‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 256 sur 344 · TRAINANT · texte numérisé non relu

TRAINANT

Trahir à s'employait dans diverses locutions au propre et au figuré, pour signifier livrer ù... par trahison, ou simplement livrer à..., tradere :

0 beaux ennemis de mon cœur,

Yeux, les boute-feux de nos âmes,

Que vous estes pleins de rigueur.

Vous n'aimez que meurtres et (lames ;

Vos traits de ma mort glorieux

Blessoyent bien de plus douce sorte,

Quand l'espoir, riant à mes yeux,

De mon cœnY vous trahii la porte. (Ph. Des Portes, Ctéoiiice, xuii.)

Ces vers sont maniérés et d'un goût détestable, mais la locution trahir la porte mérite d'être remarquée.

— TRAHIR A, sacrifier à :

Et, mettant différence entre ces deux coupables,

J'ai trahi la justice à l'amour paternel. [PoL, m, 3.)

— SE TRAHIR A, sc livrer à :

Souffrir qu'il se trahisse aux rigueurs de mon sort ! [HéracL, iv, 1.)

« Cette expression , dit le commentateur, n'est grammaticale en aucune langue, et n'est pas intelligible ; il veut dire qu'il subisse la mort qui m'était destinée. »

L'expression est fort singulière; cependant Voltaire n'aurait pas dit qu'elle n'est grammaticale en aucune langue, s'il s'était rappelé que trahir est formé de tradere, livrer.

TRAINANT, adj., lent, qui dure longtemps, trop longtemps :

Que ne peut ma haine avec un plein loisir Animer les bourreaux qu'elle pourroit choisir. Repaître mes douleurs d'une mort dure et lente,

Vous la rendre à la fois et cruelle et traînante! [Théod., v, 6.)

Ma traînante langueur. [Imit., m, 23.)

Un auteur de ce siècle a dit dans un sens analogue :

Trois jours de combat et de victoire, un effort soudain et immense, parurent nous avoir arrachés comme par enchantement à cette sombre et tramante série de malheurs qui se déroulait devant nous. (Carrel, Le National, 25 nov. 1830.)

— TRAÎxAisT, languissant, engourdi, endormi :

Que foible est leur charité !

Que leur dévotion est traînante et débile ! [Imit-, iv, 10.)

Vous avez feint d'aimer et permis l'espérance;

Mais cet amour traînant n'avoit que l'apparence. (Sopk , m, 2.)

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