.. ii, 3.)
Seigneur, si j'ai raison, qu'importe à qui je sois?
Perd-elle de son prix pour emprunter ma voix? {Nicom., i, 2.)
Cette règle impérieuse, et quelquefois gênante delà grammaire française, est souvent négligée par de bons auteurs, comme elle l'a été par Corneille :
Elle leur défend encore plus fortement que les lois civiles de se faire justice à eux-mêmes; et c'est par son esprit que les rois chrétiens ne se la font pas dans les crimes même de lèse majesté au premier chef. (Pascal, F)oi'(?ic.,xiv.; — Il ne suffit pas d'avoir raison ; c'est la gâter, c'est la déshonorer que de la soutenir d'une manière brusque et hautaine. (FÉiNELOX.) — C'est une question de morale, laquelle se mêle peu de la conduite des souverains. (Voltaire. — Il m'a paru que vous m'écoutiez avec attention tandis que je lisais. — Est-ce qu'on peut la refuser au ridicule? (Diderot.)
J.-J. Rousseau est peut-être de tous nos écrivains celui qui offre le plus d'exemples de la violation de cette Tègle, comme dans les phrases suivantes, dont plusieurs sont tout à fait choquantes :
Je ne leur à.o\s que justice en parlant d'eux, et je la leur rends. [Les Confess.) — Valère. 0 ciel 1 el jt ne meurs pas de lionie !—^1artos. Eh! monsieur, vous êtes peutêtre le seul de votre ordre qui la connaissez. [Narcisse, se. 17. j — Ce n'est pas assez de finir par rendre justice, quand on commence par en manquer. [LeU., à M. Liard, 19 avril 1766.) — J'a\ais le plus grand besoin d'un protecteur qui ne dédaignât pas ma confiance, et où pourrais-je mieux le chercher que parmi cette illustre noblesse a laquelle je me plaisais à rendre honneur, avant de penser qu'un jour j'aurais besoin d'elle pour m'aider à défendre le mien? (Ibid.)
LEGALITE. — LEURRER. i3
LÉCtALITE, loyauté, probité, droiture:
Rome l'eût laissé vivre, et sa léijalUé
N'eût point forcé les lois de l'hospitalité. [Nicom., i, 5.)
« Légalité, dit Voltaire, n'a jamais signifié justice, équité, magnanimité; il signifie authenticité d'une loi revêtue d'une forme ordinaire. »
Le célèbre commentateur hasarde encore ici une assertion qui contredit la pratique ancienne et longtemps conservée de la langue.
On trouve de nombreux exemples de légalité dans le sens de
loyauté, probité, droiture, qui est celui dans lequel Corneille l'a
employé; et aussi dans le sens de fidélité', de soumission aux
lois, aux principes de la morale :
Tant estoit le peuple athénien amateur de justice, et tant il avoit de confiance en la légalité et prcudhomniio d'.\ristides. (.\myot, Vies, Aristide.) — Je ne veux devoir ma seureté ny à la bonté et bénignité des grands, qui s'agréent de ma légalité et liberté, ny à la facilité des mœurs de mes prédécesseurs et miennes. (Montaigne, Ess., m, 9.)
Le mot légalité se trouve encore avec cette acception dans le Dictionnaire de Richelet et dans celui de V Académie, édition de 1718; il n'a été retranché de ce dernier dictionnaire que dans l'édition de i 762.
Comme on disait légalité pour loijauté , on disait aussi légal pour loyal :
M Naudé était un homme fort sage et fort prudent, fort réglé, qui semblait vivre dans une certaine équité naturelle; il était fort bon ami, fort égal et fort légal. [L'Esprit de Guy Puiin, Amst., 1713, p. 284.)
LÉGÈRETÉ. suH la légèreté de, sur le fondement léger de :
Sur la lérjèreté d'une croyance si peu raisonnable, il renonce à une affection dont il était assuré, et qui était prête d'avoir son effet. [Exam. de Mél.)
— LÉGÈRETÉ, avec le plur., dans le sens de sentiments volages :
Tu tournes tes regards du côté d'Angélique :
Est-elle donc l'objet de les légèretés? {La PL lioij., ii, 7.)
Penses-tu que je sois, après ton changement,
Ou sans ressouvenir, ou sans ressentiment?
S'il te souvient encor de ton brutal caprice,
Dis-moi, que viens-tu faire au lieu de ton supplice?
Garde un exil si cher à tes légèretés. [Ibid., m, 6.)
LEURRER. SE leurrer de, suivi d'un infinitif, se flatter com-
plaisamment de :
Il ne se leurre point rf'animer de beaux chants,
Et veut pour se produire avoir la clef des champs. [Excuses à Ariste.)