‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 242 sur 344 · TIENNE · texte numérisé non relu

TIENNE

Pour choisir une tête à ce grand corps qui tremble,

Et dont les Huns, les Gots, les Vandales, les Francs,

Bouleversent la masse, et déchirent les flancs. (Pulch., i, 1.)

— AU-DESSUS DE SA tète, fig., au-dessus de lui :

Qu'il n'est pas tout à fait indigne de vos feux. Et qu'il peut en prétendre une juste conquête. N'ayant plus que les dieux au-dessus de sa tête. Pomp., iv, 3.)

— METTRE quelqu'un AU-DESSUS DE SA tête, le mettre audessus de soi, le prendre pour chef:

Je vous le dis encor. meure Othon sur tws lêies,

C'est nous livrer tous deux à d'horribles tempêtes. {Oth., ii, 4.)

Locution omise à tort par les dictionnaires, et dont on trouve d'heureux exemples, comme ceux-ci :

Ce ne fut pas sans douleur que Tromp, à qui la naissance, le succès éclatant du dernier combat et les applaudissements de la multitude avoient élevé le courage, se vit meure Ruyter sur la lêie. (Pelliss., Hisi. de Louis XIV.) — Petits, humiliez-vous devant les grands que Dieu a mis sur vos lêies. (P. Anselme, Serm de la Cène, ii.)

On trouve, dans un sens analogue, se mettre sur la tête de quelqu'un, pour signifier s'élever au-dessus de lui, le dominer :

Leur soumission à un seul n'est proprement qu'un effort qu'ils font pour .se meure sur la tête de tous les autres. (P. Anselme, Serm. de la Cène, ii.)

— AH ! TÊTE. Espèce de jurement :

Ils sont d'intelligence. Ah! tête. {L'Illus.. m, 9.)

Cette manière de parler, omise par les dictionnaires, se rencontre même chez des auteurs récents :

Qui, moi, morbleu! que l'on, m'arrête ? Ah ! mort, ah ! sang, ah ! ventre, ah I tête.

(Barré, Les Deux Edmond, n, 4.)

Autrefois on jurait très-fréquemment par sa tête :

Jurent sovent par lor teste. {Poés. franc, avant 1300, t. iv, p. 1335.

TIENNE, adj. fém., employé d'une manière toute latine dans le sens de, qui est à toi :

Mais n'appréhende pas qu'un autre ainsi m'obtienne;

Vis pour ton cher tyran, tandis que je meurs tienne. 'Cin., m, 4.)

Autrefois tien , de même que sien , s'employait ainsi dans un grand nombre de phrases :

Et cria tout hault comme s'il eust esté inspiré et poussé par quelque esprit divin : La victoire est tiene, Caîsar. (Amyot, Vies, J. Cses.)

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