NETTOYE. — NEVEU
NETTOYÉ. DES VERS nettoyés, dos vers dépouillés de tout embarras, de tout remplissage :
Les vers en sont assez forts et assez ueiloyés. ( Leil. à HI. l'abbé de Pure, 3 novembre 1661.)
On dit dans un sens analogue ?/?i style bien dépouilh', ]iour signifier un style clair et dégagt' de toute inutilité.
NEUTRE, adj. u.\ lieu neutre :
Sans vouloir de lieu neutre à cotte conférence. [Seri., i, 2.)
NEVEU, petit-fils; des neveux, des petits-fds, des descendants :
Avant que d'y périr, s'il faut qu'il y périsse
Qu'il vous laisse un neveu qui le soit de Maurice. [Héracl., i, 1.)
PULCHÉR.II faut encor plus faire, il faut...
MARTIAN. (JUOi?
puLCHÉRiE. M'épouser.
MARTIAN. Moi, madame?
PULCHÉRIE. Oui, seigneur, c'est le plus grand service
Que vos soins puissent rendre à votre impératrice.
Non qu'en m'offrant à vous je réponde à vos feux
Jusques à souhaiter des fils et des neveux,
Mon aïeul, dont partout les hauts faits retentissent,
Voudra bien qu'avec moi ses descendants finissent. (l'ulcli., v, 3.)
Dans les beaux siècles de la latinité, nepos signifiait petit-fils; ce ne fut (jne dans les siècles suivants qu'il s'employa pour neveu. Neveu, parmi nous, (îomme l'observe Sainte- Palaye , a eu le même sens ; il s'est pris pour petit-fils :
« Fut à nos anciens fort familier, et fréquent, pour la proximité de parantage, dit Pasquier, le mot de nepveu, non pour le regard de l'oncle, ains de l'ayeul; c'est-à-dire pour ce que nous disons, par un contour de langu;,'e. petit-fils. • {Reck., viii, 50.)
C'est ce que confirment les exemples suivants :
11 fonda assez tost après par l'admoneslement de Crotilde, sa femme, une église à Paris, en lonneur du prince des apposloles qui a présent est appellee saincle Geneviefve, en laquelle il se repose en corps et la royne Crotilde sepouse et deux de ses nepveux qui furent filz son lîlz. [Crouiq. de France, i, xi\.) — Estoit jà tenu et réputé nepveu du roy Astiages, comme filz de sa fille. [Ilisi. de la. Ton. dor, vol 11, f. 199, col. 2.) — Certes, madame, il me semble que vous estes ma grant dame, mère de mon père, et femme au bon roy Mehaigné : Beau nepveu, dist la dame, il est ainsi. (Perceforest, vol. v, f. 95, \°, col. 2.) — Item, Doresnavant ayeul ou ayeule ne pourront prendre la garde noble de leurs nepveux en ligne directe. [Cousi. yen., t. i, p. 395.)
I\'ieps de nepveux, pour petits-fils de petits-fils, se trouve dans
Bouteillier, Somme ru7'ale, tit. 79, p. 466.
Cette signification, après s'être vue abandonnée, reprit quel-
(jue temps faveur, particulièrement en poésie, comme l'atteste Etienne Pas([uier :
; Le mot ucpvcu, dit-il, a commencé de reprendre petit à petit ses anciennes racines en nous par la liberté des poètes de nostre temps. VA à la mienne volonté, ajoute-t-il , qu'il se perpétue en ceste signification, afin que tout ainsi que le latin, nous puissions assortir nostre langue d'une énumeration graduelle des parens en ligne directe, de laquelle nous sommes manques pour le jourd'huy. Car après que vous avez nommé ayeul, père, fils et petit-fils, vous demeurez court, et si vous aviez restably le mot nepveu à sa primitive et plus vieille signification, il vous seroit loisible de dire pour les ascendans, père, ayeul, bisayeid, et peutestre irisaijeul, et pour les descendans,yî/.ç, nepveu, et arriere-nepveu, ou tel autre mot dont l'oreille plus délicate se pourroit adviser. » [Recli., viii, 50.)
On trouve encore chez Massillon, dans le sens de descendants :
si tout meurt avec nous, les annales domestiques et la suite de nos ancêtres ne sont donc plus qu'une suite de chimères, puisque nous n'avons plus d'aïeux et que nous n'aurons point de neveux.
Neveux, dans cette signification, ne s'emploie plus que dans la locution nos neveux, pour dire la postérité.
Dans ce dernier sens on trouve, au dix-septième siècle, neveux employé absolument :
C'est l'ordre qu'on m'impose, ou le prince irrité,
Abandonnant sa haine à son autorité.
