‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 318 sur 344 · JOUER. — MAL · texte numérisé non relu

JOUER. — MAL

Jeu s'employait autrefois au pluriel dans plusieurs locutions où l'on mettrait aujourd'hui le singulier :

Et que, l'heure s'advançant, ils donnassent ordre à leur sortie, sinon que l'artillerie recommeiiceroii ics jeux. (Du Villars, Mém., v, 1554.)

JOUER DE, suivi d'un subst., signifiant employer, faire preuve de. JOUER d'adresse :

Mais j'ai moi-même, enfin, assez joué d'adresse. [Le Ment., v, 6.)

Jouez d'un peu d'adresse Pour votre intérêt et le mien. (Agés., i, 1.)

Le frère de notre poète a dit d'une manière analogue :

Ce voyageur nocturne a joué là d'esprii. (T. Corn., César d'Avalos, ii, 1.)

LANGUIDE, languissant.

Ajouter cet exemple du prédécesseur de Corneille dans la tragédie :

Le corps n'est plus qu'une languide escorce

Sans mouvement, et sans la moindre force. (A. Hardy, Alcce, m, 3.)

LARCIN. Remarquable emploi au figuré :

Allez donc, ce qu'ici vous perdez de moments

Sont autant de larcins à vos contentements. {Rodog., iv, 3.)

MAIN. A MAIN FORTE, la forcc en main, par la force, par la violence.

Ajouter cet exemple d'une date postérieure à ceux que nous avons allégués :

Des commissaires y mettoient le prix (au blé) à main forte. (St-Sim., t. vu, c. 9.)

MAL, adv., placé devant un adjectif.

Aux exemples cités de Corneille ajouter les suivants :

Ces quatre diamants dont elle est enrichie

Ont sous eux quelque feuille, ou mal nette, ou blanchie.

{Suite du Ment., ii, 6.)

Non que mes volontés en soient mal satisfaites. (lOid., iv, 2.)

La locution jual propre , employée plusieurs fois par notre poëte, se retrouve chez un tragique du dix-septième siècle qui ne savait guère écrire, mais qui peut dans quelques cas, comme tant d'autres médiocres auteurs, servir de témoin de l'usage. Pradon a dit, dans sa Phèdre :

Et mon âme est malpropre à soutenir l'iiorreur De ce crime, l'objet de leur juste fureur.

MÊME, adverbe.

Nous avons vu que Corneille écrivait mêmes, suivant l'usage général de son temps. Cependant il emploie aussi quelquefois la forme même, en particulier devant une voyelle :

Beaucoup même ont si peu considéré ce dernier. [Disc, de l'uiiliié et des parties du poëme dram., en léte du t. !"■ des Œuv., édit. de 1G63, in-4°.)

MEME, dans le sens de ipse, non accordé après un substantif pluriel.

Nous avons dit que cette dérogation à la syntaxe nous paraissait très-forte, qu'elle était tout à fait injustifiable au point de vue de la grammaire, mais pouvait peut-être se tolérer en vers. Nous ajouterons que Vaugelas et Thomas Corneille la condamnaient formellement.

Page 1