HANTISE. — HEUR
HANTISE, s. f., fréquentation.
Ajouter :
Hénault emploie ce mot, en le soulignant, dans ses Mémoires :
Cette aventure commença à me dégoûter de la hantise de tous ces messieurs que je n'ai encore que trop vus depuis. [Mém. du présid. Hénault, ch. iv, p. 30.)
HEUR, bonheur :
Je crains ce que je cherche, et je ne connois pas
De plus grand lieur pour moi que d'y perdre mes pas. (Clit., i, 1.)
Sa joie éclatera dans l'heur de ses enfants. {Hor., i, 1.)
Et , puisque c'est chez vous que mon heur et ma flamme
M'ont fait placer ma sœur, et choisir une femme,
Ce que je vais vous être, et ce que je vous suis,
Me font y prendre part autant que je le puis. (Ibid., u, 1.)
Dans une heure au plus tard vous essuîrez ses larmes,
Et ïheur de vous revoir lui semblera plus doux,
Plus elle aura pleuré pour un si cher époux. (PoL, ii, 1.)
Puisse le juste ciel, content de ma ruine.
Combler A' heur et de jours Polyeucte et Pauline ! (Ibid., n, 2.)
Il y mettra sa gloire, et dans un tel malheur
L'heur de vous obéir flattera sa douleur. (Rodog., ui, 4.)
C'est à l'heur du retour que leur courage aspire. (La Tois. d'or, i, 3.)
Si mon père y consent, mon devoir me l'ordonne,
Ce me sera trop d'Iteur de le tenir de vous. {^(jés,, v, 8.)
« Ce mot heur, qui favorisait la versification, et qui ne choque point l'oreille, est aujourd'hui banni de notre langue, » observe Voltaire à propos du vers des Horaces. Pourquoi ne le ferait-on pas rentrer dans l'usage ?
Avant comme après Corneille, on trouve heur ainsi employé dans le style noble :
Messieurs, il est sans doubte que le peuple reçoit grand bien des étals généraux ; cat il acest heur d'approcher de la personne de son roy, de luy faire ses plaintes, luy présenter ses requestes, et obtenir les remèdes et provisions nécessaires. (L'HospiTAL, Uar.)
Amis, vous me voyez sur le seuil du repos :
Ne pleurez pas mon heur ; car la mort inhumaine,
A qui vaincre la sait ne tient plus rang de peine. (D'Auc , Les Trarj., iv.)
436 HORLOGIER. — IDEE.
J'aurai l'heur de vous voir, qu'à tout lieur je préféra.
(RicHELiEC, Mirame, ii, 4.)
Messieurs, je viens vers vous de la part du poète, Lequel à tout jamais heur et bien vous souhaite.
(Godard, Les Desgtiisez. prol.)
Je m'en vois le chercher pour luy faire ouverture
De ïheur inopiné que le sort luy procure. (Racan, Berg., v, 2.)
Et dans l'ennui secret de souffrir un égal,
Met son heur le plus grand à perdre son rival. (T. Corn., Maxim., v, 6.)
fJevr s'employait aussi au pluriel :
Voyez comme les bons heurs se rassemblent en une personne. (Brant., Vies des Dames illustres, Ëlizabeth de France, reyne d'Espaigne.)
HORLOGIER, pour horloge)- :
N'ayant point d'horlogiers au lieu de sa demeure. (Le Meut., ii, 5.)
Ce mot, sous sa forme syncopée, était encore tout nouveau du temps de Corneille. Le seizième siècle disait horologiei\ horologeur, orologeur. L'orthographe horloger n'a prévalu que dans la seconde moitié du dix-septième siècle.
IDÉE, image, forme, qui frappe ou semble frapper la vue, conformément à l'étymologie, ûSu-j, voir :
Un je ne sais quel charme auprès d'elle m'attache,
Je ne la puis quitler que le jour ne se cache,
Même alors, malgré moi, son image me suit,
Et me vient au lieu d'elle entretenir la nuit.
Le sommeil n'oseroit me peindre une autre idée,
J'en ai l'esprit rempli, j'en ai l'âme obsédée. [La Suiv., i, 3.)
On a dit de même, avant et après Corneille :
Et quand la mort m'aura la vie ôtée,
Encor là bas je veux aimer Vidée
De ces yeux bruns que j'ay fichés au cœur. (Bons., Amours, i, 26.)