Doit laisser ànxrieveux le plus tragique exemple,
Et d'un mépris vengé la marque la plus ample
Dont le sort ait jamais son pouvoir signalé,
Et dont jusques ici les siècles aient parlé. (Rotroo, Venceslas, m, 3.)
Et rendez aujourd'hui d'un juge inexorable
Une marque aux neveux à jamais mémorable. (Id., ibid., iv, 6.)
Votre règne aux neveux doit servir de modèle. (Racine, Esihtr, n, 5.)
NI, accompagné de point:
Je vous avois prié de l'attaquer lui-même.
Et de ne mêler point, surtout daus vos desseins,
Ni le secours du roi, ni celui des Romains. {Nicom.. m, 6.)
« Ces deux ni avec point, observe Voltaire, ne sont pas permis; les étrangers y doivent prendre garde. « Je n'ai point ni crainte, ni espérance, » c'est un barbarisme de phrase; dites « je n'ai ni crainte ni espérance. »
Corneille a dit encore :
Et, plein de votre idée, il ne m'est pas possible
lYt d'admirer ailleurs, ni d'être ailleurs sensible. [La Veuve, i, 5.)
Madame, mon amour n'emploîra point pour moi
Ni la loi du combat, ni le vouloir du roi. [Le Cid, v, 7.)
Ce n'est point ni son choix ni l'éclat de ma race
Qui me font, grande reine, espérer cette grâce. [D. Sanche, i, 3.)
Et ne vous Qàllez point, ni sur voire grand cœur,
Ni sur l'éclat d'un nom cent et cent fois vainqueur. (IS'icom,, i, 1.)
Et voit avec plus de clarté
Qu'on ne rencontre point au monde Ni de solide paix, ni de douceur profonde. {Imit., i, 12.)
Homme, apprends qu'il n'est point ni de liberté vraie, Ni de plaisir parfait qu'en la crainte de Dieu. {Ibid., c. 21.)
Mais n'étant pas encor ni bien mortifié. Ni bien fortifié
Contre les douceurs passagères. {Ibid., u, 1.)
Ce n'est pas encor tout, et tu ne conçois ;}a* A'i tout ce qu'est l'amour, ni ce qu'il a d'appas. {Ibid., m, 5.)
Le pi-étendu barbarisme de phrase que relève Voltaire, et contre lequel il recommande de se précautionner, se trouve dans presque tous les auteurs jusqu'à la fin du dix-septième siècle :
Hé bien! qu'en dites-vous? J'aurois fort bonne voix Si je ne mangeois ;jo/«niî/ chasteignes tiy noix. (L.-C.Discr., .-l/i:., ni, 3.) Ce n'est point ni un ennemi ni un étranger, c'est Judas, ce cher disciple, cet intime ami qui le trahit. (Boss., IIP Serm. pour le vendr. -saint, u.) — La réponse ne pouvoit pas être ?;/ plus courte, «i plus certaine, ni plus décisive. (Id., IP Jnstr. pasi. Sur les prom. de J.-C. à l'Êiil.) — On n'apporte point à ces mémoires ni le savoir, ni l'esprit, ni la méditation qu'il faudroit pour en tracer même un crayon imparfait. (Pelliss., Mém. pour les gens de /e«., i.) — Est-il possible que ce même Sostrate, qui n'a pas craint Jij Brennus, ?ii tous les Gaulois... (Mol., Amants magnif., i, 1.; — Cette division ne comprenoit point ;u' la Gaule Cisalpine, ni la Narbonnoise. ;Mézer., Hist. de Fr. avant Clovis, i, 11.) — Ayant Tertullien on ne recevoit point à la communion, au moins dans l'Occident, ni les adultères, ni ceux qui par lâcheté ou autrement avoient sacrifié aux idoles. (Id., ibid., IV, 18.) — Le pape n'approuva point cette élection, et maintint quelle etoit nulle aussi bien que la renonciation de Charles Y, parce que l'approbation du saint-siége n'étoit point intervenue ni en l'une îii en l'autre. (Id., Abr. de l'Iiist. de Fr., an 1558.) — Une parole, une raillerie nous trouble; et nous ne considérons pas ni de quoi ni par qui nous nous laissons troubler. ( Bouhd., II^ Serm. pour le 2^ dm. de l'Av., i.)
Toutes ces constructions, on le voit, sont identiquement semblables à celles de Corneille. Du reste, l'emploi explétif de /)o«n^ pas, avec 7ii, est très-fréquent, sous diverses formes, chez les meilleurs auteurs, soit que point, pas, précèdent, soit qu'ils suivent ?». Après les exemples du premier cas, eu voici du second :
Ni la mère, ni la nourrice,
Ne trouvent poîH/ leurs enfants laids. (D'AuB., Les Trag., préf.)
