‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 36 sur 344 · MODE. — MOINDRE · texte numérisé non relu

MODE. — MOINDRE

Ciel, qui vois ma misère et qui fais les heureux,

Prends pitié d'un devoir qui m'est si rigoureux. {La Veuve, iv, 9.)

— POUR TA MISÈRE, pour ton malheur :

Que je te plains, ma fille : hélas I pour ta misère,

Les destins ennemis ont fait naître ce frère. {La Veuve, m, 7.)

MODE. UM ESPRIT A MA MODE, uii esprit semblable au mien :

Vous avez. Dieu me sauve, un esprit à ma mode;

Vous trouvez comme moi la grandeur incommode. {L'Ill. com., u, 4.)

MOI. A MOI, pour me, datif :

Qu'il entre. A quel dessein vient-il parler à moi? {Héracl., n, 4.)

■ a Parlera moi, > observe Voltaire, ne se dit point; il faut «me parler. » On peut dire en reproche, « parlez à moi; oubliez-vous que vous parlez à moi? »

Corneille a encore dit dans une de ses tragédies :

Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse,

A cet objet si cher tu dois tous tes discours,

Parler encore à moi, c'est trahir les amours. {Méd., v, 7.)

Il est peut-être regrettable qu'on ait absolument proscrit cette forme qui est douce, et commode dans certains cas, surtout en poésie. A tort ou à raison, on en rencontre quelques exemples, même en plein dix-huitième siècle :

Donnez-lui donc la main, ajouta-t-il en parlant à moi. (Crébillo.n fils, Lell, de la marq. de iU"', xxxv.)

MOINDRE, adj. moindre que, comme 7noins que :

Ils étoient plus que rois, ils sont moindres qii'esclaves. [Sert-, m, 2.)

Corneille modifie d'une manière très-particulière et trèsheureuse la locution au muindre bruit, en ajoutant prernier à moindre :

J'épargnois à mes yeux un funeste spectacle,

Cil mes bras impuissants n'avoient pu mettre obstacle,

Et tenois ma main prête à servir ma douleur.

Au moindre et premier bruii qu'eût fait votre malheur. {Âudrorn., iv, 3.)

— .MOINDRE, employé substantiv. :

Et si la moindre tache en demeure à mon nom.

Si le moindre du peuple en conserve un soupçon,

Suis-je digne de vous, et de telles alarmes

Touchent-elles trop peu pour mériter mes larmes? {iSicom., iv, 1.

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