Mais de ce souvenir mon âme possédée
A deux fois en dormant revu la même idée. (Racine, Aihalie, ii, 5.)
Aujourd'hui, et depuis longtemps, idée ne signifie plus guère
IMBECILE. — INCAGUER. 437
(jue la représentation d'une chose dans l'esprit. Ce mot a presque complètement perdu sa signification physique et primitive.
— IDÉE, dans le sens d'exemple propre à faire concevoir quelque chose :
Aristole donne deux idées ou exemples généraux de ce vraisemblable extraordinaire. {Deux. Disc.)
IMBÉCILE, faible.
Ajouter :
Un devancier et un contemporain de Corneille ont dit comme lui, sexe imbécile, pour sexe faible :
Qui l'eust pensé que ce sexe imbécile
Au desespoir se plongeât si facile,
Que la fureur mutinée au dedans
Pusl enfanter de si noirs accidens? (A. Hardy, Alcée, m, 3.)
Les feintes, les faux combas
Font trembler, et haut et bas,
Le cœur du sexe imbécile.
Qui laisse œuvre et domicile
Pour jouir de ces esbas. (St-Amant, L'Albion.)
JM PARFAIT BU SUBJONCTIF, employé comme conditionnel.
Aux exemples cités de Corneille ou de ses devanciers , ajouter ceux-ci :
Voilà trop vous tenir dans une complaisance
Que vous dussiez quitter du moins en ma présence. [Mél., i, 2.)
Languirez-vous tousjours, race de Jupiter,
Sous ce monstre d'amour que vous deussiez domter.
(Garnier, Hippol., 11.)
IMPORTER DE, avec un substantif pour sujet, pour signifier qu'il y va de.
Ajouter cet exemple :
Revoque-le, ne m'opposant d'obstacle.
Sa simple veùe importe d'un miracle. (A. Hardy, Alcée, ni, 5.)
Et avec un régime indirect :
De tres-bon cœur, et voudroy ta venue
Luy importer d'une grâce obtenue. (Id., ibid-, v, 1.)
INCAGUER, V. a., se moquer de... avec bravade, en italien
438 INSUSCEPTIBLE.
incacare, formé du latin in, et cacare, rendre ses excréments :
Nous incaguerom les beautés,
Nous rirons de leurs cruautés. [Mélanges poél.)
Dans les éditions originales, cette expression est soulignée. Elle était donc nouvelle alors, ou récemment remise en circulation. Les exemples que nous en avons trouvés appartiennent à des contemporains de Corneille, ou à des écrivains postérieurs :
Bardin, dont la saine doctrine,
Jitcaguaui Aristote et Pline,
Prouve que le vin seulement
Mérite le nom d'élément. (St-Amant, La Vigne.)
0 Dieu ! quel manger précieux!
Quel goust rare et délicieux!
Qu'au prix de luy ma fantaisie
Incague la saincte ambroisie! (Id., [.e Fiomage.]
N'allez pas plus avant, beau-pére, il fait trop sombre,
Et quoique de la nuit mes yeux incaguenl l'ombre,
Chez vous de vos vieux ans le cours trop actuel
Doit avoir affoibli le rayon visuel. (T. Corn., La Comi. d'Org.. ii,l.)
i'incague le prévôt, et n'ai que faire à lui.
(Mo.NTFLEURY, La Femme juge et par lie, m, 8.)
Regnard a dit encore, s'adressant à la fortune :
Je me ris de tes coups, I'incague ta fureur. [Le Joueur, ii, 4.)
INSUSCEPTIBLE de, qui n'est pas susceptible de, se rapportant à un nom de personne :
Je meurs, ami, c'est un grand charme
D'être insusceptiblc d'alarme. [Poés. dir.,-à M. D. L. T.)
Ce mot était peu usité au dix-septième siècle, et il est souligné dans l'édition originale des Mélanges poétiques de P. Corneille. Cependant , on en trouve des exemples d'une époque antérieure, tel que celui-ci emprunté aux Mémoires du duc Henri de Rolian :
Ils avoient toujours opposé le corps de ceux de la religion insuscepiible de division. \T. n, p. 50, éd. 1756.)
On en rencontre d'assez rares emplois jusqu'à notre époque :
S'il se permet de figurer par des emblèmes ce qui est ineffable et insusceptible de recevoir une représentation, c'est qu'il attache conventionnellement à ces signes l'idée du pouvoir énorme auquel il s'adresse. (Kératry, Frédéric Styndall, ch. 7.)