Et certes, ni l'éclat de votre auguste race. Qui dans le rang des dieux assigne votre place.
Ni le sceptre éternel qu'ils vous ont mis ez niuins
Pour disposer comme eux du destin des humains,
Ni tant d'autres iionneurs sans lin et sans limites,
Ne m'obligent pas tant que vos propres mérites. (Racan, Us Ber(/.,prol.)
Ny le soin de conserver une maison ou une seigneurie, ny les tendresses d'amitié que monsieur votre père vous tesmoigne , ne sont point raisons qui vous dûiventfaire préférer le séjour des bestes à celuy des dieux. (I'.acan, Leii. à Arien.)
— Ny à Êrivan, ny dans les autres passages de Perse, on n'est pomi sujet comme en Turquie à l'incommodité d'ouvrir à la douane les ballots de marcliandises. (Tavern., Voy. de Perse, i, 3.) — :ViM. du Plessis, ni M. du Vair ne sont /;a.s deux auteurs fort réguliers. (Balz., Enlrei., i\.) — Ni la prudence, ni la piété, ni la bonne théologie ne permettoient pas de décrier un concile qui a été universellement reçu, aussitôt que la doctrine en a été bien entendue. (Boss., Mém. sur la biblioih. eccl. de Dupin.) — Ni sa main n'est point raccourcie, ni ses trésors ne soin point épuisés. (Id., Panég. de S. Franc. d'Assise, i.) — 11 faut donc avoir du zèle pour honorer les mystères, et }ii l'or 7ii les pierreries ne doivent point être épargnés pour exciter la révérence des peuples. (Id., Medii. sur l'Ev., Cène, 1^^ p., 58« j.) — Les grandes richesses ne s'acquièrent ni ne se conservent point d'ordinaire sans de grandes injustices. (Nie, Ess., t. m, p. 199.) — Ni les Hébreux, ni les Égyptiens, ni les Grecs n'apprenoient point de langue étrangère, pour être comme l'instrument de leurs études. (Fleuuy, Choix des éind., i, 11.) — Personne ne souhaitera jamais plus que moi que vous goûtiez des plaisirs, mais des plaisirs qui ne vous passionnent, ni ne vous amollissent point. (Fén., Télém., viii.)
— Vous vous croyez une personne importante, parce que vous êtes nourrie dans une maison où le roi va tous les jours; et le lendemain de ma mort, ni le roi, ni tout ce que vous voyez qui vou« caresse, ne vous regardera pas. (M^^ de Maint., Lett. sur r^rf«c.,àM"'=d'Aubigné,llniai 1693.) — iVi l'abrégé, hi la paraphrase d'un bon livre n'est /xji un mauvais livre, comme l'a voulu Montaigne. (Pelliss., I^lérn. pour les yens de lett. , 1" p.) — Je sais bien que )a' ce désir déjeune homme de trouver à redire partout, 7ii aucun autre mouvement blâmable, ne m'ont point engagé dans ce discours. (Id., Hist. de l'Acad., m.) — Ni le connétable, quoique son patron, ni le duc de Guise ne lui étaient poi)U favorables. (Mézer., Abr. de l'Idsi. de Fr., an 1555.) —Il y a, sur l'histoire d'Abraham , cent embarras où, m ceux qui soutiennent le pour, ni ceux qui soutiennent le contre, ne manquent point de raisons, (Bayle, Dicl. crit., art. Abraham, rem. c.)
Le dix-huitième siècle offre aussi des exemples assez nombreux de/>GS, point, avec ni, sous l'une et l'autre des tortues indiquées :
Vous n'avez point changé, ni d'air, ni de visage.
(Destouches, Le (Jur. impert., i, 9.)
Celui qui n'a jamais réfléchi ne peut pas être ni clément, ni juste, ni pitoyable. (J,-J. Ronss., De l'orig. des lang.,c. ix.) — iVi les éléphants, ni les chameaux n'approchoient poî">» du service que le cheval rend aune armée. (Roll., Hist. une, 1. xxiii, c. 1, art. 3, § 3.) — Ils prétendoient que ces pairs de nouvelle création n'étoient pas pairs de France, mais tenoient seulement leurs terres en pairie; et le public admit cette distinction, que ni lui ni les pairs n'entendoient pas. (Mably, Observ. sur l'Hist. de France, vm, 3.)
On ne doit pas appeler barbarisme une forme qui donnait habituellement une grande énergie à la phrase, et qui ne demanderait pour être reprise, au moins dans certains cas, qu'un