SOUCHE. — SOUCI
Pour ne pas rappeler des choses trop connues , nous nous
contenterons de citer cet emploi analogue du frère du grand
Corneille :
Que l'armée, au .sortir rf'une entière victoire,
Par sa rébellion en obscurcit la gloire. (T. Corn., Dérén-, m, 2.)
— soFiTiR d'un sang, être issu d'une famille :
Daignez considérer te samj dont vous sortez. [fol., iv, 2.)
SOUCHE. QUE JE PUISSE DEVENIR UNE SOUCHE ! sortc d'impréca-
tion contre soi-même :
Si touchant vos amours on sait rien de ma bouche,
Que je puisse à. \os ytiux devenir une souche! [La Suiv., m, 10.)
SOUCI. PRENDRE SOUCI DE (uu subst.), prendre soin, prendre peine de :
Il n'en sait pas le nom, mais je;; prendrai souci. [Le Ment., i, 4.)
Sachez donc seulement qu'on m'appelle Cléandre,
Que je sais mon devoir, que ]en prendrai souci,
El que je périrai pour vous tirer d'ici. [Suite du Meni., i, .5.)
— PRENDRE souci DE, suivi d'un infinitif, prendre soin de :
Adieu, de ton côté prends souci de me plaire,
Et vois ce que tu dois à qui te sauve un frère. [Suite du Ment., ii, 2.)
— PRENDRE LE SOUCI d'une CHOSE, s'cu charger :
Vous m'obligerez fort à' en prendre le souci. [Tliéud., ii, 1.)
— SOUCI, tendre préoccupation, et l'objet même de ce tendre sentiment :
Toi, qui fais ma douleur, et qui fis mon souci.
Ne tarde plus, volage, à te montrer ici. [Clii., i, 1.)
Touche, je veux t'aimer; tu seras mon souci. [Suite du Ment , i, 2.)
Viens donc, mon chersoMci, laisse-moi te conduire.
{Clil., m, 2, P" éd. jusqu'à 1654 inclusiv.) Mon regret, dans ce lit qu'on m'oblige à garder. C'est de ne pouvoir plus prendre sans demander;
Autrement, mon souci, tu sais comme j'en use. [Ibid., v. 3.)
Adieu, mon cher souci, sois sûre que mon âme
Jusqu'au dernier soupir conservera sa flamme. [La Veuve, u, 5.)
Won souci... [La PI. Roij., \,1.]
Dans sa révision générale. Corneille a fait disparaître île plusieurs endroits cette expression un peu maniérée qui était chère aux poètes de la Pléiade :
Sidere, cepandant que tu languis pour elle Sidère, ton soucy, où son plaisir l'appelle,
322 SOUDALN. — SOUFFRIR.
Peu soigneuse de toy, court sus les claires eaux, Par les prez bien fleuris, sur les frais arbrisseaux.
(J. Baïf, Égloyues, xii, Brinon, Œuv., t. ii, f" 4, r".)
SOUDAIN QUE, tout aussitôt que :
Soudain qu'elle m'a vu, Ces mots ont éclaté d'un transport imprévu. [La Yeuve, iv, 1.)
Cette locution conjonctive , qui n'a pas d'équivalent aussi énergique en français, était autrefois d'un usage aussi fréquent qu'heureux. On disait également soz/rfam que et tout soudain que :
Tout soudahi qu'il en eut avallé une cueillerée, luy vint tel eschauffement de gorge avecques ulcération de la luette, que la langue luy pela. (Rabel., ii, 8.)
Ce que je sens la langue ne refuse Vous découvrir quand suis de vous absent. Mais tout soudain que prés de moy vous sens
Llle devient et muette et confuse. (Du Bellay, L'Olive, xxviii.;
Soudain que les jeunes gens s'étoient frottez à sa robbe 'de Ronsard], ils se faisoient accroire d'être devenus poètes. (Pasq., Rech. de la France, vu, 6.) — Soudain que cette défaite est advenue, ils se sont présentez au roy. (Id., Ltu., xi, 15.) — Il vaut donc mieux que je rentre dedans et tienne l'huys entrouvert, pour le fermer soudain qwe j'entendray quelqu'un. (Larivey, Le Morf.. ii, 1.1 — Soudain que je fus en mon cabinet, je me mis à prier Dieu que... (Margcerite de Valois, Ulém., t. I, 1572.) — Soubdain que j'ay eu résolu ce que je deviendray, je vous ay depesché ce courrier pour vous dire que jeudy^ pour le plus tard, je partiray de Rennes pour nous acheminer vers la grande cité. {Lett. miss, de Henri IV, t. IV, p. 983, 8 mai 1598.) — Le naturel du François est si inquiet, si insolent, si ambitieux, si entreprenant et si insatiable, que soudain qu'il a donné un coup de bonnet aux ministres, incontinent après qu'il leur a parlé , qu'il leur a dit ou fait dire qu'il étoit leur serviteur, il en veut être payé. (Naudé, Le Mascurai, p. 500.) — Soudain qu'elle eut ce présent, elle y serra avec joie ses plus précieux bijoux. (Furet., Le Roman bourg.)
On a dit aussi soudain api^ès que :
Soudain après que ces gens de bien eurent depesché leurs deux ambassades vers les Espagnols et les Napolitains, ils s'acheminèrent à l'exécution de leur entreprise. (Pasqcier, LeU., xvii, 2.)
Et, d'une manière analogue, sans que, comme on dit aussitôt :
Gargantua, qui estoit issu de Paris, soubc^ain les lettres de son père leues, sur sa grande jument venant, avoit jà passé le pont de la Nonnain. (Rabel., i, 34.
SOUFFLET. DONNER un soufflet a l'art, avec un nom de chose pour sujet :
Et qu'une faible pointe à la fin d'un couplet
En dépit de Pbèbus donne à l'an un soufflet. (Excuses à Ariste.
SOUFFRIR, fig. souffrir a quelqu'un de, lui permettre de :
Souffre-moi toutefois de tâcher à portraire
D un rui tout merveilleux l'incomparable frère.
[Les Victoires du roi en 1667.)