‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 275 sur 344 · VAPEUR. LA VAPEUR DU SANG · texte numérisé non relu

VAPEUR. LA VAPEUR DU SANG

La vapeur de mon sany ira grossir la foudre

Que Dieu tient déjà prèle à le réduire en poudre. {HéracL, i, 3.]

Voltaire a trouvé, avec raison, cette phrase emphatique :

<c Cette figure n'est-elle pas un peu outrée et recherchée? demande-t-il. Ce qui est hors de la nature ne peut guère toucher. On reproche à notre siècle de courir après l'esprit, d'affecler des pensées ingénieuses; c'était bien plutôt le goût du temps de Corneille que du nôtre. Racine et Boileau corrigèrent la France, qui depuis est retombée quelquefois dans ce défaut séduisant. La vapeur d'un peu de sang ne peut guère servir à former le tonnerre. Une fille va-t-elle chercher de pareilles figures de rhétorique? »

VASTE, fig. VASTES MALHEURS, immeuscs malheurs :

Je perdrai mes États et garderai mon rang;

Et ces vastes malheurs où mon orgueil me jette

Me feront votre esclave, et non votre sujette. (Nicom., m, 1.)

L'expression de vastes malheurs est peut-être une réminiscence d'un poëte lalin cher à Corneille, de Sénèque le tragique, lequel a dit: Vastu7nm^\nm[He}x., Œ t., \'23'2), et vastum nefâs. [Ibid.,1&l.]

Du reste, on a dit d'une manière analogue :

Assez et trop longtemps une funeste guerre

Par ses vastes horreurs désole cette terre. (T. CoRN., Mon d'Ach., i, 2.)

Et d'une manière approchante :

Et, traînant avec soi les horreurs de la guerre,

De sa vaste Jolie emplir toute la terre. (Boil., Sat., viii.)

VETLLAQUE. — VENDtQUER. 389

VEILLAQUE, coquin, fripon :

Je vais t'assassiner d'un seul de mes regards,

Veillaque... (L'Illiis. vom., ii, 2,)

Trévoux donne à ce mot une étymologie assez singulière : « On appelle ainsi un homme de mauvaise toi, sans probité et sans honneur. Je crois que ce mot est corrompu de celui de Vulaque. La nation des Valaques est notée par tous les historiens pour sa méchanceté et sa déloyauté. » L'opinion commune et probable est que ce mot vient de l'espagnol vellaco, coquin, fripon.

On le rencontre assez fréquemment, sous différentes orthographes, à la fin du seizième siècle et au commencement du dix-septième :

Tu verras aujourd'huy comment

Je mènerai bien rudement

Mon tuteur poltron et villaque. (Godard, Les Desguis., ii, 1.)

II ne se peut dire comment ce veillac Sathan fut esbahi. (D'Aubigné, Fœneste, 1. IV, c. IX.) — Penses-tu donc, veillaque, qu'un gentilhomme de qualité... (Cyrano, Le Pédaiu joué, v, 7.) — Qu'elle le vueille faire monstrer au doigl comme un pleure pain, un vieillaque et un taquin. (Cholières, Les Apresdinees, ii, f" 75, v°.)

On trouve encore cet ancien mot à la fin du dix-septième siècle:

Hé! bien, ne voilà pas des discours bien suivis !

Veillaque, à quoi sert donc tout ce que je te dis? (Danc, S. Patiça, ii, 1.)

VEINE, dans le sens de talent poétique,' de verve, avec le pluriel :

0 pauvre comédie, objet de tant de veines!

Si tu n'es qu'un portrait des actions humaines... (La Gai. du Pal., i, 7.)

L'emploi de ce pluriel est rare. On s'en est quelquefois servi, de nos jours, dans un sens approchant, comme en cet exemple :

Il vivait sans se contraindre, selon ses veines et ses boutades de nature. (Ste-Beuve, 3Ion., 27 oct. 1856.)

VENDIQUER. vendiquer quelque chose a quelqu'un, avec un nom de chose pour sujet, le lui assurer :

A mon petit sens, ce livret ne fait pas assez pour votre parti, parce qu'il ne vous vendique pas assez l'ouvrage contentieux. (Le/:. au'P. Doulard, 12 avril.)

L'emploi le plus habituel de ce mot était réservé au style judiciaire. On lit dans le Dictionnaire universel du commerce, de Savary des Bruslons :

« Vendiquer, c'est-à-dire redemander, réclamer, répéter ou saisir par autorité

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