VOIRE. — VOLER
Je mourrois de douleur de me voir mépriser.
(SÉNECÉ, Coni., L'Amour vaincu.) Ne forgez plus de traits; je me voi.i ouirarjer. Et le maître des Dieux n'oseroil me venger !
(Danchet, Les Amours de Vénus, seconde entrée, se. 3.)
VOIRE, même, et même :
Pensez-vous que ce que vous me mandez de trois actes ne me rende pas curieux , voire impatient de savoir des nouvelles de ceux qui restent? [Lettre à M. l'abbé de Pure, 3 nov. 1661.)
Ce mot, on le sait, était des plus usuels dans le langage familier avec le sens de même, ou avec celui de vraiment, plus voisin de l'étymologie, verîim, vero :
Tu dis bien vray, voire. (Fr. d'AiiBoiSE, Les Néapol-, ii, 8.) Oui-dà! croyez que voire. (P. Bosquier.)
Et comme les Normands, sans lui répondre, voire : Compère, ce dit-il, je n'ai point de mémoire. (Régnier, Sai., m.)
Mais, disoit ce valet, il me semble pourtant un assez bon enfant, il n'a rien à luy. — Voire, disoit Pierrotin, a-t-il jamais eu le cœur de payer seulement une pauvre fois à boire? (Dassoucy. .4t;aH;. d'Italie, c. xviii.) — Comment pourronsnous empesclier qu'il ne nous soupçonne de l'avoir empoisonné, puis que c'est vous qui luy donnerez le poison? — Voire, voire, dit Pierrotin, je n'ay pas peur qu'il m'en soupçonne, ne vois-tu pas comme je le caresse, afin de luy oster tout ombrage? (Id., ibid.)
« Voù^e, observe la Monnoie, se disait encore vers l'an 1630; il se trouve dans Balzac, dans Ogier et autres bons écrivains. Voù^e, pour le scilicet ironique des Latins, est encore en usage dans l'entretien familier. Rien n'était autrefois plus commun parmi les gens du menu peuple. » [Note sur Despériers, Nouv. m.)
VOIX, pour parole, dans le sens de promesse donnée :
La parole des rois doit être inviolable. THÉSÉE. Elle est toujours sacrée, et toujours adorable, Mais ils ne sont jamais esclaves de leur voix, Et le plus puissant roi doit quelque chose aux rois. {Œd., i, 2.)
VOLER, ravir, employé dans le style noble :
Et loin de lui voler son bien en son absence... (Nicom., i, 2.)
Expression méprisante, parfaitement convenable à la situation, et que Voltaire aurait dû trouver aussi bien placée qu'elle l'est dans les vers de Ylphigénie de Racine :
Et si quelque insolent lui voloii sa conquête. (A. i, se. 3.)
C'est un titre qu'en vain il prétend me voler.. (A. v, se. 2.)